Publié le 15 Avril 2017

Rédigé par Cdl Balthasar

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Publié le 14 Avril 2017

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Publié le 14 Avril 2017

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Publié le 14 Avril 2017

Par Dom Guéranger

 

AU MATIN.

Le soleil s'est levé sur Jérusalem; mais les pontifes et les docteurs de la loi n'ont pas attendu sa lumière pour satisfaire leur haine contre Jésus. Anne, qui avait d'abord reçu l'auguste prisonnier,l'a faitcon du ire chez son gendre Caïphe. L'indigne pontife a osé faire subir un interrogatoire au Filsde Dieu. Jésus, dédaignantde répondre, a reçu un soufflet d'un des valets. De faux témoins avaient été préparés; ils viennent déposer leurs mensonges à la face de celui qui est la Vérité; mais leurs témoignages ne s'accordent pas. Alors le grand-prêtre, voyant que le système qu'il a adopté pour convaincre Jésus de blasphème n'aboutit qu'à démasquer les complices de sa fraude, veut tirer de la bouche même du Sauveur ledélit qui doit le rendre justiciable de la Synagogue. « Je vous adjure, parle Dieu vivant, derépondre.Êtes-vousle Christ Fils de Dieu*? » Telle est l'interpellation que le pontife adresse au Messie. Jésus, voulant nous apprendre les égards qui sont dus à l'autorité, aussi longtemps qu'elle en conserve les titres, sort de son silence, et répond avec fermeté: t Vous l'avez dit :je le suis; au reste, je vousdéclare qu'un jour vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venantsurlesiiDées du ciel2 » A ces mots, le pontife sacrilège se lève, il déchire ses vêtements, et s'écrie : « Il a blasphémé! qu'avons-nous besoin de témoins? Vous venez d'entendre le blasphème : que vous en semble ?» De toutes parts, dans la salle, on crie : « Il mérite la mort ' !»

 

Le propre Fils de Dieu est descendu sur la terre pour rappeler à la vie l'homme qui s' était précipité dans la mort; et par le plus affreux renversement, c'est l'homme qui, en retour d'un tel bienfait, ose traduire à son tribunal ce Verbe éternel, et le juge digne de mort. Et Jésus garde le silence, et il n'anéantit pas dans sa colère ces hommes aussi audacieux qu'ils sont ingrats ! Répétons en ce moment ces touchantes paroles par lesquelles l'Église grecque interrompt souvent aujourd'hui la lecture du récit de la Passion: « Gloire à votre patience, Seigneur t »

A peine ce cri épouvantable : « Il mérite la mort! » s'est-il fait entendre, que les valets du grand prêtre se jettent sur Jésus, lis lui crachent au visage, et lui ayant ensuite bandé les yeux, ils lui donnent des soufflets , en lui disant : « Prophète, devine qui t'a frappé *. » Tels sont les hommages de la Synagogue au Messie dont l'attente la rend si fière. La plume hésite à répéter le récit de tels outrages faits au Fils de Dieu; et cependant ceci n'est que le commencement des indignités qu'a dû subir le Rédempteur.

Dans le même temps, une scène plus affligeante encore pour le cœur de Jésus se passe hors de la salle, dans la cour du grand-prêtre. Pierre , qui s'y est introduit, se trouve aux prises avec les gardes et les gens de service, qui l'ont reconnu pour un Galiléen de la suite de Jésus. L'Apôtre, déconcerté et craignant pour sa vie, abandonne lâchement son maître, et va jusqu'à affirmer par serment qu'il ne le connaît même pas.

Triste exemple du châtiment réservé à la présomption ! Mais, ô miséricorde de Jésus ! les valets du grand-prêtre l'entraînent vers le lieu où se tenait l'Apôtre; il lance sur cet infidèle un regard de reproche et de pardon; Pierre s'humilie et pleure. Il sort à ce moment de ce palais maudit ; et désormais tout entier à ses regrets, il ne se consolera plus qu'il n'ait revu son maître ressuscité et triomphant. Qu'il soit donc notre modèle , ce disciple pécheur et converti, en ces heures de compassion où la sainte Église veut que nous soyons témoins des douleurs toujours croissantes de notre Sauveur !

Pierre se retire; car il craint sa faiblesse ; restons, nous . jusqu'à la lin; nous n'avons rien à redouter; et daigne le regard de Jésus, qui fond les cœurs les plus durs, se diriger vers nous!

Cependant les princes des prêtres, voyant que le jour commence à luire, se disposent à traduire Jésus devant le gouverneur romain. Ils ont instruit sa cause comme celle d'un blasphémateur, mais il n'est pas en leur pouvoir de lui appliquer la loi de Moïse, selon laquelle il devrait être lapidé. Jérusalem n'est plus libre, et ses propres lois ne la régissent plus. Le droit de vie et de mort n'est plus exercé que par les vainqueurs, et toujours au nom de César. Comment ces pontifes et ces docteurs ne se rappellent-ils pas en ce moment l'oracle de Jacob mourant, qui déclara que le Messie viendrait, lorsque le sceptre serait enlevé à Juda ? Mais une noire jalousie les a égarés; et ils ne sentent pas non plus que le traitement qu'ils vont faire subir à ce Messie se trouve décrit par avance dans les prophéties qu'ils lisent et dont ils sont les gardiens.

Le bruit qui se répand dans la ville que Jésus a été saisi cette nuit, et qu'on se dispose à le traduire devant le gouverneur, arrive aux oreilles du traître Judas Ce misérable aimait l'argent; mais il n'avait aucun motif de désirer la mort de son maître. Il connaissait le pouvoir surnaturel de Jésus, et se flattait peut-être que les suites de sa trahison seraient promptement arrêtées par celui à qui la nature et les éléments ne résistaient jamais. Maintenant qu'il voit Jésus aux mains de ses plus cruels ennemis, et que tout annonce un dénoûment tragique, un remords violent s'empare de lui ; il court au Temple, et va jeter aux pieds des princes des prêtres ce fatal argent qui a été le prix du sang. On dirait que cet homme est converti, et qu'il va implorer son pardon. Hélas! il n'en est rien. Le désespoir est le seul sentiment qui lui reste, et il a hâte d'aller mettre fin à ses jours. Le souvenir de tous les appels que Jésus fit à son cœur, hier encore, durant la Cène et jusque dans le jardin, loin de lui donner confiance, ne sert qu'à l'accabler; et pour avoir douté d'une miséricorde qu'il devrait cependant connaître, il se précipite dans l'éternelle damnation, au moment même où le sang qui lave tous les crimes a déjà commencé de couler.

Or les princes des prêtres, conduisant avec eux Jésus enchaîné, se présentent au gouverneur Pilate, demandant d'être entendus sur une cause criminelle. Le gouverneur paraît, et leur dit avec une sorte d'ennui : « Quelle accusation apportez-vous contre cet homme? — Si ce n'était pas un malfaiteur, répondent-ils, nous ne vous l'aurions pas livré. » Le mépris et le dégoût se trahissent déjà dans les paroles du gouverneur, et l'impatience dans la réponse que lui adressent les princes des prêtres. On voit que Pilate se soucie peu d'être le ministre de leurs vengeances : « Prenez-le, leur dit-il, et jugez-le selon votre loi. — Mais, répondent ces hommes de sang, il ne nous est pas permis de faire mourir personne . » Pilate, qui était sorti du Prétoire pour parler aux ennemis du Sauveur, y rentre et fait introduire Jésus. Le Fils de Dieu et le représentant du monde païen sont en présence. » Êtes-vous donc le roi des Juifs? demande Pilate. — Mon royaume n'est pas de ce monde, répond Jésus; il n'a rien de commun avec ces royaumes formés par la violence; sa source est d'en haut. Si mon royaume était de ce monde, j'aurais des soldats qui ne m'eussent pas laissé tomber au pouvoir des Juifs. Bientôt, à mon tour, j'exercerai l'empire terrestre ; mais à cette heure mon royaume n'est pas d'ici-bas. — Vous êtes donc roi, enfin? reprend Pilate. — Oui, je suis roi, » dit le Sauveur.

Après avoir confessé sa dignité auguste, l'Homme Dieu fait un effort pour élever ce Romain au-dessus des intérêts vulgaires de sa fortune ; il lui propose un but plus digne de l'homme que la recherche des honneurs de la terre. « Je suis venu en ce monde, lui dit-il, pour rendre témoignage à la Vérité ; quiconque est de la Vérité écoute ma voix. — Et qu'est-ce que la Vérité ? » reprend Pilate; et sans attendre la réponse à sa question , pressé d'en finir, il laisse Jésus, et va retrouver les accusateurs. «Je ne reconnais en cet homme aucun crime ',» leur dit-il. Ce païen avait cru rencontrer en Jésus un docteur de quelque secte juive dont les enseignements ne valaient pas la peine d'être écoutés , mais en même temps un homme inoffensif dans lequel on ne pouvait,sans injustice,chercher un homme dangereux.

 

A peine Pilate a-t-il exprimé son avis favorable sur Jésus, qu'un amas d'accusations est produit contre ce Roi des Juifs par les princes des prêtres. Le silence de Jésus, au milieu de tant d'atroces mensonges, émeut le gouverneur : « Mais n'entendez-vous pas, lui dit-il, tout ce qu'ils disent contre vous? » Cette parole,d'un intérêt visible, n'enlève point Jésus à son noble silence; mais elle provoque de la part de ses ennemis une nouvelle explosion de fureur, t II agite le peuple, s'écrient les princes des prêtres; il va prêchant dans toute la Judée,depuis la Galilée jusqu'ici. »

Dans ce mot de Galilée, Pilate croit avoir un trait de lumière.Hérode tétrarque de Galilée, est en ce moment à Jérusalem. Il faut lui remettre Jésus; il est son sujet; et cette cession d'une cause criminelle débarrassera le gouverneur, en même temps qu'elle rétablira la bonne harmonie entre Hérode et lui.

 

Le Sauveur est donc traîné dans les rues de Jérusalem, du Prétoire au palais d'Hérode. Ses ennemis l'y poursuivent avec la même rage , et Jésus garde le même silence. Il ne recueille là que le mépris du misérable Hérode, du meurtrier de Jean-Baptiste; et bientôt les habitants de Jérusalem le voient reparaître sous la livrée d'un insensé, entraîné de nouveau vers le Prétoire. Ce retour inattendu de l'accusé contrarie Pilate; cependant il croit avoir trouvé un nouveau moyen de se débarrasser de cette cause qui lui est odieuse. La tête de Pâque lui fournit occasion de gracier un coupable; il va essayer de faire tomber cette faveur sur Jésus. Le peuple est ameuté aux portes du Prétoire; il n'y a qu'à mettre en parallèle Jésus , ce même Jésus que la ville a vu conduire en triomphe il y a quelques jours, avec Barabbas, ce malfaiteur qui est un objet d'horreur pour Jérusalem ; le choix du peuple ne peut manquer d'être favorable à Jésus. « Qui voulez-vous que je vous délivre, leur dit-il, de Jésus ou de Barabbas? » La réponse ne se fait pas attendre ; des voix tumultueuses s'écrient : « Non Jésus, mais Barabbas! — Que faire donc de Jésus? reprend le gouverneur interdit. — Crucifiez-le 1 — Mais quel mal a-t-il fait? Je vais le châtier,' et je le renverrai ensuite. — Non, non; crucifiez-le *! »

L'épreuve n'a pas réussi; et la situation du lâche gouverneur est devenue plus critique qu'auparavant. En vain il a cherché à ravaler l'innocent au niveau d'un malfaiteur; la passion d'un peuple ingrat et soul

evé n'en a tenu aucun compte. Pilate est réduit à promettre qu'il va faire châtier Jésus d'une manière assez barbare pour étancher un peu la soif de sang qui dévore cette populace; mais il n'a fait que provoquer un nouveau cri de mort.

N'allons pas plus loin sans offrir au Fils de Dieu une réparation pour l'indigne outrage dont il vient d'être l'objet. Mis en balance avec un hommes infâme, c'est ce dernier qu'on lui préfère. Si Pilate essaie par pitié de lui sauver la vie , c'est à condition de lui faire subir cette ignoble comparaison, et c'est en pure perte. Les voix qui chantaientHosannah au fils de David, il y a quelques jours, ne font plus entendre que des hurlements féroces; et le gouverneur, qui craint une sédition, a osé promettre de punir celui dont il a tout à l'heure confessé l'innocence.

Jésus est livré aux soldats pour être flagellé par eux. On le dépouille avec violence de ses vêtements, et on l'attache à la colonne qui servait pour ces exécutions. Les fouets les plus cruels sillonnent son corps tout entier, et le sang coule par ruisseaux le long de ses membres divins. Recueillons cette seconde effusion du sang de notre Rédempteur , par laquelle Jésus expie pour * l'humanité tout entière les complaisances et lescrimes de la chair. C'est par la main des Gentils que ce traitement lui est infligé; les Juifs l'ont livré, et les Romains sont les exécuteurs; tous nous avons trempé dans l'affreux déicide.

Mais cette soldatesque est lasse enfin de frapper; les bourreaux détachent leur victime ; en auront-ils enfin pitié? Non^ ils vont faire succéder à tant de cruauté une dérision sacrilège. Jésus a été apppelé le Roi des Juifs; les soldats prennent occasion de ce titre pour donner une forme nouvelle à leurs outrages. Un roi porte la couronne; les soldats vont en imposer une au fils de David. Tressant à la hâte un horrible diadème avec des branches d'arbrisseaux épineux, ils la lui enfoncent sur la tête , et pour la troisième fois, le sang de Jésus coule avec abondance. Puis, afin de compléter l'ignominie , les soldats lui jettent sur les épaules un manteau de pourpre, et placent dans sa main un roseau, en guise de sceptre. Alors ils se mettent à genoux devant lui, et disent : « Roi des Juifs, salut I » Et cet hommage insultant est accompagné de soumets sur le visage de l'Homme-Dieu, et d'infâmes crachats; etdetempsen tempson lui arrache le roseau des mains pour l'en frapper sur la tête, afin d'enfoncer toujours davantage les cruelles épines dont elle est ceinte.

A ce spectacle , le chrétien se prosterne dans un douloureux respect, et dit à son tour : « Roi des Juifs, salut! Oui, vous êtes le fils de David , et , à ce titre , notre Messie et notre Rédempteur. Israël renie votre royauté qu'il proclamait naguère; la gentilité n'y trouve qu'une occasion de plus pour vous outrager; mais vous n'en régnerez pas moins par la justice sur" Jérusalem, qui ne tardera pas à sentir le poids de votre sceptre vengeur; par la miséricorde sur les Gentils , que bientôt vos Apôtres amèneront à vos pieds. En attendant, recevez notre hommage et notre soumission. Régnez dès aujourd'hui sur nos cœurs et sur notre vie tout entière. »

On conduit Jésus à Pilate dans l'affreux état où l'a mis la cruauté des soldats. Le gouverneur ne doute pas qu'une victime réduite aux abois n'obtienne grâce devant le peuple; et faisant monter avec lui le Sauveur à une galerie du palais, il le montre à la multitude, en disant : « Voilà l'homme ' ! » Cette parole était plus profonde que ne le croyait Pilate. Il ne disait pas: Voilà Jésus, ni voilà le Roi des Juifs; il se servait d'une expression générale dont il n'avait pas la clef, mais dont le chrétien possède l'intelligence. Le premier homme , dans sa révolte contre Dieu, avait bouleversé, par son péché, l'œuvre entière du Créateur; en punition de son orgueil et de sa convoitise, la chair avait asservi l'esprit; et la terre elle-même, en signe de malédiction, ne produisait plus que des épines. Le nouvel homme qui porte, non la réalité, mais la ressemblance du péché, paraît ; et l'œuvre du Créateur reprend en lui son harmonie première; mais c'est par la violence. Pour montrer que la chair doit être asservie à l'esprit, la chair en lui est brisée sous les fouets; pour montrer que l'orgueil doit céder la place à l'humilité, s'il porte une couronne, ce sont les épines de la terre maudite qui la forment sur sa tête. Triomphe de l'esprit sur les sens , abaissement de la volonté superbe sous le joug de la sentence : voilà l'homme.

Israël est comme le tigre; la vue du sang irrite sa soif; il n'est heureux qu'autant qu'il s'y baigne. A peine a-t-il aperçu sa victime ensanglantée, qu'il s'écrie avec une nouvelle fureur: « Crucifiez-le ! crucifiez-le! — Eh bien! dit Pilate, prenez-le vous même, et crucifiez-le; pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » Et cependant on l'a mis, par son ordre, dans un état qui, à lui seul, peut lui causer la mort. Sa lâcheté sera encore déjouée. Les juifs répliquenten invoquant le droit que les Romains laissaient aux peuples conquis : « Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir; car il s'est dit le Fils de Dieu. »

A cette réclamation, Pilate se trouble ; il rentre dans la salle avec Jésus, et lui dit : « D'où êtes-vous? » Jésus se tait ; Pilate n'était pas digne d'entendre le Fils de Dieu lui rendre raison de sa divine origine. Il s'irrite cependant: « Vous ne me répondez pas? dit-il; ne savez-vous pas que j'ai le pouvoir de vous crucifier, et le pouvoir de vous absoudre? • Jésus daigne parler; et c'est pour nous apprendre que toute puissance de gouvernement, même chez les infidèles, vient de Dieu, et non de ce qu'on appelle le pacte social: «Vous n'auriez pas ce pouvoir, répondit-il, s'il ne vous avait été donné d'en haut; c'est pour cela que le péché de celui qui m'a livré à vous est d'autant plus grand . »

La noblesse et la dignité de ces paroles subjuguent le gouverneur ; et il veut encore essayer de sauver Jésus. Mais les cris du peuple pénètrent de nouveau jusqu'à lui :  Si vous le laissez aller, lui dit-on, vous n'êtes pas l'ami de César. Quiconque se fait roi, se déclare contre César. »

A ces paroles, Pilate, essayant une dernière fois de ramener à la pitié ce peuple furieux, sort de nouveau, et monte sur un siège en plein air;

 

il s'assied et fait amener Jésus : « Le voilà, dit-il, votre roi; voyez si César a quelque chose à craindre de lui. » Mais les cris redoublent: « Otez-le! ôtez-le  Crucifiez le  — Mais, dit le gouverneur, qui affecte de ne pas voir la gravité du péril, crucifierai-je donc votre roi? » Les Pontifes répondent : « Nous;n'avons point d'autre roi que César . » Parole indigne qui,lorsqu'elle sort du sanctuaire, annonce aux peuples que la foi est en péril; en même temps parole de réprobation pour Jérusalem; car si elle n'a pas d'autre roi que César, le sceptre n'est plus dans Juda, et l'heure du Messie est arrivée.

Pilate, voyant que la sédition est au comble, et que sa responsabilité de gouverneur est menacée, se résout à abandonner Jésus à ses ennemis. Il porte enfin, quoique à contre-cœur, cette sentence qui doit produire en sa conscience un affreux remords dont bientôt il cherchera la délivrance dans le suicide. Il trace lui-même sur une tablette, avec un pinceau, l'inscription qui doit être placée au-dessus de la tête de Jésus. Il accorde même à la haine des ennemis du Sauveur que pour une plus grande ignominie, deux voleurs seront crucifiés avec lui. Ce trait était nécessaire à l'accomplissement de l'oracle prophétique:  Il sera mis au rang des scélérats. »

Puis lavant ses mains publiquement, à ce moment où il souille son âme du plus odieux forfait, il s'écrie en présence du peuple : « Je suis innocent du sang de ce juste : cela vous regarde. » Et tout le peuple répond par ce souhait épouvantable : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants » Ce fut le moment où le signe du parricide vint s'empreindre sur le front du peuple ingrat et sacrilège, comme autrefois sur celui de Caïn; dix-huit siècles de servitude, de misère et de mépris, ne l'ont pas effacé. Pour nous, enfants de la gentilité, sur lesquels ce sang divin est descendu comme une rosée miséricordieuse, rendons grâce à la bonté du Père céleste, qui « a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique ; » rendons grâce à l'amour de ce Fils unique de Dieu, qui, voyant que nos souillures ne pouvaient être lavées que dans son sang, nous le donne aujourd'hui jusqu'à la dernière goutte.

 

 

 

 

Ici commence la Voie douloureuse, et le Prétoire de Pilate, où fut prononcée la sentence de Jésus, en est la première Station. Le Rédempteur est abandonné aux Juifs par l'autorité du gouverneur. Les soldats s'emparent de lui et l'emmènent hors de la cour du Prétoire. Ils lui enlèvent le manteau de pourpre, et le revêtent de ses vêtements qu'ils lui avaient ôtés pour le flageller; enfin ils chargent la croix sur ses épaules déchirées. Le lieu où le nouvel Isaac reçut ainsi le bois de son sacrifice est désigné comme la seconde Station. La troupe des soldats, renforcée des exécuteurs, des princes des prêtres, des docteurs de la loi, d'un peuple immense, se met en marche. Jésus s'avance sous le fardeau de sa croix ; mais bientôt, épuisé par le sang qu'il a perdu et parles souffrances de tout genre, il ne peut plus se soutenir, et tombant sous le faix, il marque par sa chute la troisième Station.

Les soldats relèvent avec brutalité le divin captif qui succombait plus encore sous le poids de nos péchés que sous celui de l'instrument de son supplice. Il vient de reprendre sa marche chancelante, lorsque tout à à coup sa mère éplorée se présente à ses regards. La femme forte, dont l'amour maternel est invincible, s'est rendue sur le passage de son fils ; elle veut le voir, le suivre , s'attacher à lui, jusqu'à ce qu'il expire. Sa douleur est au-dessus de toute parole humaine; les inquiétudes de ces derniers jours ont déjà épuisé ses forces ; toutes les souffrances de son fils lui ont été divinement manifestées; elle s'y est associée, et elle les a toutes endurées une à une. Mais elle ne peut plus demeurer loin du regard des hommes ; le sacrifice avance dans son cours, la consommation est proche; il lui faut être avec son fils, et rien ne la pourrait retenir en ce moment. La fidèle Madeleine est près d'elle, noyée dans ses pleurs, Jean, Marie mère de Jacques avec Salomé, l'accompagnent aussi; ils pleurent sur leur maître; mais elle, c'est sur son fils qu'elle pleure. Jésus la voit, et il n'est pas en son pouvoir dela consoler; car tout ceci n'est encore que le commencement des douleurs. Le sentiment des angoisses qu'éprouve en ce moment le cœur de la plus tendre des mères vient oppresser d'un nouveau poids le cœur du plus aimant des fils. Les bourreaux n'accorderont pas un moment de retard dans la marche. en faveur de cette mère d'un condamné; elle peut se traîner, si elle le veut, à la suite du funeste convoi; c'est beaucoup pour eux qu'ils ne la repoussent pas ; mais la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire désignera pour jamais la quatrième Station.

La route est longue encore; car, selon la loi, les criminels devaient subir leur supplice hors des portes de la ville. Les Juifs en sont à craindre que la victime n'expire avant d'être arrivée au lieu du sacrifice. Un homme qui revenait dela campagne, nommé Simon de Cyrène, rencontre le douloureux cortège; on l'arrête, et, par un sentiment cruellement humain envers Jésus, on oblige cet homme à partager avec lui l'honneur et la fatigue de porter l'instrument du salut du monde. Cette rencontre de Jésus avec Simon de Cyrène consacre la cinquième Station.

A quelques pas de là , un incident inattendu vient frapper d'étonnement et de stupeur jusqu'aux bourreaux eux-mêmes. Une femme fend la foule , écarte les soldats et se précipite jusqu'auprès du Sauveur. Elle tient entre ses mains son voile qu'elle a détaché, et elle en essuie d'une main tremblante le visage de Jésus , que le sang , la sueur et les crachats avaient rendu méconnaissable. Elle l'a .reconnu cependant, parce qu'elle l'a aimé; et elle n'a pas craint d'exposer sa vie pour lui offrir ce léger soulagement. Son amour sera récompensé; la face du Rédempteur, empreinte par miracle sur ce voile, en fera désormais son plus cher trésor; et elle aura eu la gloire de désigner, par son acte courageux, la sixième Station de la Voie douloureuse.

Cependant les forces de Jésus s'épuisent de plus en plus, à mesure que l'on approche du terme fatal. Une subite défaillance abat une seconde fois la victime, et marque la septième Station. Jésus est bientôt relevé avec violence par les soldats, et se traîne de nouveau sur le sentier qu'il arrose de son sang. Tant d'indignes traitements excitent des cris et des lamentations dans un groupe de femmes qui, émues de compassion pour le Sauveur , s'étaient mises à la suite des soldats et avaient bravé leurs insultes. Jésus, touché de l'intérêt courageux de ces femmes qui, dans la faiblesse de leur sexe, montraient plus de grandeur d'âme que le peuple entier de Jérusalem , leur adresse un regard de bonté, et reprenant toute la dignité de son langage de prophète, il leur annonce, en présence des princes des prêtres et des docteurs de la loi, l'épouvantable châtiment qui suivra bientôt l'attentat dont elles sont témoins,et q u'elles déplorent avec tant de larmes. « Filles de Jérusalem, leur dit-il, à cet endroit même qui est compté pour la huitième Station; filles de Jérusalem! ce n'est pas sur moi qu'il faut pleurer; c'est sur vous et sur vos enfants; car il viendra des jours où l'on dira : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n'ont point porté, et les mamelles qui n'ont point allaité! Alors ils diront aux montagnes : Tombez sur nous; et aux collines : Couvrez-nous; mais si l'on traite ainsi le bois vert aujourd'hui, comment alors sera traité le bois sec? »

Enfin on est arrivé au pied de la colline du Calvaire, et Jésus doit encore la gravir avant d'arriver au lieu de son sacrifice. Une troisième fois son extrême fatigue le renverse sur la terre, et sanctifie la place où les fidèles vénéreront la neuvième Station. La soldatesque barbare intervient encore pour faire reprendre à Jésus sa marche pénible, et après bien des coups il parvient enfin au sommet de ce monticule qui doit servir d'autel au plus sacré et au plus puissant de tous les holocaustes. Les bourreaux s'emparent de la croix et vont l'étendre sur la terre, en attendant qu'ils y attachent la victime. Auparavant, selon l'usage des Romains , qui était aussi pratiqué par les Juifs, on offre à Jésus une coupe qui contenait du vin mêlé de myrrhe. Ce breuvage, qui avait l'amertume du fiel, était un narcotique destiné à engourdir jusqu'à un certain point les sens du patient, et à diminuer les douleurs de son supplice. Jésus touche un moment de ses lèvres cette potion que la coutume , plutôt que l'humanité , lui faisait offrir; mais il refuse d'en boire, voulant rester tout entier aux souffrances qu'il a daigné accepter pour le salut des hommes. Alors les bourreaux lui arrachent avec violence ses vêtements collés à ses plaies, et s'apprêtent aie conduire au lieu où la croix l'attend. L'endroit du Calvaire où Jésus fut ainsi dépouillé , et où on lui présenta le breuvage amer, est désigné comme la dixième Station de la Voie douloureuse. Les neuf premières sont encore visibles dans les rues de Jérusalem, de l'emplacement du Prétoire jusqu'au pied du Calvaire; mais cette dernière, ainsi que les quatre suivantes , sont dans l'intérieur de l'église du Saint-Sépulcre, qui renferme dans sa vaste enceinte le théâtre des dernières scènes de la Passion du Sauveur. Mais il nous faut suspendre ce récit; déjà même nous  avons devancé un peu les heures de cette grande journée, et nous avons à revenir plus tard sur le Calvaire. Il est temps de nous unir à la Sainte Église dans la lugubre fonction par laquelle elle s'apprête à célébrer le trépas de son divin Époux. L'airain sacré ne convoquera pas aujourd'hui les fidèles à la maison de Dieu; la foi et la componction seules les invitent à franchir au plus tôt les degrés du temple.

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Rédigé par Cdl Balthasar

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Publié le 13 Avril 2017

De Dom Guéranger, suite

 

"La sainte Église se proposant aujourd'hui de renouveler, avec une solennité toute particulière, l'action qui fut accomplie par le Sauveur dans la dernière Cène, selon le précepte qu'il en fit à ses Apôtres, lorsqu'il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi » , nous allons reprendre le récit évangélique que nous avons interrompu au moment où Jésus entrait dans la salle du festin pascal.

Il est arrivé de Béthanie; tous les Apôtres sont présents, même le perfide Judas, qui garde son affreux secret. Jésus s'approche de la table sur laquelle l'agneau est servi ; ses disciples y prennent place avec lui; et l'on observe fidèlement les rites que le Seigneur prescrivit à Moïse pour être suivis par son peuple. Au commencement du repas, Jésus prend la parole, et il dit à ses Apôtres : « J'ai désiré ardemment de manger avec vous cette Pâque, avant de souffrir  » Il parlait ainsi, non que cette Pâque eût en elle-même quelque chose de supérieur à celles des années précédentes, mais parce qu'elle allait donner occasion à l'institution de la Pâque nouvelle qu'il avait préparée dans son amour pour les hommes : car « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, il les aima jusqu'à la fin » .

Pendant le repas, Jésus, pour qui les cœurs n'avaient rien de caché, proféra cette parole qui émut les disciples : « En vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira; oui, l'un de ceux qui mettent en ce moment la main au plat avec moi est un traître . »

Que de tristesse dans cette plainte ! que de miséricorde pour le coupable qui connaissait la bonté de son Maître! Jésus lui ouvrait la porte du pardon; mais il n'en profite pas : tant la passion qu'il avait voulu satisfaire par son infâme marché avait pris d'empire sur lui ! Il ose même dire comme les autres : « Est-ce moi, Seigneur? » Jésus lui répond à voix basse, pour ne pas le compromettre devant ses frères : « Oui, c'est toi ; tu l'as dit » .Judas ne se rend pas ; il reste, et va souiller de sa présence les augustes mystères qui se préparent. Il attend l'heure de la trahison.

 

Le repas légal est terminé. Un festin qui lui succède réunit encore à une même table Jésus et ses disciples. Les convives, selon l'usage de l'Orient, se placent deux par deux sur des lits qu'a préparés la munificence du disciple qui prête sa maison et ses meubles au Sauveur pour cette dernière Cène. Jean le bien aimé est à côté de Jésus, en sorte qu'il peut, dans sa tendre familiarité, appuyer sa tête sur la poitrine de son maître. Pierre est placé sur le lit voisin, près du Seigneur, qui se trouve ainsi entre les deux disciples qu'il avait envoyés le matin disposer toutes choses, et qui représentent l'un la foi, l'autre l'amour. Ce second repas fut triste; les disciples étaient inquiets par suite de la confidence que leur avait faite Jésus; et l'on comprend que l'âme tendre et naïve de Jean eût besoin de s'épancher avec le Sauveur sur le lit duquel il était étendu, par les touchantes démonstrations de son amour.

Mais les Apôtres ne s'attendaient pas qu'une troisième Cène allait succéder aux deux premières. Jésus avait gardé son secret; mais, avant de souffrir, il devait remplir une promesse. Il avait dit en présence de tout un peuple: « Je suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair,pour la vie du monde. Ma chair est vraiment nourriture,et  mon sang est vraiment breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. »

Le moment était venu où le Sauveur allait réaliser cette merveille de sa charité pour nous. Mais comme il avait promis de nous donner sa chair et son sang, il avait dû attendre l'heure de son immolation. Voici maintenant que sa Passion est commencée; déjà il est vendu à ses ennemis; sa vie est désormais entre leurs mains; il peut donc maintenant s'offrir en sacrifice, et distribuer à ses disciples la propre chair et le propre sang de la victime.

Le second repas finissait, lorsque Jésus se levant tout à coup, aux yeux des Apôtres étonnés, se dépouille de ses vêtements extérieurs, prend un linge, s'en ceint comme un serviteur, met de l'eau dans un bassin , et annonce par ces indices qu'il s'apprête à laver les pieds à des convives.

Du lavement des pieds:

L'Usage de l'Orient était qu'on se lavât les pieds avant de prendre part à un festin; mais le plus haut degré de l'hospitalité était lorsque le maître de la maison remplissait lui même ce soin à l'égard de ses hôtes. C'est Jésus qui invite en ce moment ses Apôtres au divin repas qu'il leur destine, et il daigne agir avec eux comme l'hôte le plus empressé. Mais comme ses actions renferment toujours un fonds inépuisable d'enseignement, il veut, par celle-ci, nous donner un avertissement sur la pureté qu'il requiert dans ceux qui devront s'asseoir à sa table. « Celui qui est déjà lavé, dit-il, n'a plus besoin que de se laver les pieds »  ; comme s'il disait : Telle est la sainteté de cette divine table, que pour en approcher, non-seulement il faut que l'âme soit purifiée de ses plus graves souillures; mais elle doit encore chercher à effacer les moindres, celles que le contact du monde nous fait contracter, et qui sont comme cette poussière légère qui s'attache aux pieds. Nous expliquerons plus loin les autres mystères signifiés dans le lavement des pieds.

Jésus se dirige d'abord vers Pierre, le futur Chef de son Église. L'Apôtre sis refuse à permettre une telle humiliation à son Maître; Jésus insiste, et Pierre est contraint de céder. Les autres Apôtres qui, ainsi que Pierre, étaient restés sur les lits, voient successivement leur Maîfre s'approcher d'eux et laver leurs pieds. Judas même n'est pas excepté. Il avait reçu un second et miséricordieux avertissement quelques instants auparavant, lorsque Jésus, parlant à tous, avait dit : « Pour vous, vous êtes purs, mais non pas tous cependant *. » Ce reproche l'avait laissé insensible. Jésus, ayant achevé de laver les pieds des douze , vient se replacer sur le lit près de la table, à côté de Jean.

 

Alors , prenant du pain azyme qui était resté du repas, il élève les yeux au ciel, bénit ce pain, le rompt et le distribue à ses disciples, en leur disant: « Prenez et mangez; ceci est mon corps ». Les Apôtres reçoivent ce pain devenu le corps de leur Maître, ils s'en nourrissent; et Jésus n'est plus seulement avec eux à la table, il est eu eux. Ensuite, comme ce divin mystère n'est pas seulement le plus auguste des Sacrements, mais qu'il est encore un Sacrifice véritable , qui demande l'effusion du sang, Jésus prend la coupe; et, transformant en son propre sang le vin dont elle est remplie, il la passe à ses disciples, et leur dit : « Buvez-en tous : car c'est le sang de la Nouvelle Alliance, qui sera répandu pour vous. » Les Apôtres participent les uns après les autres à ce divin breuvage, et Judas à son tour ; mais il boit sa condamnation, comme tout à l'heure. dans le pain sacré, il a mangé son propre jugement . L'inépuisable bonté du Sauveur cherche cependant encore à faire rentrer le traître en lui-même. En donnant la coupe aux disciples, il a ajouté ces terribles paroles: c La main de celui qui me trahit est avec moi à cette table ". »

Pierre a été frappé de cette insistance de son Maître. Il veut connaître enfin le traître qui déshonore le collège apostolique; mais n'osant interroger Jésus, à la droite duquel il est placé, il fait signe à Jean, qui est à la gauche du Sauveur, pour tâcher d'obtenir un éclaircissement. Jean se penche sur la poitrine de Jésus et lui dit à voix basse : « Maître, quel est-il ? » Jésus lui répond avec la même familiarité : « Celui à qui je vais envoyer un morceau de pain trempé. » Il restait sur la table quelques débris du repas; Jésus prend un peu de pain. et l'ayant trempé, il l'adresse à Judas. C'était encore une invitation inutile à cette âme endurcie à tous les traits de la grâce : aussi l'Évangéliste ajoute : « Après qu'il eut reçu ce morceau, Satan entra en lui *. » Jésus lui dit encore ces deux mots : « Ce que tu as à faire, fais-le vite 2. » Et le misérable sort de la salle pour l'exécution de son forfait.

Telles sont les augustes circonstances de la Cène du Seigneur, dont l'anniversaire nous réunit aujourd'hui; mais nous ne l'aurions point suffisamment racontée aux âmes pieuses, si nous n'ajoutions un trait essentiel. Ce qui se passe aujourd'hui dans le Cénacle n'est point un événement arrivé une fois dans la vie mortelle du Fils de Dieu, et les Apôtres ne sont pas seulement les convives privilégiés de la table du Seigneur. Dans le Cénacle, de même qu'il y a plus qu'un repas, il y a autre chose qu'un sacrifice, si divine que soit la victime offerte par le souverain Prêtre. Il y a ici l'institution d'un nouveau Sacerdoce. Comment Jésus aurait-il dit aux hommes : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez point la vie en vous ' » , s'il n'eût songé à établir sur la terre un ministère par lequel il renouvellerait, jusqu'à la fin dés temps, ce qu'il vient d'accomplir en présence de ces douze hommes? Or voici ce qu'il dit à ces hommes qu'il a choisis : « Vous ferez ceci en mémoire de moi 2. » Il leur donne par ces paroles le pouvoir de changer, eux aussi, le pain en son corps et le vin en son sang; et ce pouvoir sublime se transmettra dans l'Église, par la sainte ordination, jusqu'à la fin des siècles. Jésus continuera d'opérer, par le ministère d'hommes mortels et pécheurs, la merveille qu'il accomplit dans le Cénacle; et en même temps qu'il dote son Eglise de l'unique et immortel Sacrifice, il nous donne, selon sa promesse, par le Paiu du ciel, le moyen de « demeurer en lui, et lui en nous ». Nous avons donc à célébrer aujourd'hui un autre anniversaire non moins merveilleux que le premier : l'institution du Sacerdoce chrétien.

Afin d'exprimer d'une manière sensible aux yeux du peuple fidèle la majesté et l'unité de cette Cène que le Sauveur donna à ses disciples, et à nous tous en leur personne , la sainte Église interdit aujourd'hui aux Prêtres la célébration des Messes privées, hors le cas de nécessité. Elle veut qu'il ne soit offertdans chaque église qu'un seul Sacrifice, auquel tous les Prêtres assistent ; et au moment de la communion, on les voit tous s'avancer vers l'autel, revêtus de l'étole, insigne de leur sacerdoce, et recevoir le corps du Seigneur des mains du célébrant.

La Messe du Jeudi saint est une des plus solennelles de l'année; et quoique l'institution dela fête du Très Saint-Sacrement ait pour objet d'honorer avec plus de pompe le même mystère, l'Église, en l'établissant, n'a pas voulu que l'anniversaire de la Cène du Seigneur perdît rien des honneurs auxquels il a droit. La couleur adoptée à cette Messe pour les vêtements sacrés est le blanc , comme aux jours# mêmes de Noël et de Pâques ; tout l'appareil du deuil a disparu. Cependant plusieurs rites extraordinaires annoncent que l'Église craint encore pour son Époux, et qu'elle ne fait que suspendre un moment les douleurs qui l'oppressent. A l'autel, le Prêtre a entonné avec transport l'Hymne angélique : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » Tout à coup les cloches ont retenti en joyeuse volée, accompagnant jusqu'à la fin le céleste cantique; mais à partir de ce moment elles vont demeurer muettes, et leur silence durant de longues heures va faire planer sur la cité une impression de terreur et d'abandon. 

La sainte Église , en nous sevrant ainsi du grave et mélodieux accent de ces voix aériennes , qui chaque jour parcourent les airs et vont jusqu'à notre cœur, veut nous faire sentir que ce monde, témoin des souffrances et de la mort de son divin Auteur , a perdu toute mélodie , qu'il est devenu morne et désert; et 

oignant un souvenir plus précis à cette impression générale, elle nous rappelle que les Apôtres, qui sont la voix éclatante du Christ, et sont ligurés par les cloches dont le son appelle les fidèles à la maison de Dieu, se sont enfuis et ont laissé leur Maître en proie à ses ennemis.

Le Sacrifice poursuit son cours ; mais au moment où le Prêtre élève l'Hostie sainte et le Calic&du salut, la cloche reste déjà dans son silence, et rien n'annonce plus au dehors du temple l'arrivée du Fils de Dieu. La communion générale est proche, et le Prêtre ne donne pas le baiser de paix au Diacre, qui, selon la tradition apostolique, doit le transmettre aux communiants par le Sous-Diacre. La pensée se reporte alors sur l'infâme Judas, qui, aujourd'hui même, a profané le signe de l'amitié , et en a fait l'instrument du meurtre. C'est pour cela que l'Église, en exécration du traître, et comme si elle craignait de renouveler un si fatal souvenir en un tel moment, s'abstient aujourd'hui de ce témoignage de la fraternité chrétienne qui fait partie essentielle des rites de la Messe solennelle.

Mais un rite non moins insolite s'est accompli à l'autel, dans l'action même du Sacrifice. Le Prêtre a consacré deux hosties, et , après en avoir consommé une, il a réservé l'autre , et l'a placée dans un calice qu'il a soigneusement enveloppé. C'est que l'Église a résolu d'interrompre demain le cours du Sacrifice perpétuel dont l'offrande sanctifie chaque journée. Telle est l'impression que lui fait éprouver ce cruel anniversaire, qu'elle n'osera renouveler sur l'autel, en ce jour terrible, l'immolation qui eut lieu sur le Calvaire. Elle restera sous le coup de ses souvenirs, et se contentera de participer au sacrifice d'aujourd'hui, dont elle aura réservé une seconde hostie. Ce rite s'appelle la Messe des Présanctifiés , parce que le Prêtre n'y consacre pas, mais consomme seulement l'hostie consacrée le jour précédent. Autrefois, comme nous le dirons plus tard , la journée du Samedi saint se passait aussi sans qu'on offrit le saint Sacrifice; mais on n'y célébrait pas, comme le Vendredi, la Messe des Présanctifiés.

Toutefois, si l'Église suspend durant quelques heures l'offrande du Sacrifice éternel, elle ne veut pas cependant que son divin Époux y perde quelque chose des hommages qui lui sont dus dans le Sacrement de son amour. La piété catholique a trouvé le moyen de transformer en un triomphe pour l'auguste Eucharistie ces instants où l'Hostie sainte semble devenue inaccessible à notre indignité. Elle prépare dans chaque temple un reposoir pompeux. C'est là qu'après la Messe d'aujourd'hui l'Église transportera le corps de son Époux ; et bien qu'il y doive reposer sous des voiles , ses fidèles l'assiégeront de leurs vœux et de leurs adorations. Tous viendront honorer le repos de l'Homme-Dieu.; « là où sera le corps, les aigles s'assembleront * » ; et de tous les points du monde catholique un concert de prières vives et plus affectueuses qu'en tout autre temps de l'année , se dirigera vers Jésus, comme une heureuse compensation des outrages qu'il reçut en ces mêmes heures de la part des Juifs. Près de ce tombeau anticipé se réuniront et les âmes ferventes en qui Jésus vit déjà , et les pécheurs convertis par la grâce et déjà en voie de réconciliation.

A Rome, la Station est dans la basilique de Latran. La grandeur de ce jour, la réconciliation des Pénitents, la consécration du Chrême, ne demandaient pas moins que cette métropole de la ville et du monde. De nos jours cependant, la fonction papale a lieu au palais du Vatican, et, ainsi que nous l'avons dit plus haut, la bénédiction apostolique est donnée par le Pontife Romain, à la loggia de la basilique de Saint-Pierre.

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Rédigé par Cdl Balthasar

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Publié le 13 Avril 2017

De Dom Guéranger: extraits

 

Ce jour est le premier des Azymes. Au coucher du soleil, les Juifs doivent manger la Pâque dans Jérusalem. Jésus est encore à Béthanie ; mais il rentrera dans la ville avant l'heure du repas pascal : ainsi le demande la Loi; et jusqu'à ce qu'il l'ait abrogée par l'effusion de son sang, il veut l'observer. Il envoie donc à Jérusalem deux-de ses disciples pour préparer le festin légal, sans rien leur faire connaître de la manière merveilleuse dont doit se terminer ce festin. Nous qui connaissons le divin mystère dont l'institution remonte à cette dernière Cène, nous comprenons pourquoi le Sauveur choisit de préférence, en cette occasion , Pierre et Jean pour remplir ses intentions *. Pierre qui confessa le premier la divinité de Jésus, représente la foi; et Jean, qui se reposa sur la poitrine de l'Homme Dieu , représente l'amour. Le mystère qui va être déclaré dans la Cène mystique de ce soir, se révèle à l'amour par la foi ; telle est l'instruction que le Christ nous donne par le choix des deux Apôtres; mais ceux-ci ne pénétraient pas la pensée de leur Maître.

Jésus, qui savait toutes choses, leur indique le signe auquel ils reconnaîtront la maison à laquelle il veut accorder aujourd'hui l'honneur de sa présence. Ils n'auront qu'à suivre un homme qu'ils rencontreront portant une cruche d'eau. La maison où se rend cet homme est habitée par un Juif opulent qui reconnaît la mission céleste de Jésus. Les deux Apôtres transmirent à ce personnage les intentions de leur maître; et aussitôt on mit à leur disposition une salle vaste et ornée. II convenait, en effet, que le lieu où devait s'accomplir le plus auguste des mystères ne fût pas un lieu vulgaire. Cette salle, au sein de laquelle la réalité allait enfin succédera toutes les figures, était bien au-dessus du temple de Jérusalem. Dans son enceinte allait s'élever le premier autel sur lequel serait offerte « l'oblation pure » annoncée par le Prophète . Là devait commencer dans peu d'heures le sacerdoce chrétien ; là enfin, dans cinquante jours, l'Église de Jésus-Christ , rassemblée et visitée par l'Esprit-Saint , devait se déclarer au monde , et promulguer la nouvelle et universelle alliance de Dieu avec les hommes.

Ce sublime sanctuaire de notre foi n'est pas effacé de la terre ; son emplacement est toujours marqué sur la montagne de Sion. Les infidèles l'ont profané par leur culte, car eux mêmes le regardent comme un lieu sacré; mais comme si la divine Providence, qui conserve sur la terre les traces du Rédempteur, voulait nous annoncer des temps plus prospères, les portes de ce lieu à jamais béni se sont ouvertes, tout récemment, à plusieurs prêtres de Jésus-Christ; et, par l'effet d'une tolérance toute nouvelle, le divin Sacrifice a été célébré dans le lieu même de son institution.

Jésus s'est rendu dans la journée à Jérusalem avec ses autres disciples. lia trouvé toutes choses préparées.

L'agneau pascal , après avoir été présenté au temple, en a été rapporté ; on l'apprête pour le repas légal; les pains azymes, avec les laitues amères, vont être servis aux convives. Bientôt, autour d'une même table, debout, la ceinture aux reins, le bâton à la main, le Maître et les disciples accompliront pour la dernière fois le rite solennel que Jéhovah prescrivit à son peuple au moment de la sortie d'Egypte.

Mais attendons l'heure de la sainte Messe pour reprendre la suite de ce récit, et parcourons en détail les nombreuses et importantes cérémonies qui signaleront cette grande journée. Nous avons d'abord la réconciliation des Pénitents , qui de nos jours n'est plus qu'un souvenir; mais qu'il importe cependant de décrire, pour donner , sous ce point de vue, un complément nécessaire à la Liturgie quadragésimale. Vient ensuite la consécration des saintes Huiles, qui n'a lieu que dans les églises cathédrales, mais qui intéresse tous les fidèles. Après l'exposition abrégée de cette fonction, nous avons à traiter de la Messe de ce jour, anniversaire de l'institution du Sacrifice de la loi nouvelle. Il nous faut parler ensuite de la préparation de la Messe des Présanctifiés pour la Fonction de demain, du dépouillement des Autels, et du Mandatum. ou lavement des pieds. Nous allons donc développer successivement ces divers rites, qui font du Jeudi saint l'un des jours les plus sacrés de l'Année liturgique.

 

 

LA RÉCONCILIATION DES PÉNITENTS.

Dans l'antiquité, on célébrait aujourd'hui trois messes solennelles, dont la première était précédée de l'absolution solennelle des Pénitents publics et de leur réintégration dans l'Église. La réconciliation avait lieu en cette manière. Ils se présentaient aux portes de l'église, en habits négligés, nu-pieds , et ayant laissé croître leurs cheveux et leur barbe depuis le Mercredi des Cendres, jour où ils avaient reçu l'imposition de la pénitence. L'évêque récitait dans le sanctuaire les sept Psaumes dans lesquels David épanche son regret d'avoir offensé la majesté divine ; ou ajoutait ensuite les Litanies des Saints.

Durant ces prières , les pénitents se tenaient prosternés sous le portique, sans oser franchir le seuil de l'église. Trois t'ois dans le cours des Litanies, l'Évêque leur députait plusieurs clercs qui venaient leur apporter en son nom des paroles d'espérance et de consolation. La première fois, deux Sous-Diacres venaient leur dire: « Je vis, dit le Seigneur ; je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. » La seconde fois, deux autres SousDiacres leur portaient cet avertissement : « Le Seigneur dit: Faites pénitence: car le royaume des cieux approche. » Enfin, un troisième message leur était porté parle Diacre, qui leur disait : « Levez vos têtes; votre rédemption est proche. »

Après ces avertissements qui annonçaient les approches du pardon , l'Évêque sortait du sanctuaire, et descendait vers les pénitents jusqu'au milieu de la grande nef, où on lui avait préparé un siège tourné vers le seuil de la porte de l'église, où les pénitents demeuraient toujours prosternés. Le Pontife étant assis, l'Archidiacre lui adressait ce discours:

Pontife vénérable, voici le temps favorable , las jours où Dieu s'apaise, où l'homme est sauvé, où la mort est détruite, où la vie éternelle commence. C'est le temps où, dans la vigne du Seigneur des armées, on fait de nouveaux plants pour remplacer ceux qui étaient mauvais. Sans doute il n'est aucun jour sur lequel ne se répandent les largesses de la bonté et de la miséricorde de Dieu; néanmoins le temps où nous sommes est marqué plus spécialement par l'abondante rémission des péchés, et par la fécondité de la grâce en ceux qui reçoivent une nouvelle naissance. Notre nombre s'accroît, et par ces nouveau-nés, et par le retour de ceux qui s'étaient éloignés de nous. S'il y a le bain d'eau purifiante, il y a aussi le bain des larmes. De là double joie pour l'Église : l'enrôlement de ceux qui sont appelés, l'absolution de ceux qu'a remenés le repentir. Voici donc vos serviteurs qui, ayant oublié les commandements célestes et transgressé la loi des saintes mœurs, étaient tombés dans divers crimes; les voici maintenant humiliés et prosternés. Ils crient au Seigneur avec le Prophète : « Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité; ayez pitié de nous, Seigneur! » Ils ont compté avec une entière confiance sur cette parole de l'Évangile: « Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. » Ils ont, comme il est écrit, mangé le pain de la douleur; leur couche a été arrosée de leurs larmes; ils ont affligé leur cœur par la douleur et leur corps par le jeûne, afin de recouvrer la santé de l'âme qu'ils avaient perdue. La pénitence est une; mais elle est à la disposition de tous ceux qui veulent y recourir.

L'Évêque se levait alors et se rendait auprès des pénitents. Il leur adressait une exhortation sur la miséricorde divine, et leur enseignait la manière dont ils devaient vivre désormais ; puis il leur disait: « Venez, mes enfants , venez ; écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » Le Chœur chantait ensuite cette Antienne tirée du Psaume Xxxiii6 : « Approchez du Seigneur, et soyez illuminés ; et vos visages ne seront plus dans la confusion. » Alors les pénitents , se levant de terre , venaient se jeter aux pieds de l'Évêque; et l'Archiprêtre, prenant la parole, lui disait:

Rétablissez en eux, Pontife apostolique, tout ce que les suggestions du diable avaient détruit; par l'entremise de vos prières, par la grâce de la divine réconciliation, faites que ces hommes soient rapprochés de Dieu. Jusqu'à cetle heure, le mal leur était à charge; maintenant qu'ils triomphent de l'auteur de leur mort, ils jouiront du bonheur de plaire au Seigneur dans la terre des vivants.

L'Évêque répondait: « Mais savez-vous s'ils sont dignes d'être réconciliés ?» Et l'Archiprêtre ayant dit : « Je sais et j'atteste qu'ils en sont dignes » , un Diacre leur ordonnait de se lever. Alors l'Évêque prenait l'un d'entre eux parla main; celui-ci donnait son autre main au suivant , et successivement tous les autres pénitents se tenant de la même manière, on arrivait au siège dressé pour l'Évêque au milieu de la nef. On chantait pendant ce temps-là cette Antienne : « Je vous le dis. il y a de la joie parmi les Anges de Dieu, même pour un seul pécheur qui fait pénitence » ;. et cette autre : « Il vous faut vous réjouir, mon fils : car votre frère qui était mort est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé.» L'Évêque ensuite, prenant la parole sur le ton solennel de la Préface, s'adressait ainsi à Dieu:

Il est juste de vous rendre grâces, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur, à qui vous avez donné dans le temps une naissance ineffable, afin qu'il vînt acquitter la dette d'Adam envers vous, détruire notre mort par la sienne, recevoir sur son corps nos blessures, effacer nos taches par son sang : en sorte que nous qui étions tombés par la jalousie de l'antique ennemi, nous revinssions à la vie par la miséricorde de ce Sauveur.

C'est par lui, Seigneur, que nous vous supplions de nous exaucer au sujet des péchés d'autrui, nous qui sommes hors d'état de vous implorer suffisamment pour les nôtres. Rappelez donc, Seigneur très-clément, ces hommes que leurs péchés avaient séparés de vous. Vous n'avez pas repoussé l'humiliation d'Achab; mais vous avez suspendu, à cause de son amende honorable, la vengeance que méritaient ses crimes. Vous avez exaucé les larmes de Pierre, et vous lui avez ensuite confié les clefs du royaume des cieux. Daignez donc, Seigneur miséricordieux, accueillir ceux-ci qui sont l'objet de nos prières; restituez-les au giron de votre Église, afin que l'ennemi ne triomphe plus à leur sujet; mais que votre Fils, qui vous est semblable, les purifie de tous leurs péchés; qu'il daigne les admettre au festin de cette, très-sainte Cène; qu'il les nourrisse de sa chair et de son sang, et qu'après le cours de cette vie il les conduise au royaume céleste.

Après cette Prière, toute l'assistance, clercs et laïques, se prosternait avec les pénitents devantla majesté divine; et l'on récitait les trois Psaumes qui commencent par le mot Miserere. L'Évêque se levait ensuite et prononçait sur les pénitents, toujours prosternés, ainsi que l'assistance tout entière, six oraisons solennelles dont nous donnerons ici les principaux traits:

Écoutez nos supplications. Seigneur, et quoique j'aie besoin plus que tous de votre miséricorde, daignez m'exaucer. Vous m'avez établi, non à cause de mes mérites, mais par le don de votre grâce, votre ministre dans cette œuvre de réconciliation; donnez-moi la confiance nécessaire pour l'accomplir, et opérez vous-même dans mon ministère qui est celui de votre bonté.

C'est vous qui avez rapporté au bercail, sur vos épaules, la brebis égarée; vous qui avez exaucé la prière du publicain Rendez donc la vie à ces hommes, vos serviteurs, dont vous ne voulez pas la mort. Vous, dont la bonté nous poursuit quand nous errons loin de vous, reprenez à votre service ceux-ci qui sont corrigés. Laissez-vous toucher de leurs soupirs et de leurs larmes; guérissez leurs blessures; tendez-leur une main salutaire. Ne permettez pas que votre Église éprouve une perte dans la moindre partie de ses membres, que votre troupeau souffre un détriment, que l'ennemi triomphe d'un désastre dans votre famille, que la seconde mort dévore ceux qui avaient pris une nouvelle naissance dans le bain sacré. Pardonnez, Seigneur, à ces hommes qui confessent leur iniquité; qu'ils échappent aux peines que décrétera la sentence du jugement à venir; qu'ils ignorent l'horreur des ténèbres , et le pétillement de la flamme. Ramenés du sentier de l'erreur et rentrés dans la voie de la justice, qu'ils ne reçoivent plus désormais de blessures; mais que l'intégrité d'âme qu'ils avaient d'abord reçue de votre grâce, et que votre miséricorde va réparer, demeure en eux à jamais. Ils ont macéré leurs corps sous les livrées de la pénitence; rendez-leur maintenant la robe nuptiale, et permettez-leur de s'asseoir de nouveau au festin royal dont ils étaient exclus.

A la suite de ces Oraisons , l'Évêque , étendant la main sur les pénitents, les réintégrait par cette formule imposante:

Que le Seigneur Jésus-Christ, qui a daigné effacer tous les péchés du monde en se livrant pour nous, et en répandant son sang très-pur; qui a dit à ses disciples: « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel »; qui a bien voulu m'admettre, quoique indigne, parmi les dépositaires de ce pouvoir; qu'il daigne, par l'intercession de Marie, Mère de Dieu, du bienheureux Archange Michel, de l'Apôtre saint Pierre à qui a été donné le pouvoir de lier et de délier, de tous les Saints, et par mon ministère, vous absoudre, par les mérites de son sang répandu pour la rémission des péchés,.de tout ce que vous avez commis en pensées, en paroles et en œuvres; et qu'ayant délié les liens de vos péchés, il vous conduise à la vie éternelle; lui qui vit et qui règne avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

L'Évêque s'approchait ensuite des pénitents toujours prosternés; il répandait l'eau sainte, et faisait fumer l'encens sur eux. Entin il leur adressait pour adieu ces paroles de l'Apôtre : « Levez-vous, vous qui dormez; levez-vous d'entre les morts; et le Christ sera votre lumière ». Les pénitents se levaient alors, et en signe de la joie qu'ils éprouvaient d'être réconciliés

avec Dieu, ils allaient promptement déposer leur extérieur négligé, et se revêtir d'habits convenables pour s'asseoir à l a table du Seigneur, avec les autres fidèles. Un vestige de cette imposante cérémonie s'est conservé dans plusieurs Églises de France, où l'on récite sur les fidèles, le Jeudi saint, des prières expiatoires que l'on appelle l'Absoute. 

A Rome, l'antique absolution des pénitents, en ce jour , a donné origine à la magnifique cérémonie connue sous le nom de Bénédiction papale Après la Messe du Jeudi saint, le Souverain Pontife, en pluvial et la tiare en tête, parait à la loggia qui s'ouvre au-dessus de la porte principale de la Basilique Vaticane. Un peuple immense couvre la vaste place Saint-Pierre ; d'innombrables fidèles , venus de toutes les régions du monde, attendent le moment où les mains du Vicaire de Jésus-Christ vont faire descendre sur eux la rémission des peines dues à leurs péchés.

Cependant, aux pieds du Pontife assis sur son trône, un des Prélats récite la formule générale de la Confession des péchés, au nom de l'immense famille que la foi a rassemblée sous les yeux du Père commun de la chrétienté. Après un moment de silence, le Pontife implore la miséricorde divine pour les pécheurs qui ont purifié leurs consciences dans le tribunal de la réconciliation ; il invoque sur eux le secours des saints Apôtres Pierre et Paul ; puis , se levant, il étend ses bras vers le ciel comme pour y puiser les trésors de l'éternelle indulgence, et les abaissant ensuite, il bénit ce peuple composé en ce moment de tous les peuples de la terre. Cette bénédiction , qui porte avec elle la grâce de l'indulgence plénière, pour tous ceux qui ont rempli les conditions requises, et que l'on appelle si improprement Bénédiction Urbi et orbipuisqu'elle ne s'adresse qu'aux fidèles présents , fut d'abord particulière au Jeudi saint , elle s'est étendue ensuite au jour de Pâques ; enfin, le Pontife Romain la donne encore le jour de l'Ascension, à Saint-Jean de-Latran, et le jour de l'Assomption, à Sainte-Marie Majeure.

 

LA BÉNÉDICTION DES SAINTES HUILES.

La seconde Messe que l'on célébrait le Jeudi saint, dans ^antiquité, étaitaccompagnée de la consécration des Huiles saintes, rite annuel et qui requiert toujours le ministère de l'Évêque comme consécrateur. Depuis un grand nombre de siècles, cette importante cérémonie s'accomplit à l'unique Messe qui se célèbre aujourd'hui en commémoration de la Cène du Seigneur. Cette bénédiction n'ayant lieu que dans les églises cathédrales, nous n'en donnerons point ici tous les , détails; nous ne voulons pas cependant priver nos lecteurs chrétiens de l'instruction qui peut leur être utile sur le mystère des Huiles saintes. La foi nous enseigne que si nous sommes régénérés dans l'eàu , nous sommes confirmés et fortifiés par l'huile consacrée; enfin l'huile est un des principaux éléments que le divin auteur des Sacrements a choisis pour signifier à la fois et opérer la grâce dans nos âmes.

L'Église a fixé de bonne heure ce jour, en chaque année, pour renouveler cette liqueur mystique dont la vertu est si grande, sous ses différentes formes, parce que le moment approche où elle en doit faire un abondant usage sur les néophytes qu'elle enfantera dans la nuit pascale. Mais il importe aux fidèles de connaître en détail la doctrine sacrée sur un si haut sujet; et nous l'expliquerons ici, quoique brièvement, afin d'exciter leur reconnaissance envers le divin Rédempteur, qui a appelé les créatures visibles à servir dans les œuvres de sa grâce, et leur a donné par son sang la vertu sacramentelle qui désormais réside en elles. La première des Huiles saintes qui reçoit la bénédiction de l'Évêque , est celle qui est appelée l'Huile des Malades, et qui est la matière du sacrement de l'Extrême-Onction. C'est elle qui efface dans le chrétien mourant les restes du péché, qui le fortifie dans le dernier combat, et qui , par la vertu surnaturelle qu'elle possède , lui rend même quelquefois la santé du corps. Dans l'antiquité , la bénédiction de cette Huile n'était pas plus affectée au Jeudi saint qu'à tout autre jour, parce que son usage est, pour ainsi dire, continuel. Plus tard, on a placé cette bénédiction au jour où sont consacrées les deux autres Huiles, à cause de la similitude de l'élément qui leur est commun. Les fidèles doivent assister avec recueillement à la sanctification de cette liqueur qui coulera un jour sur leurs membres défaillants , et parcourra leurs sens pour les purifier. Qu'ils pensent à leur dernière heure, et qu'ils bénissent l'inépuisable bonté du Sauveur , « dont le sang coule si abondamment avec cette précieuse liqueur l ». (1. Bossuet, Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre.)

La plus noble des Huiles saintes est le Chrême ; c'est aussi celle dont la consécration s'opère avec plus de pompe et avec des circonstances plus mystérieuses. C'est par le Chrême que l'Esprit-Saint imprime son sceau ineffaçable sur le chrétien déjà membre de Jésus Christ par le Baptême. L'Eau nous donne la naissance; l'Huile du Chrême nous confère la force, et tant que nous n'eu avons pas reçu l'onction, nous ne possédons pas encore la perfection du caractère de chrétien. Oint de cette huile sacrée, le fidèle devient visiblement un membre de l'Homme-Dieu, dont le nom de Christ signifie l'onction qu'il a reçue comme Roi et comme Pontife. Cette consécration du chrétien par le Chrême est tellement dans l'esprit de nos mystères, qu'au sortir de la fontaine baptismale , avant même d'être admis à la Confirmation, le néophyte reçoit sur la tête une première onction, quoique non sacramentelle, de cette Huile royale, pour montrer qu'il participe déjà à la royauté de Jésus-Christ.

Afin d'exprimer par un signe sensible la haute dignité du Chrême, la tradition apostolique veut que l'Évêque y mêle du baume, qui représente ce que l'Apôtre appelle « la bonne odeur du Christ  », dont il est écrit aussi « que nous courrons à l'odeur de ses parfums ». La rareté et le haut prix des parfums dans l'Occident a obligé l'Église Latine d'employer le baume seul dans la confection du saint Chrême; l'Église Orientale , plus favorisée par le climat et les produits des régions qu'elle habite, y fait entrer jusqu'à trente-trois sortes de parfums qui, condensés avec l'huile sainte , en forment une sorte d'onguent d'une odeur délicieuse.

Le saint Chrême, outre son usage sacramentel dans la Confirmation, et l'emploi que l'Église en fait sur les nouveaux baptisés, est encore employé par elle dans la sacre des Évêques, pour l'onction de la tête et des mains; dans la consécration des calices et des autels, dans la bénédiction des cloches ; enfin dans la dédicace des Églises, où l Évêque en marque les douze croix qui doivent attester aux âges futurs la gloire de la maison de Dieu.

La troisième des Huiles saintes est celle qui est appelée l'Huile des Catéchumènes. Sans être la matière d'aucun sacrement, elle n'en est pas moins d'institution apostolique. La bénédiction que l'Église en fait, aujourd'hui , quoique moins pompeuse que celle du Chrême , est cependant plus solennelle que celle de l'Huile des malades. Celle des Catéchumènes sert dans les cérémonies du Baptême, pour les onctions que l'on fait au catéchumène sur la poitrine et entre les épaules, avant l'immersion ou l'infusion de l'eau. On l'emploie aussi à l'ordination des Prêtres, pour l'onction des mains, et au sacre des Rois et des Reines.

Telles sont les notions que le fidèle doit posséder, pour avoir une idée dela solennelle fonction que remplit l'Évêque à la Messe d'aujourd'hui, où. comme le chante saint Fortunat dans la belle Hymne que nous donnerons tout à l'heure, il acquitte sa dette en opérant cette triple bénédiction qui ne peut venir que de lui seul.

La sainte Église déploie en cette circonstance un appareil inaccoutumé. Douze Prêtres en chasuble , se; t Diacres et sept Sous-Diacres, tous revêtus des habits de leurs ordres , assistent à la fonction. Le Pontifical romain nous apprend que les douze Prêtres sont là pour être les témoins et les coopérateurs du saint Chrême. La Messe commence et se continue avec les rites propres à ce jour; mais, avant de faire entendre l'Oraison Dominicale, l'Évêque laisse inachevée la prière du Canon qui la précèdent descend de l'autel. Il se rend au siège qui lui a été préparé près de la table sur laquelle on apporte l'ampoule remplie de l'huile qu'il doit bénir pour le service des mourants. Il prélude à cette bénédiction en prononçant les paroles de l'exorcisme sur cette huile, afin d'éloigner d'elle toute influence des esprits de malice, qui, dans leur haine pour l'homme, cherchent sans cesse à infecter les éléments de la nature; puis il la bénit par ces paroles:

Envoyez, Seigneur, du haut des cieux, votre Esprit-Saint Paraclet sur cette huile que vous avez daigné produire d'un arbre fécond; et qu'elle devienne propre à soulager l'âme et le corps. Que votre bénédiction en fasse un médicament céleste qui nous protège, qui chasse nos douleurs, nos infirmités, nos maladies de l'âme et du corps: car vous vous êtes servi de l'huile pour consacrer vos Prêtres, vos Rois, vos Prophètes et vos Martyrs. Que celle-ci devienne une onction parfaite que vous aurez bénie pour nous, Seigneur, et dont les effets nous pénétreront tout entiers. Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ.

Après cette bénédiction, l'un des sept Sous-Diacres

qui avait apporté l'ampoule la remporte avec respect; et le Pontife retourne à l'autel pour achever le Sacrifice. Lorsqu'il a distribué la sainte communion au clergé, il revient au siège préparé près de la table. Alors les douze Prêtres, les sept Diacres et les sept Sous-Diacres se rendent au lieu où sont déposées les deux autres ampoules. L'une contient l'huile qui doit devenir le Chrême du salut, et l'autre la liqueur qui doit être sanctifiée comme Huile des Catéchumènes. Bientôt le cortège sacré reparaît, et s'avance solennellement vers le Pontife. Les deux ampoules sont portées chacune par un des Diacres; un Sous-Diacre tient le vase qui renferme le baume. L'Évêque bénit d'abord le baume, qu'il appelle dans sa prière « une larme odorante sortie de l'écorce d'une heureuse branche, pour devenir le parfum sacerdotal ». Puis il prélude à la bénédiction de l'Huile du Chrême en soufflant sur elle trois fois en forme de croix. Les douze Prêtres viennent tour à tour faire cette même insufflation , dont nous voyons le premier exemple dans l'Évangile. Elle signifie la vertu du Saint-Esprit, qui est figuré par le souffle, à cause de son nom, Spiritus , et qui va bientôt faire de cette huile un instrument de sou divin pouvoir. Mais auparavant l'Évêque prononce sur elle l'exorcisme; et, après avoir ainsi préparé cette substance à recevoir l'action de la grâce d'en haut, il célèbre la dignité du Chrême par cette magnifique Préface qui remonte aux premiers siècles de notre foi.

Il est juste et raisonnable que nous vous rendions grâces partout et toujours, ,Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ notre Seigneur; à vous qui, au commencement de toutes choses, entre autres dons de votre bonté, avez fait produire à la terre les arbres, et parmi eux l'olivier qui nous donne cotte onctueuse liqueur qui devait servir au Chrême sacré. David, dans un esprit prophétique, prévoyant l'institution des Sacrements de votre grâce, chanta dans ses vers l'huile qui doit rendre la joie à notre visage: et lorsque les crimes du monde eurent été expiés par le déluge, la colombe vint annoncer la paix rendue à la terre par le rameau d'olivier qu'elle portait, symbole des faveurs que nous réservait l'avenir. Cette figure se réalise aujourd'hui, dans ces derniers temps, lorsque, les eaux du baptême ayant effacé tous nos péchés, l'onction de l'huile vient donner à nos visages beauté et sérénité. C'est aussi en présage de cette grâce que vous ordonnâtes à Moïse votre serviteur, après qu'il aurait purifié dans l'eau son frère Aaron, de l'établir prêtre par une onction.

Mais le plus grand honneur déféré à l'huile fut lorsque, votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur ayant exigé de Jean qu'il le baptisât dans les eaux du Jourdain, vous envoyâtes sur lui l'Esprit-Saint en forme de colombe, désignant ainsi votre Fils unique, en qui vous déclariez, par une voix qui se fit entendre, avoir mis vos complaisances, et faisant connaître qu'il était celui que le prophète David a célébré comme devant recevoir l'onction de l'huile de l'allégresse, au-dessus de i-ous ceux qui doivent y participer avec lui. Nous vous supplions donc, Dieu éternel, par le même Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur, de sanctifier par votre bénédiction cette huile votre créature, et de la remplir de la vertu du SaintEsprit, par la puissance du Christ votre Fils, dont le Chrême sacré a emprunté son nom, ce Chrême par lequel vous avez consacré les Prêtres, les Rois, les Prophètes et les Martyrs. Faites que la sanctification étant répandue dans l'homme par l'onction, la corruption de la première nature soit anéantie, et que le temple de chacun exhale la suave odeur que produit l'innocence de la vie; que, selon les conditions établies par vous dans ce mystère, ils y reçoivent la dignité de rois, de prêtres et de prophètes, avec l'honneur d'un vêtement d'immortalité; que cette huile enfin soit pour ceux qui renaîtront de l'eau et du Saint Esprit un Chrême de salut qui les rende participants de la vie éternelle, et les mette en possession de la gloire du ciel.

 

Le Pontife, après ces paroles, prend le baume qu'il ad'abord mêlé avec de l'huile sur une patène, et versant ce mélange dans l'ampoule, il consomme ainsi la consécration du Chrême. Ensuite, pour rendre honneur à l'Esprit-Saint qui doit opérer par cette huile sacramentelle, il salue l'ampoule qui la contient, en disant : « Chrême saint, je te salue! » Les douze Prêtres immédiatement suivent l'exemple du Pontife, qui procède ensuite à la bénédiction de l'Huile des Catéchumènes.

Après les insufflations et l'exorcisme, qui ont lieu comme pour le saint Chrême, l'Évêque s'adresse à Dieu par cette prière:

0 Dieu, qui récompensez les progrès dans les âmes, et qui, par la vertu du Saint-Esprit, confirmez l'ébauche déjà commencée en elles, daignez envoyer votre bénédiction sur cette huile, et accorder par l'onction qui en sera faite, à ceux qui se présentent au bain de l'heureuse régénération, la purification de l'âme et du corps. Que les taches qu'auraient imprimées sur eux les esprits ennemis de l'homme disparaissent au contact de cette huile sanctifiée; qu'il ne reste plus à ces esprits pervers aucune place pour leur malice,-aucun refuge pour leur pouvoir, aucune liberté pour leurs perfides embûches; mais que l'onction de cette huile soit utile à vos serviteurs qui arrivent à la foi et qui doivent être purifiés par l'opération de votre Esprit; qu'elle les dispose au salut qu'ils obtiendront en naissant à la régénération céleste dans le sacrement du Baptême : par Jésus-Christ notre Seigneur, qui doit venir pour juger les vivants et les morts et détruire le monde par le feu.

L'Évêque salue ensuite l'ampoule qui contient l'huile à laquelle il vient de conférer de si hautes prérogatives, en disant : « Huile sainte, je te salue! » Il est imité dans cet acte de respect par les douze Prêtres; après quoi deux des Diacres ayant pris , l'un le saint Chrême et l'autre l'Huile des Catéchumènes, le cortège se met en marche pour reconduire les deux ampoules au lieu d'honneur où elles doivent être conservées Elles sont l'une et l'autre couvertes d'une enveloppe d'étoffe de soie : blanche pour le saint Chrême, et violette pour l'Huile des Catéchumènes.

Nous n'avons donné qu'en les abrégeant les détails de cette grande cérémonie; mais nous ne voulons pas priver le lecteur catholique de la belle Hymne composée par saint Venance Fortunat, Évêque de Poitiers, au VIe siècle, et dont les strophes majestueuses, empruntées par l'Église romaine à l'antique Église des Gaules, accompagnent si noblement l'arrivée et le retour des saintes ampoules.

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Rédigé par Cdl Balthasar

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Publié le 11 Avril 2017

De Dom Guéranger : Extraits:

 

"La sainte Liturgie abonde en mystères, en ces jours où l'Église célèbre les anniversaires de tant de merveilleux événements; mais la plus grande partie de cette mystique se rapportant à des rites et à des cérémonies propres à des jours spéciaux, nous en traiterons à mesure que l'occasion s'en présentera. Notre but. ici, est seulement de dire quelques mots sur les coutumes mystérieuses de l'Église dans les deux semaines auxquelles ce volume est consacré.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons exposé, dans notre Carême, sur le mystère du Quadragénaire; la sainte carrière de l'expiation poursuit son cours, jusqu'à ce que le jeûne des hommes pécheurs ait atteint la durée de celui que l'Homme-Dieu a accompli sur la montagne. La troupe des fidèles du Christ continue à combattre, sous l'armure spirituelle, les ennemis invisibles du salut; assistée des Anges de lumière, elle lutte corps à corps avec les esprits de ténèbres, par la componction du cœur et par la mortification de la chair.

Trois objets, comme nous l'avons dit, préoccupent spécialement l'Église pendant le Carême: la Passion du Rédempteur dont nous avons, de semaine en semaine, pressenti les approches; la préparation des catéchumènes au baptême qui doit leur être conféré dans la nuit de Pâques; la réconciliation des pénitents publics, auxquels l'Église ouvrira de nouveau son sein, le Jeudi de la Cène du Seigneur. Chaque jour qui s'écoule rend plus vives ces trois grandes préoccupations de la sainte Église.

Le Sauveur, en ressuscitant Lazare à Béthanie, aux portes de Jérusalem, a mis le comble à la rage de ses ennemis. Le peuple s'est ému en voyant reparaître dans les rues de la cité ce mort de quatre jours; il se demande si le Messie opérera de plus grands prodiges, et s'il n'est pas temps enfin de chanter Hosanna au fils de David. Bientôt il ne sera plus possible d'arrêter l'élan des enfants d'Israël. Les princes des prêtres et les anciens du peuple n'ont pas un instant à perdre, s'ils veulent empêcher la proclamation de Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Nous allons assister à leurs infâmes conseils; le sang du Juste va être vendu et payé à deniers comptants. La divine Victime, livrée par un de ses disciples, sera jugée, condamnée, immolée ; et les circonstances de ce drame sublime ne seront plus l'objet d'une simple lecture; la sainte Liturgie les représentera, de la façon la plus expressive, sous les yeux du peuple fidèle.

Les catéchumènes n'ont plus que peu de temps à soupirer vers la fontaine de vie. Leur instruction se complète chaque jour; les figures de l'ancien ne alliance achèvent de se dérouler à leurs regards; et bientôt ils n'auront plus rien à apprendre sur les mystères de leur salut. Dans peu de jours on leur livrera le Symbole de la foi. Initiés aux grandeurs et aux humiliations du Rédempteur, ils attendront avec les fidèles l'instant de sa glorieuse résurrection; et nous les accompagnerons de nos vœux et de nos chants, à l'heure solennelle où, plongés dans la piscine du salut, et ayant laissé toutes leurs souillures dans les eaux régénératrices, ils remonteront purs et radieux pour recevoir les dons de l'Esprit divin, et participer à la chair sacrée de l'Agneau qui ne doit plus mourir.

La réconciliation des pénitents avance aussi à grands pas. Sous le cilice et la cendre, ils poursuivent leur œuvre d'expiation. Les consolantes lectures que nous avons déjà entendues continueront de leur être faites, et rafraîchiront de plus en plus leurs âmes. L'approche de l'immolation de l'Agneau accroît leur espoir; ils savent que le sang de cet Agneau est d'une vertu infinie, et qu'il efface tous les péchés. Avant la résurrection du libérateur, ils auront recouvré l'innocence perdue; le pardon descendra sur eux assez à temps pour qu'ils puissent encore s'asseoir, heureux prodigues, à la table du Père de famille, le jour même où il dira à ses convives: « J'ai désiré d'un désir ardent manger avec vous cette Paque . »

Telles sont en abrégé les scènes augustes qui nous attendent; mais, en même temps, nous allons voir la sainte Église, veuve désolée, s'abîmer de plus en plus dans les tristesses de son deuil. Naguère elle pleurait les péchés de ses enfants; maintenant elle pleure le trépas de son céleste Époux.

Dès longtemps déjà le joyeux Alleluia est banni de ses cantiques; elle supprimera désormais jusqu'à ce cri de gloire qu'elle consacrait encore à l'adorable Trinité. A moins qu'elle ne célèbre la mémoire de quelque Saint, dont la fête se rencontrerait encore jusqu'au samedi de la Passion, elle s'interdira, en partie d'abord, et bientôt totalement, jusqu'à ces paroles qu'elle aimait tant à redire: « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit! » Ses chants sont devenus trop lugubres, et ce cri de jubilation irait mal à la désolation qui a submergé sou cœur.

Ses lectures, aux offices de la nuit, sont prises dans Jérémie,le plus lamentable des Prophètes. La couleur de ses vêtements est toujours celle qu'elle a adoptée au jour où elle imposa les cendres sur le front humilié de ses enfants; mais quand sera arrivé le redoutable Vendredi, le violet ne suffira plus à sa tristesse; elle se couvrira de vêtements noirs, comme ceux qui pleurent le trépas d'un mortel ; car son Époux est véritablement mort en ce jour. Les péchés des hommes et les rigueurs de la justice divine ont fondu sur lui, et il a rendu son âme à son Père, dans les horreurs de l'agonie.

Dan s l'attente de cette heure terrible, la sainte Église manifeste ses douloureux pressentiments, en voilant par avance l'image de son divin Époux. La croix elle même a cessé d'être accessible aux regards des fidèles; elle a disparu sous un voile sombre. Les images des Saints ne sont plus visibles; il est juste que le serviteur s'efface, quand la gloire du Maître s'est éclipsée. Les interprètes de la sainte Liturgie nous enseignent que cette austère coutume de voiler la croix au temps de la Passion exprime l'humiliation du Rédempteur, réduit à se cacher pour n'être pas lapidé par les Juifs, comme nous le lirons dans l'Évangile du Dimanche de la Passion. L'Église applique dès le samedi, à Vêpres, cette solennelle rubrique, et avec une telle rigueur que, dans les années où la fête de l'Annonciation de Notre Dame tombe dans las emaine de la Passion, l'image de Marie, Mère de Dieu, demeure voilée, en ce jour même où l'Ange la salue pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes.

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Rédigé par Cdl Balthasar

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Publié le 11 Avril 2017

De Dom Guéranger

 

"On ne doit pas s’étonner qu’un temps aussi sacré que l’est celui du Carême soit un temps rempli de mystères. L’Église , qui en a fait la préparation à la plus sublime de ses fêtes , a voulu que cette période de recueillement et de pénitence fut marquée par les circonstances les plus propres à réveiller la foi des fidèles, et à soutenir leur constance dans l’œuvre de I’expiation annuelle.

Au Temps de la Septuagésime, nous avons rencontré le nombre septuagénaire qui nous rappelait les soixante-dix ans de la captivité à Babylone , après les— quels le peuple de Dieu, purifié de son idolâtrie, devait revoir Jérusalem , et y célébrer la Pâque. Maintenant c’est le nombre sévère de quarante que la sainte Église propose à notre attention religieuse, ce nombre qui, comme nous dit saint Jérôme, est toujours celui de la peine et de l’affliction. 

Rappelons-nous cette pluie de quarante jours et de quarante nuits , sortie des trésors de la colère de Dieu, au jour où il se repentit d’avoir créé l’homme, ‘et submergea la race humaine sous les flots , à l’exception d’une famille. Considérons le peuple hébreu errant pendant quarante années dans le désert, en punition de son ingratitude, avant d’avoir accès dans la terre promise ’. Écoutons le Seigneur qui ordonne à son prophète Ezéchiel de demeurer couché quarante jours sur son côté droit, pour figurer la durée d’un siège qui devait être suivi de la ruine de Jérusalem.

Deux hommes, dans l’Ancien Testament, ont la mission de figurer en leur personne les deux mani festations de Dieu : Moïse qui représente la Loi, et Élie en qui est symbolisée la Prophétie. L’un et l’autre approchent de Dieu; le premier sur le Sinaï ’, le second sur Horeb ; mais l’un et l’autre n’obtiennent accès auprès de la divinité, qu’après s’être purifiés par l’expiation dans un jeûne de quarante jours.

En nous reportant à ces grands faits , nous arrivons à comprendre pourquoi le Fils de Dieu incarné pour le salut des hommes, ayant résolu de soumettre sa chair divine aux rigueurs du jeûne, dut choisir le nombre de quarante jours pour cet acte solennel. L’institution du Carême nous apparaît alors dans toute sa majestueuse sévérité , et comme un moyen efficace d’apaiser la colère de Dieu et de purifier nos âmes. Élevons donc nos pensées au—dessus de l’étroit horizon qui nous entoure; voyons tout l’ensemble des passions chrétiennes, dans ces jours où nous sommes, offrant au Seigneur irrité, ce vaste 'quadragénaire' de l’expiation, et espérons que , comme au temps de Jonas, il daignera faire miséricorde à son peuple."

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Rédigé par Cdl Balthasar

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Publié le 9 Avril 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 26,36-75.27,1-60.

En ce temps-là, Jésus vint avec ses disciples dans un lieu appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : "Asseyez-vous ici, pendant que j'irai là pour prier."
Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprouver de la tristesse et de l'angoisse.
Alors il leur dit : " Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici et veillez avec moi. "
Et s'étant un peu avancé, il tomba sur sa face, priant et disant : " Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ! Cependant non pas comme je veux, mais comme vous voulez ! "
Et il vient vers les disciples et il les trouve endormis ; et il dit à Pierre : " Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi !
Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair est faible. "
Il s'en alla une seconde fois et pria ainsi : " Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite ! "
Etant revenu, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis.
Il les laissa et, s'en allant de nouveau, il pria pour la troisième fois, redisant la même parole.
Alors il vient vers les disciples et leur dit : " Désormais dormez et reposez-vous ; voici que l'heure est proche où le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous, allons ! Voici que celui qui me trahit est proche. "
Comme il parlait encore, voilà que Judas, l'un des Douze, arriva, et avec lui une foule nombreuse armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple.
Celui qui le trahissait leur avait donné un signe : " Celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui : arrêtez-le. "
Et aussitôt, s'avançant vers Jésus, il dit : " Salut, Rabbi ! ", et il lui donna un baiser.
Jésus lui dit : " Ami, tu es là pour cela ! " Alors ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et le saisirent.
Et voilà qu'un de ceux qui étaient avec Jésus, mettant la main à son glaive, le tira et, frappant le serviteur du grand prêtre, lui emporta l'oreille.
Alors Jésus lui dit : " Remets ton glaive à sa place ; car toux ceux qui prennent le glaive périront par le glaive.
Ou penses-tu que je ne puisse pas recourir à mon Père, qui me fournirait sur l'heure plus de douze légions d'anges ?
Comment donc s'accompliraient les Ecritures, d'après lesquelles il doit en être ainsi ? "
En ce même moment Jésus dit aux foules : " Comme contre un brigand, vous êtes sortis avec des glaives et des bâtons pour me prendre ! Chaque jour j'étais assis dans le temple, où j'enseignais, et vous ne m'avez pas arrêté.
Mais tout cela est arrivé afin que fussent accomplies les Ecritures prophétiques. " Alors tous les disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l'emmenèrent chez Caïphe, le grand prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens.
Or Pierre le suivait de loin jusqu'au palais du grand prêtre ; y étant entré, il était assis avec les satellites pour voir la fin.
Les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient un faux témoignage contre Jésus afin de le faire mourir ;
et ils n'en trouvèrent point, quoique beaucoup de faux témoins se fussent présentés. Finalement il s'en présenta deux qui
dirent : " Cet homme a dit : Je puis détruire le sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. "
Le grand prêtre se leva et dit à Jésus : " Tu ne réponds rien ! Qu'est-ce que ces hommes déposent contre toi ? "
Mais Jésus gardait le silence. Et le grand prêtre lui dit : " Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire, si tu es le Christ, le Fils de Dieu ? "
Jésus lui dit : " Tu l'as dit. Du reste, je vous le dis, à partir de maintenant vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. "
Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : " Il a blasphémé ! Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Voici que vous venez d'entendre son blasphème :
que vous en semble ? " Ils répondirent : " Il mérite la mort. "
Alors ils lui crachèrent au visage et le frappèrent avec le poing ; d'autres le souffletèrent, en disant :
" Prophétise-nous, Christ ! Quel est celui qui t'a frappé ? "
Or Pierre était assis, dehors, dans la cour. Une servante s'approcha de lui et dit : " Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! "
Mais il nia devant tous en disant : " Je ne sais ce que tu veux dire. "
Comme il se dirigeait vers la porte, une autre le vit et dit à ceux qui se trouvaient là : " Celui-là était avec Jésus de Nazareth ! "
Et de nouveau il nia avec serment : " Je ne connais pas cet homme. "
Un peu après, ceux qui étaient présents s'approchèrent et dirent à Pierre : " Pour sûr, toi aussi tu en es ; aussi bien, ton langage te fait reconnaître. "
Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : " Je ne connais pas cet homme ! " Et aussitôt un coq chanta.
Et Pierre se souvint de la parole de Jésus, qui lui avait dit : " Avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois. " Et étant sorti, il pleura amèrement.
Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple prirent une délibération contre Jésus pour le faire mourir.
Et, après l'avoir lié, ils l'emmenèrent et le remirent à Ponce Pilate, le gouverneur.
Alors Judas, qui l'avait trahi, voyant qu'il était condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens,
disant : " J'ai péché en livrant un sang innocent. " Ils dirent : " Qu'est-ce que cela nous fait ? A toi de voir ! "
Alors, ayant jeté les pièces d'argent dans le sanctuaire, il se retira et alla se pendre.
Mais les grands prêtres prirent les pièces d'argent et dirent : " Il n'est pas permis de les mettre dans le trésor, puisque c'est le prix du sang. "
Et, après avoir pris une délibération, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier pour la sépulture des étrangers.
C'est pourquoi ce champ fut appelé Champ du sang, et l'est encore aujourd'hui.
Alors fut accomplie la parole du prophète Jérémie : Ils ont pris les trente pièces d'argent, prix de celui qui a été mis à prix, qu'ont mis à prix des enfants d'Israël,
et ils les ont données pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'a ordonné.
Jésus comparut devant le gouverneur, et le gouverneur l'interrogea, en disant : " Es-tu le roi des Juifs ? " Jésus dit : " Tu le dis. "
Mais il ne répondait rien aux accusations des grands prêtres et des anciens.
Alors Pilate lui dit : " N'entends-tu pas combien de témoignages ils portent contre toi ? "
Mais il ne lui répondit sur aucun point, de sorte que le gouverneur était dans un grand étonnement.
Or, à chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu'ils voulaient.
Ils avaient alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas.
Donc, quand ils furent rassemblés, Pilate leur dit : " Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas ou Jésus dit Christ ?
Il savait, en effet, que c'était par jalousie qu'ils l'avaient livré.
Pendant qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui envoya dire : " N'aie point affaire avec ce juste ; car j'ai été aujourd'hui fort tourmentée en songe à cause de lui."
Mais les grands prêtres et les anciens persuadèrent aux foules de demander Barabbas, et de réclamer la mort de Jésus.
Le gouverneur, prenant la parole, leur dit : " Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? " Ils dirent : " Barabbas. "
Pilate leur dit : " Que ferai-je donc de Jésus dit Christ ? " Tous dirent : " Qu'il soit crucifié ! "
Il dit " Qu'a-t-il donc fait de mal ? " Et ils crièrent encore plus fort : " Qu'il soit crucifié ! "
Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte allait croissant, prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, en disant : " Je suis innocent du sang de ce juste ; à vous de voir ! "
Et tout le peuple répondit : " Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! "
Alors il leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le remit aux soldats pour être crucifié.
Alors les soldats du gouverneur prirent Jésus avec eux dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte.
L'ayant dévêtu, ils jetèrent sur lui un manteau écarlate.
Ils tressèrent une couronne avec des épines, qu'ils posèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite ; et, fléchissant le genou devant lui, ils lui disaient par dérision : " Salut, roi des Juifs ! "
Ils lui crachaient aussi dessus et, prenant le roseau, ils en frappaient sa tête.
Après s'être moqués de lui, ils lui retirèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et l'emmenèrent pour le crucifier.
En sortant, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu'ils réquisitionnèrent pour porter sa croix.
Puis, étant arrivés à un lieu dit Golgotha, c'est-à-dire lieu du Crâne,
ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; mais, l'ayant goûté, il ne voulut pas boire.
Quand ils l'eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en les tirant au sort.
Et, s'étant assis, ils le gardaient.
Au-dessus de sa tête ils mirent un écriteau indiquant la cause de sa condamnation : " Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. "
Alors on crucifia avec lui deux brigands, l'un à droite et l'autre à gauche.
Et les passants l'injuriaient en hochant la tête
et disant : " Toi, qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu et descends de la croix ! "
De même, les grands prêtres aussi se moquaient de lui, avec les scribes et les anciens, disant :
" Il en a sauvé d'autres, il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui !
Il a mis sa confiance en Dieu ; s'il l'aime, qu'il le délivre maintenant, car il a dit : Je suis Fils de Dieu ! "
Les brigands aussi, crucifiés avec lui, l'insultaient de la même manière.
Depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il se fit des ténèbres sur toute la terre.
Vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : Eli, Eli, lema sabachtani ? " c'est-à-dire " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? "
Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, disaient : " Il appelle Elie. "
Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il imbiba de vinaigre, et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui présenta à boire.
Mais les autres disaient : " Laisse ! que nous voyions si Elie va venir le sauver. "
Jésus poussa de nouveau un grand cri et rendit l'esprit.
Et voilà que le voile du sanctuaire se fendit en deux, du haut en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent,
les sépulcres s'ouvrirent et les corps de beaucoup de saints défunts ressuscitèrent.
Et, sortis des sépulcres, après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup.
Le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, voyant le tremblement de terre et ce qui se passait, furent saisis d'une grande frayeur et dirent : " Vraiment, c'était le Fils de Dieu. "
Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance ; elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir ;
parmi elles étaient Marie la Magdaléenne, Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Le soir venu, vint un homme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus.
Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus ; Pilate alors ordonna qu'on le lui remit.
Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc,
et le déposa dans son sépulcre neuf, qu'il avait fait tailler dans le roc ; puis, ayant roulé une grosse pierre à l'entrée du sépulcre, il s'en alla.

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Rédigé par Cdl Balthasar

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Publié le 5 Avril 2017

Quand l'ordre du temple so...laire organise le suicide de la France !

Lire et écouter les soit disant élites qui prétendent nous gouverner plonge plus d'un français ( j'entends ceux qui sont attachés au passé de la France, ses traditions millénaires... son sol, sa terre y puisant pour le futur, comme un arbre par ses racines puise les bonnes ressources et prend le soleil pour grandir ) dans une perplexité voire une colère croissante !

Ces gens là qui se servent depuis au bas mot plus de 200 ans, et ne vivent que pour leurs petits ego peuvent ils encore changer ?

Non, car ils préféreront se suicider et détruire le pays complètement ( c'est déjà presque achevé) : Il me semble inutile de perdre notre temps avec eux en essayant de les raisonner car ils sont comme des aveugles à qui on propose de retrouver la vue et qui ayant été dans l'obscurité préfèrent y rester dans un réflexe sécuritaire.... ils préféreront se suicider par peur ... que de retrouver la vue.... sans parler de l'orgueil... avouer qu'ils ont eu tort ? Plutôt mourir... et laissons les mourir ...

Le souci réside dans la possibilité que nous avons de garder par ci par là, quelques îlots de bon sens, quelques arpents de terre pour y planter nos chênes et reboiser après...

Personne à vue humaine ne rattrapera cette situation, le rouleau compresseur va trop vite ... seulement pouvons nous peut être le ralentir en espérant que le moteur s'étouffe, et que la bête n'atteigne pas nos arpents mais pour cela il faut ouvrir les yeux, les nôtres d'abord ...

Ne nous trompons pas, nous avons des aveugles jusque dans nos familles et nos amis ... parfois nous mêmes...

Il n'y a pas de petite compromission... A tout ceux là qui pensent que tout se vaut et que tout doit s'accommoder au courant négatif qui semble tout régir ( par lâcheté et habitude ou lassitude, fassilité...) ... A tout le moins dites aux moutons ...dites bien fort qu'il existe des cannes blanches ou que c'est la mort qui les attend sans qu'ils s'en rendent compte ! Ah brave petit mouton ( et ça rime avec ... ;) A bon entendeur...

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Rédigé par Cdl Balthasar

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