Méditations (II)

Publié le 20 Décembre 2016

(Jules Supervielle, « Le bœuf et l'âne de la crèche », in : L'enfant de la haute mer)

« Que prépare-t-on là ? se dit l’âne. On dirait qu’ils font un petit lit d’enfant. »
« On aura peut-être besoin de vous cette nuit », dit la Vierge au bœuf et à l’âne.
Les bêtes se regardent longuement pour tâcher de comprendre, puis se couchent.
Une voix légère mais qui vient de traverser tout le ciel les réveille bientôt.
Le bœuf se lève, constate qu’il y a dans la crèche un enfant nu qui dort et, de son souffle, le réchauffe avec méthode, sans rien oublier.
D’un souriant regard, la Vierge le remercie.
Des êtres ailés entrent et sortent feignant de ne pas voir les murs qu’ils traversent avec tant d’aisance.
Joseph revient avec des langes prêtés par une voisine.
« C’est merveilleux », dit-il, de sa voix de charpentier, un peu forte en la circonstance. « Il est minuit, et c’est le jour. Et il y a trois soleils au lieu d’un. Mais ils cherchent à se joindre. »
À l’aube, le bœuf se lève, pose ses sabots avec précaution, craignant de réveiller l’enfant, d’écraser une fleur céleste, ou de faire du mal à un ange. Comme tout est devenu merveilleusement difficile !
(…)
L’enfant regardait l’âne et le bœuf tour à tour, l’âne, un peu trop sûr de lui, et le bœuf qui se sentait d’une opacité extraordinaire auprès de ce visage délicatement éclairé de l’intérieur, comme si à travers de légers rideaux on eût vu passer une lampe d’une pièce à l’autre, dans une très petite et lointaine demeure.
Voyant le bœuf si ténébreux, l’enfant se mit à rire aux éclats.
La bête ne voyait pas très clair dans ce rire et se demandait si le petit ne se moquait pas. Fallait-il désormais se montrer plus réservé ? Ou même s’éloigner ?
Alors l’enfant rit de nouveau et d’un rire si lumineux, si filial, lui sembla-t-il, que le bœuf comprit qu’il avait eu raison de rester.
La Vierge et son fils se regardaient souvent de tout près. Et c’était à qui serait plus fier de l’autre.
« Il me semble que tout devrait être à la joie, pensait le bœuf, jamais on ne vit mère plus pure, enfant plus beau. Mais par moments, comme ils ont l’air grave l’un et l’autre ! »

Rédigé par Cdl Balthasar

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