Saint Janvier

Publié le 19 Septembre 2014

Nous sommes en septembre et nous fêtons St Janvier (comme cela elle est faite cette blague nulle ;) )

Saint protecteur de Naples, son sang se liquéfie le jour de sa fête, signe quelque part qu'il renouvelle sa protection à la citée car il doit se trouver dans ce lieu de perdition, s'il en est, quelques justes !

Lisons donc un récit pittoresque si ce n'est poétique à ce sujet: (il s'agit d'un rêve fait par le narrateur )"Saint Janvier ! A ce nom , le peuple applaudit; le prédicateur reprend:«Je voulais demander le chemin à mes anges , mais ils étaient partis, me voilà donc tout seul à courir et à chercher dans le ciel. 0 mes amis! que ceux qui iront seront heureux! Figurez—vous des rivières d‘acqua gelata, des montagnes de pastèques et des arbres de macaroni!»
Tous les lazzaroni remuaient les lèvres à cette description d’un paradis de Napolitain.
« Enfin , je rencontre un beau jeune homme à la chevelure rousse; je pensai que c’était le grand saint Georges, patron de l’Angleterre.- Grand saint, lui dis-je , je voudrais savoir où demeurent messieurs les saints. Il m’indique le lieu où je dois aller. J‘arrive. - Je voudrais parler à l‘illustre saint Janvier, patron de la grande ville de Naples. - Saint Janvier n’est pas ici ; passez au conseil de Jésus-Christ.
«Je vais au conseil; pas de saint Janvier. —Il est peut-être, me dit-on , chez le Père éternel. Je vais chez le Père éternel; personne. — Je crois, me dit alors un petit ange, que je l’ai vu causant là-bas avec la santa Madona. J’y cours. Il n’y était pas non plus. Vous sentez, mes amis, que j’étais désespéré. Enfin, pour dernier espoir, je m’en vais trouver saint Pierre.

Saint Pierre est le portier du paradis, me dis-je, il saura où est saint Janvier. J’entendis un bruit de clefs. Voilà saint Pierre.
- Grand saint Pierre , savez-vous où est le glorieux saint Janvier?
-Saint Janvier? il doit être dans le paradis, je ne l’ai pas vu sortir.
-Je l’ai cherché partout sans pouvoir le trouver.
-Attendez donc! attendez donc! voilà, en effet, long-temps que je ne l’ai aperçu. Il va souvent sur la terre, pour visiter son bon peuple de Napoli qu‘il aime tant; et il est parti depuis trois semaines.


«Je remercie saint Pierre, et je sors du para— dis, bien triste de n’avoir pas vu notre glorieux patron. Je n’avais pas fait deux cents pas, que j’aperçois par terre , à droite de la route , un homme courbé dans la poussière , les vêtements déchirés , le visage tout souillé , et le corps caché dans les buissons. Je m’approche : c'était saint Janvier. —— 0 grand saint, m’écriai-je en me jetant à ses genoux, que faites—vous là, dans ce misérable état? Alors il me dit d’une voix sombre, et en pleurant: —Je ne puis plus rester dans le paradis , les crimes des Napolitains m’en chassent. Tous les jours j’apprends qu’ils volent, qu’ils tuent, qu’ils pillent. Les autres saints m’humilient. Saint Paul me dit :Tu es le patron des brigands; saint Marc me dit : Tu es le patron des impudiques; saint Georges : Tu es le patron des assassins. Ces affronts m’ont navré le cœur;je suis sorti du paradis , je me suis mis dans la poussière, sous ce buisson, et j’y resterai tant que les Napolitains ne se corrigeront pas.
«Ainsi, mes amis, s’écria le prédicateur qui pleurait , cet auguste, ce saint, cet illustre, ce puissant protecteur de notre ville est chassé du paradis !... par vous! par vous, qu’il aime tant, que saint Pierre lui-même me l‘a dit. Voulez— vous qu’il reste toujours le visage dans la pous— sière ? Cela ne vous touche-t-il pas de penser qu’il demeure ainsi courbé quand il pourrait manger du macaroni toute la journée ! Ah! jurez! jurez de ne plus tuer, de ne plus voler, de ne plus piller... » etc., etc.
Les lazzaroni éclatèrent en bravos terribles; et pendant quelque temps ils laissèrent leurs couteaux dans leurs gaines et leurs mains dans leurs poches. On criera peut—être au mensonge en lisant ce sermon; mais que l’on songe qu’il y a encore dans un petit village des environs de Naples, à Pouzzoles, je crois, une vieille femme à qui quelques misérables font une espèce de pension, parce qu’elle est parents de saint Janvier. Allez à Naples, allez au môle, examinez ces visages , si attentifs , si persuadés, si enthousiastes, et vous comprendrez que cela soit vrai. Le môle! c’est Naples tout entière; Naples mendiante, Naples poétique, Naples crédule, Naples insoucieuse! De l’eau et de la brise! un polichinelle ! un chanteur! un prédicateur! et au fond, le Vésuve, étincelant, avec ses détonations pour accompagnement aux lazzis du paillasse , et aux métaphores du Bourdaloue en guenilles. "

Bonne journée à vous ;)

Caramelo

Rédigé par Caramelo

Publié dans #Salve

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