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Publié le 4 Novembre 2016

Il venait de souffler la bougie. Un petit point rouge finissait de mourir dans l’obscurité de la pièce.

Dehors la pluie avait cessée, mais point le vent. Il s’infiltrait sous le volet et faisait vibrer le carreau dont le joint manquait par endroit.

Don Camarelo se retourna sur la couche bien mollassonne, et s’étira. Depuis combien de temps n’avait-il pas dormi dans un bon lit ? Six bons mois, pour sûr… En tous cas, il n’avait point dormis en une maison amie depuis bien un an qu’il parcourrait les chemins et routes du Languedoc.

Le corbeau de Saint Benoît avait bien voulu lui tracer la route vers Puycelci, et il en rendrait grâce à Dieu jusqu’à son dernier souffle.

Il faisait froid, et il avait gardé ses vêtements, quittant simplement ses lourdes bottes cloutées. La couverture n’était pas bien épaisse.

Il fut tiré de ses réflexions par un grattement sur la porte de sa cellule, suivi de chuchotements.

On apercevait une faible lueur sourdre sous la porte

« Non, maman n’aurait pas voulue, c’est toujours comme tu le veux toi, moi je m’en vais et … »

Don Camarelo, se leva sans bruit, s’approcha de la porte dont il n’avait point tiré le loquet, se sentant en sécurité parmi les frères, et ouvrit la porte d’un coup sec.

Il tomba nez à nez sur deux enfants. Un grand, aux cheveux courts et bruns, et une petite toute menue

La fillette, celle qui venait de s’exprimer avec véhémence resta saisie. Elle faillit en laisser tomber la grosse lampe Néon qu’elle tenait dans sa main menue.

Celui à peine plus âgé et qui devait être son frère, bredouilla « Euh, on ne voulait pas vous déranger, on s’en va… » Tout en tirant la main droite de la fille aux longs cheveux bouclés…

Ils étaient habillés de simples tuniques entières taillées dans de la toile blanche,  tuniques sans manche, comme il en avait vu sur un banc à l’office. C’était  une longue tunique à capuchon qu’on enfilait par la tête, que le garçonnet portait serrée par une ceinture de cuir, sa sœur (probablement) par une cordelette de moine. Les deux enfants étaient nus pieds, mais le petit bonhomme tenait deux paires de sandales dans la main gauche

La petite fille regardait par terre, et ne semblait pas disposée à s’en aller sur les injonctions de son aîné, qui la tirait de plus belle !

« C’est toi qui a voulu venir voir le trououbadadour «  -cria la fillette- « maintenant, il eeeest làaa »- butant sur les mots, prise de panique.

« Le troubadour, s’esclaffa Don Camarelo, très surpris mais je ne suis pas troubadour, qu’est-ce que c’est et, d'abord... qui êtes-vous ? »

« Pitié ne nous frappez pas 'Monsor', balbutia le garçonnet, Pauline et moi, on a vu votre sorte de guitare quand vous êtes descendu de votre cheval. On regardait par le trou dans la tour !  J’ai pensé à un troubadour comme sur le dessin du mur du château… »

La fillette regarda don Camarelo de ses grands yeux bleus, lequel poussa un soupir. Il rassura les deux enfants.

« Je ne suis ni ogre, ni troubadour mes enfants, et ne frappe personne que les ennemis de Dieu qui ravagent notre France. Je suis un clerc, je vous expliquerai demain et maintenant avant que j’aille dormir contez moi votre histoire ! » Ce faisant, il alluma la lampe à pétrole de sa cellule (faisant éteindre celle à Néon pour en économiser les piles, objet rare) et invita les enfants à entrer pour s’asseoir

(…)

Elle n ‘était pas différente hélas de celle de bien des survivants des massacres que Don Camarelo avait croisé jusque là. Ils n’étaient point frères et sœur comme le clerc le pensait !

Les parents étaient morts, dans des circonstances similaires, massacrés de façon atroce par les hordes du prophète... les enfants s’étaient cachés, avant l’arrivée des soldats de l’ACR qui les avaient remis à la Croix Rouge, chacun séparément.

Ils avaient liés connaissance dans le camp, entre un morceau de pain et une couverture. Dans leurs cas, ils s’étaient sauvés, un « mercenaire » les avait battus.

Le garçon étant persuadé de pouvoir atteindre Albi où il avait encore de la famille, ils avaient volés des provisions, un couteau de cuisine, de l'eau dans des bouteilles, et étaient partis, découpant la toile de la tente où ils vivaient dans le campement de réfugiés aux portes de la ville incendiée. La petite fille considérait le garçon comme son frère, car il l’avait protégé des soudards de la commune qui rodait dans le camp.

C’est à moitié mort de faim, et blessés que Frère Neri les avait trouvés endormis derrière l’autel de la chapelle incendiée près du puis de la Sorga. Le garçon avait 16 ans, mais en paraissait moins, et sa sœur d'adoption, 10 ans tout juste.

Ils avaient décidés de rester le temps de reprendre des forces, puis de repartir sur les routes, en quête de parents survivants.

« Hélas, mes enfants j’ai vu bien des malheurs, et vous devriez attendre ici, en sécurité, nous reparlerons de tout ceci. Il se prépare de grandes choses, et certains temps annoncés depuis bien longtemps arrivent, ... je dois dormir et vous aussi … Mais avant, mettons un peu de joie en ces murs pour répondre à votre attente et votre émerveillement»

Il ouvrit en disant cela, sa grande sacoche et en sortit un luth, expliquant aux enfants ce dont il s’agissait. Les deux se blottirent l’un contre l’autre et elle se mit à sucer son pouce.

Aux premiers accords, une larme coula sur la joue de la fillette rosie par le froid,  diamant dansant à la lueur de la flamme dans le verre fumé de la lampe.

Don Caramelo joua un Virelai de sa connaissance, pour mettre un peu de joie, et parce que les enfants bercés de contes par leurs mamans disparues, l’avaient pris pour un ménestrel.

Venue du fonds des âges, d’un temps plus civilisé, quand avec respect, on parlait aux dames avec esprit, il leur chanta comme Guillaume de Machaut la douce musique d'antan...

A Suivre ...

 

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Rédigé par Cdl Balthasar

Publié dans #Le refuge de Saint Benoît

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Publié le 11 Octobre 2016

La maison se tenait sur une belle place pavée. Don Camarelo, sous un soleil écrasant, descendit lentement de sa mule, ... et frappa à l'aide du marteau tête de lévrier , sur la lourde porte ferrée...

Le guichet s'ouvrit d'un coup sec. Encapuchonné, le portier voulait d'abord s'enquérir du motif d'une visite si tardive ! C'est qu'elles étaient plutôt rares, et plus encore le soir, alors que des bandes armées de l'ALI continuaient à mener des actions de guérilla...

À suivre...

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Rédigé par Cdl Balthasar

Publié dans #Le refuge de Saint Benoît

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