Publié le 22 Avril 2011

Stabat Mater (cliquez sur le lien si vous ne savez pas ce dont il s'agit !)

Latin

Français

Stabat Mater dolorosa
Iuxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.

Cuius animam gementem,
contristatam et dolentem,
pertransiuit gladius.

O quam tristis et afflicta
fuit illa benedicta
Mater Vnigeniti.

Quæ mœrebat et dolebat,
Pia Mater cum uidebat
Nati pœnas incliti.

Quis est homo qui non fleret,
Matrem Christi si videret
in tanto supplicio?

Quis non posset contristari,
Christi Matrem contemplari
dolentem cum Filio?

Pro peccatis suæ gentis
uidit Iesum in tormentis
et flagellis subditum.

Vidit suum dulcem natum
moriendo desolatum,
dum emisit spiritum.

Eia Mater, fons amoris,
me sentire uim doloris
fac, ut tecum lugeam.

Fac ut ardeat cor meum
in amando Christum Deum,
ut sibi complaceam.

Sancta Mater, istud agas,
Crucifixi fige plagas
cordi meo ualide.

Tui nati uulnerati,
tam dignati pro me pati,
pœnas mecum divide.

Fac me vere tecum flere,
Crucifixo condolere,
donec ego uixero.

Iuxta crucem tecum stare,
et me tibi sociare
in planctu desidero.

Virgo uirginum præclara,
mihi iam non sis amara:
fac me tecum plangere.

Fac ut portem Christi mortem,
passionis fac consortem,
et plagas recolere.

Fac me plagis uulnerari,
fac me cruce inebriari,
et cruore Filii.

Flammis ne urar succensus
per te Virgo, sim defensus
in die judicii

Christe, cum sit hinc exire,
da per Matrem me venire
ad palmam victoriae.

Quando corpus morietur,
fac ut animæ donetur
Paradisi gloria.

Amen ! In sempiterna sæcula. Amen.

Debout, la Mère, pleine de douleur,

Se tenait en larmes, près de la croix ,
Tandis que son Fils subissait son calvaire.

Alors, son âme gémissante,
Toute triste et toute dolente,
Un glaive transperça.

Qu'elle était triste, anéantie,
La femme entre toutes bénie,
La Mère du Fils de Dieu !

Dans le chagrin qui la poignait,
Cette tendre Mère pleurait
Son Fils mourant sous ses yeux.

Quel homme sans verser de pleurs
Verrait la Mère du Seigneur
Endurer si grand supplice ?

Qui pourrait dans l'indifférence
Contempler en cette souffrance
La Mère auprès de son Fils ?

Pour toutes les fautes humaines,
Elle vit Jésus dans la peine
Et sous les fouets meurtri.

Elle vit l'Enfant bien-aimé
Mourir tout seul, abandonné,
Et soudain rendre l'esprit.

Ô Mère, source de tendresse,
Fais-moi sentir grande tristesse
Pour que je pleure avec toi.

Fais que mon âme soit de feu
Dans l'amour du Seigneur mon Dieu :
Que je Lui plaise avec toi.

Mère sainte, daigne imprimer
Les plaies de Jésus crucifié
En mon cœur très fortement.

Pour moi, ton Fils voulut mourir,
Aussi donne-moi de souffrir
Une part de Ses tourments.

Donne-moi de pleurer en toute vérité,
Comme toi près du Crucifié,
Tant que je vivrai !

Je désire auprès de la croix
Me tenir, debout avec toi,
Dans ta plainte et ta souffrance.

Vierge des vierges, toute pure,
Ne sois pas envers moi trop dure,
Fais que je pleure avec toi.

Du Christ fais-moi porter la mort,
Revivre le douloureux sort
Et les plaies, au fond de moi.

Fais que Ses propres plaies me blessent,
Que la croix me donne l'ivresse
Du Sang versé par ton Fils.

Je crains les flammes éternelles;
Ô Vierge, assure ma tutelle
À l'heure de la justice.

Ô Christ, à l'heure de partir,
Puisse ta Mère me conduire
À la palme des vainqueurs.

À l'heure où mon corps va mourir,
À mon âme, fais obtenir
La gloire du paradis.

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Rédigé par Balthasar

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Publié le 22 Avril 2011

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Nous vous adorons Ô Christ...

Le chrétien. — Je vous adore, Seigneur Jésus, tandis que de fidèles mains emportent votre corps sacré, le déposent dans le sépulcre et ferment l'entrée d'une pierre. Je vous adore durant le silence de cette nuit étonnante, où l'auteur de toute vie parut enchaîné dans les liens de la mort. Les Pharisiens, troublés par le souvenir de vos oracles, ont. fait sceller la pierre; des gardes veillent devant elle; vos disciples sont dispersés, tout se tait aux alentours. Il semble que la mort ait gagné la victoire et décidément assuré son empire.

Parlez cependant, ô Maître! et dites-moi ce que je dois apprendre dans ce dernier acte de votre passion.

Jésus-Christ. — Mon fils, tu ne dois point chercher dans mon tombeau un mystère de mort, mais un mystère de vie. Que le silence de ma voix, l'immobilité de mes membres, la froide inaction de mon cœur ne te trompent point: ce n'est pas la mort qui triomphe, c'est la vie qui se recueille et qui tout à l'heure va soulever pour toujours la pierre du sépulcre.

Rappelle-toi, mon fils, la parole que je dis un jour à mes disciples: « Si le grain de « froment ne tombe eu terre et s'il n'y meurt, « il demeure seul; mais s'il meurt, il porte « beaucoup de fruits. » — Considère un grain de froment dans la main de celui qui seine. Le grain est dur alors, concentré, stérile. Mais que la main du semeur le jette dans le sillon ; il s'enfouit d'abord dans le sein de la terre ; le voilà caché, recouvert comme d'un linceul; puis vient la mort. Il est dissous par la pluie, par les ardeurs du soleil, par l'action même de son tombeau : il meurt; mais aussitôt une invincible vie s'échappe des limites mêmes du néant. Rien ne lui résiste , ni terre, ni pierres, ni ténèbres, ni linceul, ni sépulcre ; elle grandit, elle monte, elle perce la terre et regardant fortement le soleil, elle élève vers lui toute une moisson. Cette mort triomphante du grain de blé est le symbole de ma mort et de la mort spirituelle de mes lils. Elle représente fidèlement la féconde transformation des âmes qui savent, une fois pour toutes, mourir avec moi, et attendre leur heure dans mon sépulcre. Bienheureuse l'âme qui comprend ce que c'est qu'attendre son heure dans mon sépulcre ! Pour toi, mon fils, à qui j'ai découvert mes secrets , tu le sais maintenant.

Mon sépulcre, c'est tout ce qui cache le chrétien au monde et à lui -r même. C'est tout ce qui t'humilie, mon fils; c'est ce qui contrarie tes désirs, ce qui brise tes efforts, ce qui contredit tes généreux élans, ce qui réduit ta volonté propre aux dernières détresses, ce qui semble te mener à n'être qu'un pur rien, indifférent et inutile en ce monde. C'est la maladie, cette grande contradiction de ta nature, qui broie vingt fois le jour la volonté; c'est l'intelligente malignité des hommes qui ne comprend rien à tes meilleurs projets, et se plaît à leur susciter mille obstacles; c'est tout cet ensemble de faiblesses, de difficultés, de malentendus, de tristes misères, en toi et dans les autres, qui jette souvent sur ta vie un froid et pesant linceul. Voilà le sépulcre. Entres-y, mon fils, entres-y, comme moi, en esprit d'obéissance à la volonté de mon père, en esprit de foi et surtout d'impérissable espérance. Accepte la maladie, la contradiction, l'obstacle que tout ce qui est bon rencontre toujours sur la terre ; savoure à mes pieds l'amertume de cette heure où il est apparemment démontré que tu es mort, et que tu ne feras jamais rien parmi les hommes. Entre alors, comme le grain de blé, dans les entrailles de la terre, c'est-à-dire dans les entrailles de l'humilité, de l'oubli, du renoncement à toi-même: encore une fois voilà le sépulcre.

Mais enfin, où penses-tu que tout cet appareil de mort doive aboutir? Que préparaisje dans mon tombeau, le triomphe ou la ruine de la mort? Mais plutôt n'était-ce pas là le berceau de toute vie? Regarde bien dans les profondeurs de mon sépulcre, mon fils, et la foi saura t'y découvrir les germes de tout ce qui a vécu. Je te le dis, en vérité, tout y est déjà : ma résurrection, le réveil de mes apôtres, leur courage désormais inspiré, la force de mes martyrs, la pureté de mes vierges , l'intrépidité de mes apologistes , la science de mes docteurs, l'autorité de mes pontifes, la force de mes confesseurs, les lumières de tous les âges chrétiens, les progrès de toute l'humanité jusqu'à tes jours. Tout cela est en germe sous le linceul qui me couvre; tout ce fleuve de vie, de force , de vertus, d'immortalité prend là sa source; tu le vois donc, il n'y a rien dans l'univers de plus fécond que mon sépulcre.

C'est aussi la fécondité que tu dois Irouver dans le tombeau. Tes chagrins, tes douleurs, tes larmes se doivent dès aujourd'hui transformer en dévouement pour les hommes, en consolation des affligés et des malades, en abnégation au service de tous. Tu dois sortir de l'épreuve, comme moi des étreintes brisées de la mort, plus vivant et plus fécond que jamais. Si la souffrance n'a fait que te broyer sans dégager en toi l'élément pur et généreux du sacrifice, la générosité du cœur, le don de soi facile et inépuisable, elle n'a rien fait, ou plutôt tu n'as su rien faire de ce grand don de ma Providence.

Ce n'est pas en vain que je livre quelquefois les miens à la douleur. La plupart des âmes demeureraient fermées aux autres Ames si elles n'avaient souffert: l'épreuve les brise et les force à répandre autour d'elles des flots d'amour.

Ame chrétienne, sois de celles qui ont reçu et compris cette initiation sacrée. Considère-toi désormais comme appartenant aux autres: à moi d'abord , à tous ensuite. Use de tout ce que tu as souffert pour apaiser les plaintes de ceux qui soufflent, pour être intelligente sur les misères et les douleurs des hommes, selon le mot du psalmiste: « Bien« heureux celui qui a l'intelligence du pauvre ! » — Et si tu veux enfin une récompense dès ce monde, sache qu'il n'y a point sur terre de meilleur remède à ses propres douleurs que de soulager celles des autres.

Ame chrétienne, va donc courageusement !

 

Je veux que ceux qui ne me connaissent point apprennent en toi la fécondité de ma croixet de mon sépulcre. Ils savent tes malheurs, tes chagrins, tes ruines : les coups de l'adversité t'ont, renversée sous leurs yeux; ils te croient morte et désormais inutile en ce monde. Ils viendront, comme les saintes femmes à mon tombeau, pour honorer ta sépulture; mais des voix angéliques, la voix des affligés que lu consoles, des pauvres que tu soutiens, des enfants que tu instruis, toutes ces voix leur diront: Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celle qui est vivante ? « Quid quœritis vi«ventem cum mortuis  ? » L'âme que vous cherchez n'est plus au tombeau; elle est ressuscitée: « Non est hic, sed surrexit . »

 

Allez dans les hôpitaux et vous la trouverez; allez au chevet des mourants, allex dans les écoles des pauvres, allez dans la mansarde de l'indigent, allez si vous le voulez dans les fêtes du monde: à cette place retirée, où, sous le voile d'une gaîté charitable, se donnent encore des conseils sauveurs et de pénétrantes consolations à des délresses cachées, allez enfm partout où il y a des larmes à sécher, des désespérés à sauver, des ruines à îvlever: la morte est là. Elle est là, non-seulement vivante, mais source inépuisable de vie, non-seulement active et féconde, mais étonnante par la profusion de tout ce qu'elle sait créer et donner!

Aine chrétienne, sois cette âme ressuscitée dans mon tombeau; et quand l'heure sera venue pour loi de passer des ombres de la vie à la vie véritable , quand tu paraîtras aux pieds de mon Père, je te reconnaîtrai, je te nommerai devant lui par ton nom , et je lui dirai en t'attirant vers son cœur : Celle-ci m'a suivi fidèlement dans le chemin de ma croix !

Gomme moi, elle a souffert en esprit de sacrifice; comme moi,jusqu'au Calvaire, elle a béni la volonté de Dieu; comme moi elle .est morte et elle est ressuscitée pour les hommes.

Pater

Ave

Gloria Patri

V: Miserere nostri Domine

R: Misere Nostri

V: Fidelium animae, per misericordiam Dei, requiescant in Pace

R: Amen

****

 

O Crux, ave, spes unica!
Mundi salus et gloria,
Auge piis justitiam ,
Reisque dona veniam.

Salut, Ô Croix ! Notre unique espérance...

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Rédigé par Balthasar

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Nous Vous adorons Ô Christ...

Le Chrétien. — Je vous adore, Seigneur Jésus-Christ, détaché de la croix par la main des disciples, et, selon la pieuse tradition, reposant sans vie sur les genoux de la Mère des Douleurs.

Continuez, ô Christ! à m'instruire vousmême et à m'expliquer les derniers mystères de votre passion.

Jésus-Christ.—Mon fils, si tu as suivi attentivement les détails de ma passion, tu as recueilli sur mes lèvres cette parole qui terminait l'ouvrage du salut des hommes: « Consummatum est  : tout est achevé. »

Sache en effet, âme chrétienne, que tout sacrifice a une fin. Je ne demeurai point plus de quelques heures en croix; de même je ne laisse pas indéfmiment les miens dans le feu de l'angoisse et de l'épreuve.

Quand l'épreuve commence, il semble qu'elle n'aura jamais de terme. L'âme la voit fondre sur elle comme ces orages que le navigateur regarde venir avec effroi, et qui en un seul moment ont tout obscurci au ciel et sur la mer. Alors il semble aussi que jamais le ciel ne redeviendra pur et la mer tranquille : cependant, mon fils, les orages passent , et je te dis en vérité qu'il n'y périt point un passereau sans la volonté de mon Père.

Les âmes que j'ai souvent éprouvées par de grands troubles, savent qu'après les premiers ébranlements, où il n'y a qu'à se tenir ferme dans la foi et à s'abandonner les yeux fermés à ma conduite, vient bientôt une période de sérénité durant laquelle il ne reste plus à l'âme fidèle que le souvenir de son combat, avec le rafraîchissement d'une paix délicieuse. Alors tout est calme, tout est en repos dans l'esprit et dans le corps; les fantômes s'évanouissent, l'angoisse disparaît, le cœur est libre et s'étonne du retour subit de cette bienheureuse paix qu'il n'espérait plus.

Ce repos divin de l'âme consolée après le combat, je l'ai consacré et sanctifié en l'acceptant. — Je ne souffre plus, mon fils, quand des mains amies détachent mes membres de la croix.

La foule des Juifs s'est écoulée; leur colère s'est éteinte dans mon sang; beaucoup d'entre eux frappaient leur poitrine en regagnant leurs demeures. Les soldats ont repris le chemin de Jérusalem, et le centurion qui les commande confesse ma divinité.

Mes amis, mes disciples, les sainles femmes qui m'avaient suivi depuis la Galilée se sont rapprochées de ma croix, et entourent mon corps, que soutient sur son cœur Marie ma mère, et depuis ce jour la tienne. Joseph d'Arimathie obtient de Pilate la grâce de m'ensevelir. Son zèle ardent a tout prévu, tout préparé : un blanc linceul, un sépulcre neuf et qu'il avait fait tailler pour lui-même dans le rocher, des parfums précieux. Nicodème accourt aussi, portant un poids considérable de myrrhe et d'aloès. Toutes ces mains pieuses prennent mon corps, le parfument, l'entourent de bandelettes; Marie Magdeleine est encore à mes pieds, et les mêmes cheveux qui naguère essuyèrent ses larmes, essuient maintenant les gouttes de mon sang.

Pendant ce temps mon âme parcourt des mondes inconnus de toi, et porte partout les fruits nouveaux de la rédemption. Elle triomphe dans l'ineffable joie de tant de justes qu'une longue attente privait encore de la vision béatifique; elle triomphe dans la grande et solennelle entrée de tant de générations au ciel, elle triomphe surtout dans la prescience de l'avenir et dans la claire vue des admirables vertus de tous les saints, toutes enfantées par ma mort. Tu le vois donc, mon fils, l'heure sanglante a passé; c'est déjà l'heure de la paix, l'heure du repos dans la victoire, l'heure de la divine consolation.

Ainsi en sera-t-il pour toi, quand tu auras supporté par amour pour la volonté de mon Père le feu de la tentation et de l'épreuve. Pense que le sacrifice est court et que la couronne est éternelle. Mes martyrs l'ont pensé, et jusque dans leurs souffrances ils s'étonnaient que l'angoisse d'une heure fût récompensée par des éternités de béatitude. Nourris-loi de ces souvenirs dans les temps pénibles, dans tes maladies, dans tes revers, dans tes chagrins, quand tout semble compromis ou perdu. Attends alors; espère contre l'espérance, et tu verras bientôt le ciel changer, l'orage s'éloigner de ta tête, le trouble et la douleur faire place à une paix inattendue, mes anges eux-mêmes venir et te détacher tendrement de la croix.

 

Pater

Ave

Gloria Patri

V: Miserere nostri Domine

R: Misere Nostri

V: Fidelium animae, per misericordiam Dei, requiescant in Pace

R: Amen

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Publié le 22 Avril 2011

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Nous Vous adorons Ô Christ...

Je vous adore, Seigneur Jésus, expirant sur la  croix pour le salut de tous les hommes.

Je vous adore et je vous aime mourant pour mon salut. J'adore le sentiment particulier d'amour qui fut pour moi en votre cœur sur la croix

J'unis ma mort à votre mort. Hélas, doux maître, Maître, me pardonnerez-vous de vous dire qne j'ai encore peur de la mort! C'est en vain que je sais, c'est en vain que je comprends; une secrète frayeur me reste qui peut-être glacerait mon cœur, au jour du sacrifice, si je n'arrivais point à dominer cette lâche horreur, et si, bien loin de fuir comme les étourdis la pensée de la mort, je ne la prenais au contraire pour conseillère, pour compagne et pour amie.

 

Mais comment ferai-je, Seigneur, pour aimer la mort? — J'en connais bien dans le monde qui lui chantent des hymnes et mêlent hardiment son nom austère aux rires bruyants de leurs orgies. Mais ceux-là ne la connaissent point; ils en parlent comme d'une fin, tandis qu'elle n'est qu'un commencement; ils la saluent de loin comme la nuit qui succédera au blessant éclat de leurs fêtes, tandis qu'elle découvre derrière les obscurités de l'agonie l'aurore invincible d'un soleil éternel. Il y a bien encore les poètes, et ces mois génies qui couvrent toutes choses d'une fleur ou d'un sourire. Ceux-là aussi parlent de la mort, et dans leur tiède poésie elle n'a plus rien qui effraie; mais j'ai vu mourir, Seigneur, et j'ai appris que la mort est autre chose au chevet de l'agonisant que dans le cabinet du rêveur. Enûn il y a vos saints qui parlent aussi de la mort, mais avec un tel amour, de tels désirs, une telle ivresse, qu'ils confondent et découragent pour ainsi dire mon cœur. Ils semblent êlre d'une autre nature que moi. Quand je vois un saint Ignace d'Antioche conjurer les chrétiens de ne pas prier pour lui, de peur qu'ils n'obtiennent sa délivrance ou le retard de son martyre; quand je vois une sainte Agnès, une enfant, marcher «plus « riante et plus légère au supplice que la « fiancée à la maison de l'époux (S. Arabros. De virginibus. 1.1'), » je sens bien que de telles âmes sont par avance dans le ciel, mais je sens aussi que la pesanteur de mes péchés rendrait téméraires en moi de tels élans. Je retombe donc sur moi-même avec mon horreur naturelle et mes craintes légitimes de vos jugements. Que ferai-je pour en sortir? Parlez-moi, mon Dieu! car de qûi apprendrai-je mieux que de vous et au pied de votre croix ce que je dois savoir de la mort?

Jésus-Christ. — Mon fils, la crainte de la mort est ta grande ennemie.

Je ne parle point ce langage à tous les hommes, car beaucoup d'entre eux sont si étrangers aux choses invisibles, que tout l'effort de ma grâce est au contraire de réveiller en eux quelque crainte de leur dernier jour. Pour ceux-là, c'est une marque particulière de leur aveuglement que la pensée même de leur fin ne les inquiète plus, et qu'elle ne les trouble plus dans leurs désordres; mais pour toi qui as reçu et conservé l'onction de ma grâce, qui es entré dans l'accomplissement de mes desseins, et auquel je me suis appliqué avec une complaisance particulière, la crainte de la mort ne serait plus qu'un manque de foi et le signe d'une incurable ingratitude.

Le sentiment qui retient ton cœur d'imiter la confiance extraordinaire de mes saints est juste, pourvu qu'il demeure dans les bornes d'une sage humilité; car il est vrai que tes imperfeclions de chaque jour te commandent un maintien plus petit devant l'heure suprême et t'interdisent une assurance qui serait téméraire et offensante pour ma sainteté. Mais autre chose est de redouter le péché qui embarrasse les derniers passages , et confond l'âme devant l'éclat de la divine perfection , autre chose de haïr la mort qui termine pour mes fils l'ère du péché, et les place pour toujours dans la bienheureuse incapacité de me déplaire. 

Mais tu as, mon fils, une raison décisive de ne point trembler devant la mort et de triompher par la foi des répugnances de la nature. Considère ma croix. 

Penses-tu que je l'aie subie pour moi-même et que j'aie dû conquérir à ce prix ma place à la droite de mon Père? N'as-tu pas appris de mon prophète « que j'étais dès le commencement « dans les splendeurs des saints, engendre

La mort! — Helas! doux et miséricordieux

« de toute éternité, avant le commencement. « des jours ('). » Pourquoi doncai-je souffert, pourquoi suis-je mort, si ce n'est pour affranchir à ton profit, de la domination de Satan, les défilés de la mort qu'il occupait depuis le péché du premier homme? Mon npôtre a eu la claire intelligence de ce divin combat, et il en retrace fortement les effets. Entends bien ses paroles: « Le Christ dé« truisit l'acte du décret de notre condam« nation ; il le prit et l'attacha victorieuse ment à sa croix et, désarmant les princi« pautés et les puissances de l'enfer, il les « vainquit en lui-même et les traîna en « triomphe .» — Pèse bien, Ame chrétienne, les paroles de mon apôtre.

 

Je n'ai pas seulement vaincu les puissances infernales; ce serait déjà beaucoup pour toi, puisque tout le fruit de ma victoire doit te revenir, mais je les ai dépouillées et désarmées; en sorte que si elles reparaissent à ton lit de mort pour ébranler ta foi et me disputer le dernier mot de ton cœur, elles n'y reviennent que comme des vaincues, affaiblies, blessées d'une blessure éternelle, tremblantes au seul bruit de mon nom, prêtes à fuir au seul signe de ma croix

Ne regarde donc pas la mort du chrétien comme un combat de hasard, où, les chances étant égales entre l'âme fidèle et le démon , il suffirait d'un rien pour ravir les fruits de toute une vie. sainte et confondre les espérances de mes enfants. Une telle imagination est un outrage à ma puissance et à ma bonté. Laisse trembler alors ceux qui par une longue vie d'indifférence à mon égard ou de libertinage, ont vraiment donné aux anges de ténèbres des droits sur leur dernière heure. Le démon est fort contre de telles âmes, parce qu'elles ont obstinément refusé d'entrer en partage de mes combats et de ma victoire. Mais toi, mon fils, qui es un avec moi, participant de ma vie, compagnon de mes joies et de mes douleurs, héritier de nies promesses, contre tout l'effort des enfers tu as un refuge tranquille dans ma croix

Vois donc, âme chrétienne, dans mon agonie, ton agonie; dans ma mort, ta mort; dans ma victoire, ta victoire. Quand j'étais sur la croix, j'ai prévu la mort de tous mes enfants, et j'ai uni loutes ces morts â la mienne pour les sanctifier et en faire un seul holocauste. Le difficile est donc fait, et tu n'as plus qu'à t'unir de toute ton âme à ce que j'accomplis alors pour toi. Contre les craintes de la mort, c'est-à-dire contre les vaines craintes, celles qui affaiblissent le cœur, qui le découragent, qui le détournent des entreprises généreuses et des hasards de la charité, réfugie-toi, mon fils, plongetoi, enfonce-toi jusqu'à l'infini dans les souvenirs de ma passion. Ne crains pas que la confiance te puisse tromper. Je serai là d'ailleurs quand ton heure sera venue, et tandis que tu remettras ton âme aux mains du Père, en esprit d'abandon et de sacrifice, je répéterai par ta bouche ces paroles que je lui adressai de la croix, non pour moi seul, mais en même temps pour tous mes élus: « Mon Père, je remets mon esprit entre vos « mains. » Mon esprit,c'est-à-dire aussi toutes les âmes qui par la charité ne font qu'une &me avec la mienne: « Pater in manus tuas commendo spiritum mcum . »

Pater

Ave

Gloria Patri

V: Miserere nostri Domine

R: Misere Nostri

V: Fidelium animae, per misericordiam Dei, requiescant in Pace

R: Amen

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Nous Vous adorons Ô Christ...

3e vous adore, Seigneur Jésus-Christ, abandonnant aux bourreaux vos membres sacrés, laissant clouer à la croix vos pieds et vos mains, souffrant enfin qu'on élève la crois au-dessus de terre.

J'adore votre abandon, j'adore votre silence, j'adore votre divine passivité: il n'est pas rare, Seigneur, que vos fils aient à les imiter sur la terre; vous permettez souvent qu'ils soient saisis, renversés, étendus sans mouvement et sans force, cloués à des croix douloureuses. Vous le permetlez quelquefois pour les châtier, quelquefois pour réveiller leur vertu endormie, quelquefois pour faire éclater leur sainteté.

Les ministres de vos desseins sont nombreux et divers : les passions, la méchanceté des hommes, les maladies, les revers de fortune, les calomnies, les disgrâces, les humiliations d'autant plus cruelles qu'elles sont plus connues et qu'elles enfoncent davantage dans un ridicule irréparable, les ruines, la mort enfin toujours imprévue. Mais ce qu'il faut savoir, Seigneur, c'est que très-souvent, sous le déguisement de ces forces en apparence fatales, ce sont vos anges qui agissent, qui frappent, qui tranchent dans le vif et qui attachent le chrétien à sa croix

Un des premiers auteurs de l'antiquité chrétienne nous a laissé sur ce sujet une belle vision Il raconte qu'il lui fut montré le travail des anges construisant la Jérusalem céleste; ces anges allaient par les chemins , choisissant les pierres vivantes dignes d'entrer dans la divine architecture , les apportant, les mesurant , et puis, selon que leur forme répugnait plus ou moins au plan de l'éternel architecte, saisissant le coin de fer et le marteau, les brisant, les taillant, les sculptant jusqu'à ce qu'elles fussent vraiment capables de faire honneur à la cité de Dieu. Les rondes surtout ne pouvaient servir si elles n'étaient quatre fois brisées et polies sur leurs quatre faces ; images, dit le pieux auteur, des fortunés du monde, que leur mollesse rendrait pour toujours inutiles aux desseins de Dieu, s'il ne leur envoyait ses anges avec le fer des fécondes épreuves.

Ce travail des anges qui taillent les pierres immortelles de la cité à venir, voyons-le s'exerçant à notre égard dans les peines, les revers, les maladies, les afflictions de toutes sortes qui nous attachent à la croix.

Ne voyons pas seulement le marteau qui frappe et le fer qui blesse: voyons la main angélique dont la sûre habileté mesure et dirige les coups. Bien de trop, rien de mal fait, rien de perdu. Ne voyons pas seulement l'ange qui travaille; c'est beaucoup déjà de se sentir entre les mains d'un ouvrier céleste et de comprendre que son travail est pour l'éternité : mais ce n'est pas assez, peut-être, pour assurer nos cœurs contre l'horreur de la souffrance. Voyons donc le plan de l'architecte que les anges ne quittent pas des yeux, et qui commande tous leurs mouvements.— 0 plans divins! plans cachés maintenant à mes regards, mais qui les ravirez d'admiration et de reconnaissance quand vous leur serez dévoilés, je sais que s'il y a des mystères en vous, ce sont des mystères de miséricorde! Ce n'est pas encore assez des ouvriers et du plan; voyons enfin l'architecte, voyons-le surveiller ses ouvrages et les approuver du regard.

Tandis qu'on clouait Jésus à la croix, il y avait sans doute un plus habile, un maître qui dirigeait les coups et surveillait le sanglant travail : mais c'était pour la mort. Le doux et miséricordieux maître qui surveille à notre égard le travail de ses anges ne fait rien, n'ordonne rien que pour la vie de ses élus.

Tout ce qu'il dispose est pour leur bien éternel ; tout ce que nous souffrons en union à sa volonté, il le voit, il le compte, il le recueille: pas une souffrance perdue, pas une plainte égarée, pas une larme inutile. Il console plus qu'il n'éprouve, il récompense une heure de patience par des siècles de béatitude, il prend soin de nous avertir « qu'il « n'y a nulle proportion imaginable entre les « souffrances d'ici-bas et la gloire qui se « lèvera sur nous[ocr errors] »

Ayons donc un peu de foi et d'espérance. Livrons-nous sans arrière-frayeur en des mains si fortes et si douces. Étendons, comme Jésus, les pieds et les bras sur la croix qui nous fut préparée dès le commencement. Sachons demeurer silencieux dans l'acte d'un abandon définitif. — Hélas! que cette sagesse est rare et difficile !... 0 Jésus, étendu sans plainte sur la croix, donnez-moi quelque part à votre sublime paix dans le sacrifice !

Pater

Ave

Gloria Patri

V: Miserere nostri Domine

R: Misere Nostri

V: Fidelium animae, per misericordiam Dei, requiescant in Pace

R: Amen

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Nous vous adorons Ô Christ...

Je vous adore, Seigneur Jésus-Christ, souffrant que des mains sacriléges dépouillent votre corps de ses vêtements et le livrent aux regards dévorants de la haine et de l'insulte.

Vos docteurs et les interprètes de votre Évangile ont souvent montré dans votre nudité douloureuse la condamnation des sensualités du monde. Elle est la condamnation de ce luxe imbécile qui persuade à une femme de se faire uhe idole de son corps, et d'employer toutes les heures de tous ses jours à combiner et à varier ses parures; elle est la condamnation de ces étranges hardiesses auxquelles s'abandonnent à certaines heures et en certaines fêtes des personnes même chrétiennes, oubliant que si la nudité du divin supplicié expie les libertinages du monde, la nudité des fêtes profanes y entrelient ce feu sombre de l'impureté qui dessèche et dévore les âmes; elle est la condamnation de toutes les choses dont l'Apôtre a dit : « Qu'elles ne soient pas même « nommées parmi vous : nec nominentur in « vobis. »

Cependant, Seigneur, si vraies et si salutaires que soient ces pensées, il en est une autre à laquelle je me suis arrêté davantage parce qu'elle entre mieux dans la suite des enseignements que vous me donnez maintenant. — Vous allez mourir, Seigneur, on va clouer  le bois de la croix à vos pieds et vos mains. Mais avant ce dernier acte de votre combat, qui décide de tout et remporte toute la victoire , on vous dépouille, on arrache votre robe et jusqu'au dernier de vos vêtements. Qu'est-ce à dire, si ce n'est qu'il y a donc à la mort une préparation, un prélude, des dispositions particulières destinées à rendre les mouvements du sacrifice plus libres, et, si j'ose le dire, la mort plus commode.

Ces dispositions sont celles du détachement intérieur par lequel une âme s'exerce de loin à mourir, en quittant par avance en esprit tout ce qu'elle aime sur terre. Si le détachement allait jusqu'à paralyser dans le cœur la faculté d'aimer, comme il arrive en certaines natures mal réglées ou prédisposées à l'indifférence, il n'aboutirait qu'à une merveille d'égoïsme, sans mérite devant Dieu comme sans peine et sans sacrifice; mais pour les âmes douées de vie, le détachement est une vertu d'autant plus difficile, qu'elle n'épuise ni n'affaiblit l'amour, et qu'ainsi une âme se trouve conduite à quitter intérieurement des objets qu'elle n'a pas cessé, qu'elle ne cessera pas d'aimer. Là est le sacrifice, là l'effort, là le combat renouvelé de chaque jour. — Et cependant il faudra mourir, et quelle plus grande force contre les surprises et les étonnantes propositions de la mort que cette mort elle-même prévue de loin et préparée par le dégagement intérieur de ces liens terrestres qu'il est si dur de rompre tout à la fois en un seul moment ? 0 Jésus, dépouillé de tout vêtement avant

la mort, donnez-moi la force de m'exercer a mourir en quittant souvent en esprit les personnes et les choses qui me sont chères icibas. Je ne vous demande pas de tuer en moi l'amour, et d'y substituer un esprit d'indifférence, cet esprit dont Bossuet a dit: « qu'il « est proprement l'esprit de Caïn. » Je ne vous demande pas de m'apprendre à ne rien aimer, ô Jésus qui avez pleuré sur Lazare, et «qui aimiez Marthe et sa sœur Marie. » Mais je vous demande cet esprit de sacrifice qui fait laisser tout ce qu'on aime pour votre service, dès ce monde, et qui rend l'âme légère et comme prête à partir quand l'heure vient dè monter plus haut. Donnez-moi celte sagesse, armez mon cœur contre lui-même, et faites-lui trouver dans le souvenir de votre dépouillement devant la croix la grâce de ce détachement intérieur, qui seul prépare les saintes morts.

Pater

Ave

Gloria Patri

V: Miserere nostri Domine

R: Misere Nostri

V: Fidelium animae, per misericordiam Dei, requiescant in Pace

R: Amen

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Rédigé par Balthasar

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Publié le 22 Avril 2011

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Nous vous adorons, Ô Christ...

Je vous adore, Seigneur Jésus-Christ, tombant pour la troisième fois sous le poids accablant de la croix

Parmi les douleurs que je veux unir aux vôtres, Seigneur, il en est une que me rappelle plus particulièrement votre troisième chute : c'est la triste faiblesse qui me fait retomber dans des fautes que mon âme condamne et dont elle a horreur. Vous le savez,mon Dieu, il n'y a pas dans ma vie de peine plus amère que celle que me donnent ces rechutes, et quelquefois cette peine est si violente qu'elle me jette dans de grands troubles et d'étranges découragements.

Quoi ?! Toujours recommencer ?!

Tant d'inconstance dans cette volonté qui ne voulait cependant que vous plaire!

Une si constante contradiction à votre loi dans cette nature corrompue que ne domptent définitivement ni les efforts ni les années! Toujours les surprises de la vanité, de l'égoïsme, de la recherche de soi, de la mollesse, de la sensualité! toujours ces liens si forts et si tendres de l'amour-propre, dont il est si diflicile de se déprendre, et le résultat de longs et pénibles combats perdus tout à coup dans l'inattention d'un quart d'heure! Et alors encore une fois tout recommencer!

Hélas! Seigneur, ai-je du moins recommencé toujours de marcher vers vous? Ai-je recommencé sur l'heure, sans tarder, sans m'épargner l'humiliation d'une flagrante inconséquence, sans m'accorder le triste bénéfice d'un instant de repos dans le mal? Ai-je consenti à voir immédiatement que j'avais tort, et, changé en un moment par cette claire vue, ai-je tourné toutes mes forces contre moi-même, me suis-je confondu dans les incurables contradictions de ma nature? Ai-je dit à Dieu courageusement : Je suis encore tombé, ô mon Père ! mais vous voyez que j'ai horreur de ma faiblesse; ô vous qui êtes seul la force, relevez-moi! 

Ai-je fait ainsi, ou bien, attristé jusqu'à l'inertie et jusqu'à la mort par la vue de ma faiblesse, suis-je demeuré lâchement sous le poids du mal, écrasé, renversé à terre, sans espérance, plongé dans celte sorte de sommeil sombre où tend quelquefois de se réfugier l'âme qui hait assez le mal pour souffrir un martyre dans ses étreintes, et qui ne vous aime pas assez, Seigneur, pour se plonger tout entière en vous par un seul acte d'amour et retrouver là toute sa pureté, comme le petit oiseau de nos champs plonge d'un coup d'aile dans les flots du soleil et se transfigure dans sa lumière?

0 Jésus tombant pour la troisième fois sous le fardeau des péchés du monde, mais aussitôt relevé par la force d'un amour invincible et reprenant la voie du Calvaire, relevez-moi de l'abattement où me jette la vue de mes tristes rechutes. Apprenez-moi que la patience est une grande force contre soi-même, et que dans le découragement qui suit nos fautes il y a souvent moins la confusion de vous avoir trahi que l'amertume de notre orgueil blessé. Donnez-moi donc d'être humble dans la constatation renouvelée de ma misère, humble dans le changement subit de mes dispositions intérieures, humble dans l'effort qui fait sortir l'âme souillée de son tombeau. Un jour, ô mon Dieu! ces flux et reflux de l'âme auront cessé; la paix embrassera la force dans une continuité sans vicissitudes; nous sentirons alors en vous aimant la bienheureuse assurance de vous aimer toujours. 0 jour, ô soleil divin devant qui s'évanouiront les ombres même du péché, serait-il chrétien le cœur qui ne t'aurait pas dans ses désirs?

Pater

Ave

Gloria Patri

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Rédigé par Balthasar

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Publié le 22 Avril 2011

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Nous Vous adorons Ô christ...

Je vous adore, Seigneur Jésus-Christ, rejetant les plaintes des femmes de Jérusalem, et répondant à leurs lamentations par ces paroles : « Ne pleurez pas sur moi, mais « pleurez sur vous et sur vos fils. »

Vous nous enseignez ici, Seigneur, que s'il est des plaintes que le chrétien peut accepter, comme vous reçûtes la compassion de Marie et la charité de Véronique, il en est d'autres qu'il doit refuser d'entendre, parce qu'elles sont indignes de lui et qu'elles doivent retomber plutôt sur leurs tristes auteurs. Ce sont les plaintes des mondains, plaintes frivoles, plaintes aveugles, plaintes quelquefois mêlées d'une goutte amère d'ironie, plaintes qui ne partent pas d'un cœur où Dieu habite. Je les connais, Seigneur, ces plaintes-là! Qu'elles sont lourdes à porter, et que, loin de donner la paix et la consolation, elles irritent les chagrins et enveniment les plaies! La mort m'a frappé dans mes affections les plus chères; il semble qu'elle eût deviné le plus sensible endroit. Le monde vient; il m'importune de ses simulacres de compassion , il m'étourdit par ses vaines redites et la froide banalité de ses maximes; il me parle de temps, de distraction, d'oubli: ô déchirantes consolations! Laisse-moi, monde ennuyeux, tu n'entends rien au seul charme qui me reste dans ma douleur, qui est de vivre avec elle et d'unir plus que jamais ce qui me reste de cœur au cœur qui a emporté ma joie, mais que je retrouve par la foi dans le sein de Dieu, et qui bientôt me sera rendu. Ne pleure pas sur moi, ô monde! et laisse mes douleurs; pleure plutôt sur tes joies et sur ce fantôme de félicité que le plus soigneux égoïsme ne saura pas toujours défendre.

Ne pleurez donc pas sur le Christ, filles de Jérusalem, passions du monde, vaines espérances du siècle; car, même sur le chemin du Calvaire, ses souffrances valent mieux que vos plaisirs. Ne pleure pas, ô avare! sur ce pauvre volontaire qui a choisi la misère de Jésus-Christ pour sa reine et ses renoncements pour trésors; mais pleure sur tes trésors d'un jour et sur le vide que ton opulence creuse dans ton cœur. Ne pleure pas, ô ambitieux! sur cet humble qui met à poursuivre la vie cachée plus d'ardeur que tu n'en mis jamais à poursuivre la gloire; mais pleure sur ta gloire coûteuse et sur les hontes intérieures qu'il t'a fallu dévorer pour arriver a ce sommet. Ne pleure pas, ô Voluptueux! sur les âmes chastes, et sur les divines amours qui compensent au centuple leur sacrifice; car ton esprit de chair ne peut ici rien entendre, et tu ne comprendras jamais qu'elles préfèrent leur liberlé angélique à tes ivresses d'esclave. Enfin, ô monde trop déshabitué des choses de Dieu! et qui n'acceptes le christianisme qu'à la condition de l'accommoder à tes préjugés, ne pleure pas sur cette jeune fille qui vient de quitter les parures de tes fêtes pour les vêtements de la charité; ne pleure pas sur ce jeune homme qui délaisse tes espérances pour l'ineffable joie du sacerdoce, car j'affirme encore que tes plaintes sont aveugles, et que tes larmes s'égarent sur leur bonheur au lieu de couler sur tes déceptions de chaque jour.

Laissez donc les enfants de Dieu, plaintes profanes, filles de la terre; laissez-les à leurs joies sanctifiées, laissez-les davantage encore à leurs épreuves et à la croixqu'ils portent sans murmure, sinon sans douleur, derrière Jésus, leur époux et leur ami. Et vous, ô Maître! qui consolez toujours nos chagrins, et dont la main ne se fait jamais longtemps attendre au jour de la détresse, donnez-nous de mépriser les consolations creuses des mondains, et de ne chercher jamais l'appui de notre faiblesse sur ces roseaux tremblants.

Pater

Ave

Gloria Patri

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Publié le 22 Avril 2011

 

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Nous vous adorons Ô Christ...

Je vous adore, Seigneur Jésus, tombant pour la seconde fois sur la voie douloureuse.

Ce n'est pas en vain, Seigneur, que la tradition nous parle de trois chutes qui interrompent votre marche du prétoire au Calvaire. Elle veut par là nous faire entendre combien vous accable le poids de cette croix lourde de tous les péchés du monde. Et vraiment, si j'y réfléchis, je n'ai pas de peine à comprendre votre extraordinaire accablement. Quand je pense aux épaisses vapeurs d'impiété et d'ignominie qui en une seule nuit s'élèvent de nos cités vers vous, quand je lis une seule page de l'histoire, cette conscience écrite du genre humain, quand j'interroge ma propre conscience et que je remonte jusqu'à sa source le fleuve de fautes et de péchés qui sillonne ma vie, je m'étonne plutôt, mon Dieu, que vous puissiez endurer la terre et que vous usiez envers vos indignes serviteurs d'une si longue patience. Ah! sans doute, tant de crimes n'ont été tolérés par la justice éternelle que par la grâce du sang divin qui les couvre, et Dieu n'a supporté le monde qu'en voyant le Christ porter la croix

Qu'ai-je besoin, après cela, qu'on m'exhorte au repentir de mes fautes? Vos mortelles défaillances sous le poids des péchés du monde m'en disent assez. La douleur et la confusion couvrent ma face; je voudrais vous arracher au joug sanglant de cette croix;mais que deviendrai-je si vous la quittez? Toute la terre coupable réclame un Sauveur, et je suis un fils de cette terre de péché, atteint du double mal de mes pères dans la chair et dans l'esprit. Courage donc, ô Christ! Hélas! courage! relevez-vous, et recommencez votre marche vers la mort; car si votre sacrifice continué me remplit de douleur, votre sacrifice interrompu me remplit de terreurs et d'angoisses, et me fait trop sentir que s'il ne s'achève pas nous sommes perdus!

Pater

Ave

Gloria Patri

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Rédigé par Balthasar

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Publié le 22 Avril 2011

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Nous vous adorns Ô Christ...

Je vous adore, Seigneur Jésus, tandis que la pieuse Véronique essuie d'un linge votre visage baigné de sueurs, de larmes et de sang.

Vos traits défigurés, meurtris, votre démarche brisée, vos vêtements souillés, n'ont pas trompé la sainte femme. C'est en vain que vous réalisez maintenant l'idéal de douleur qui troublait le regard d'Isaïe, c'est en vain que vous êtes « ce lépreux méprise, « méconnaissable, cet homme de douleurs, « abreuvé de souffrances, défiguré, ce visage « effacé, ce dernier des hommes ( Isaïe.'), » que le prophète avouait ne pas reconnaître; l'amour de Véronique ne s'y trompe pas: pour elle vous êtes toujours Jésus!

Rien ne l'arrête, ni la foule pressée qu'il faut fendre, ni les clameurs du peuple, ni la présence des gardes, ni la surveillance haineuse des pharisiens, ni le solennel appareil d'un cortége public, ni le piétinement des chevaux, ni les imprécations des soldats; rien ne la relient, ni fausse pudeur ni crainte de la mort. Elle n'hésite pas, elle s'élance, elle vole, elle vous touche, et ses mains tremManies de respect essuient tendrement votre divin visage ; « tout était impossible: elle a « tout osé, elle a tout fait ! »

0 Maître! vous êtes ici le type parfait de toute l'humanité pauvre et souffrante, et Véronique est le'type de la charité. Tandis que vous traînez la croix, moins semblable à un homme, ose dire le Psalmiste, « qu'à un « ver de terre, » vous portez en vous toute la personne des pauvres; mais, en retour, le dernier des pauvres qui souffre la faim ou le froid dans l'ombre de nos grandes cités, porte en soi votre personne, ô Jésus-Christ! et c'est l'enseignement positif de votre Évangile. Comme il y a de vous une présence réelle au sacrement de l'Eucharistie, il y a de vous une autre présence réelle, quoique d'un ordre moins parfait, dans la personne des pauvres; et c'est pourquoi vous dites clairement : « Ce que vous avez fait au dernier « de ceux-ci, c'est à moi que vous l'avez « fait. »

Plus heureuse que Véronique, dont la main tremblante ne toucha qu'une fois votre visage, la charité chrétienne peut donc, à toute heure et à tous moments, sécher vos larmes, essuyer vos sueurs, recueillir les gouttes de voire sang sur le visage de vos pauvres. Oh! qui nous donnera d'aimer assez vos pauvres ? Qui nous donnera de respecter assez leurs douleurs, et d'y adorer comme le sacrement de votre propre passion? Qui nous donnera de découvrir toujours, sous ces traits défigurés par les misères physiques et les misères morales, les trails de Jésus défiguré? Qui nous donnera le cœur de Véronique, son espérance indomptable, son irrésistible élan, sa persuasion qu'elle va réussir, et le degré d'amour qu'il faut pour tout achever après avoir tout entrepris ? Vous seul, divin Maître, pouvez allumer en nos âmes ces flammes de la charité qui voudraient dévorer tous les maux de la terre, et ne s'éteindront pas au cœur- de votre Église, tant qu'ici-bas il y aura une douleur!

Passez donc, Jésus, divin pauvre, passez maintenant ! ma résolution est prise et rien ne m'arrêtera, ni les maximes du monde, ni la crainte des jugements des hommes, ni même l'hésitation d'une modestie trompeuse. Envoyez-moi vos pauvres ; .montrez-moi des pauvres et je courrai vers eux d'un cœur vraiment fraternel; vous aiderez, Seigneur, ma bonne volonté, vous suppléerez à mon inexpérience, vous m'apprendrez à être respectueux, délicat, discret envers leurs malheurs, vous serez le soutien de mon espérance et le prix de mes efforts : quand le voile de la charité touche le visage des pauvres , le visage de Jésus s'y grave pour l'éternité

 

Pater

Ave

Gloria Patri

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R: Amen

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