Méditations (V)

Publié le 24 Décembre 2016

Paul Claudel, Un poète regarde la croix

Voler, c'est s'emparer de ce qui ne nous appartient pas, c'est s'attribuer à soi-même ce qui existait pour un autre. Or, qu'y a-t-il de moins fait pour l'être que le néant, pour l'Infini que le fini, pour le divin que l'homme relatif, infirme, mortel et animal ? Quand Dieu donc s'est emparé de la forme humaine, quand Il l'a assumée à Son usage, quand Il S'est mis dedans, hypostasié dedans, Il a commis un abus intolérable, un attentat, également contraire à la justice, au bon sens et à la propriété, dont les professeurs n'auront pas fini jusqu'à la fin des temps tour à tour de s'indigner et de s'égayer. Il y a des choses qui ne sont pas admissibles. Plantons donc sur la fourche patibulaire au conspect [regard] de tous les cieux et pour l'édification de tous les siècles ce transgresseur saisi en flagrant délit de reprise sur un bien que nous avions toutes les raisons de considérer comme notre privilège exclusif. En se procurant chez nous de quoi mourir Il est venu nous dérober ce droit au Néant qui depuis le Péché Originel constitue le plus clair de notre capital d'établissement. Il a détourné nos fonds à Son profit, Il a réclamé d'un seul coup pour Son Père tout cet avoir, tout ce bien en exploitation que nous considérions au plus comme matière à fermage et à contrat avarement discuté. C'est pourquoi Il a mérité ce titre de Voleur, qu'Il S'est à Lui-même officiellement attribué. (…) Grâce à la complicité de la Vierge il y a eu effraction occulte de notre nature. Et le dommage est permanent, notre enceinte souffre désormais d'une fissure que malgré notre industrie il n'y aura jamais moyen de réparer. Je m'échapperai, dit le Psaume 17, 10, et en mon Dieu je transgresserai le mur. On n'est plus chez soi.

Rédigé par Cdl Balthasar

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