Les chemins du Bon Dieu (II)

Publié le 26 Octobre 2016

Le chanoine Chrysanthe prit un petit papier, fin,très fin, et saisissant son porte plume, un cadeau de ses parents adoptifs, l'un des rares qu'il ait emporté, se mit à coucher de minuscules petits signes sur la surface presque translucide.

En y repensant, jamais cela n'aurait du arriver, et dans cette froide nuit sans etoile, et sans lune, il songea à LA rencontre de sa vie.

Il se promenait les mains dans les poches, sur le bord d'un canal. Celui ci avait été vidé de son eau, en vue de son curetage.

Il était dépressif, traînant un "mal etre persistant" mal etre qui se résumait à sa présence elle meme sur cette planète. Il voulait faire de grandes choses, plein de grandes choses, partir comme humanitaire, s'engager en politique comme sa sœur, dresser des ponts...

Le commencement d'exécution à chaque fois lui laissait un goût amère ! Les gens etaient égoïstes ramenaient trop leurs actions à leurs petites personnes.

Il se demanda tres vite si de toute manière, il n'y avait pas de manière inconstante chez l'homme une sorte de jouissance de pouvoir donner un peu de soit meme dans chaque action, une sorte d'orgueil mal assouvi... Et cela ne lui plaisait pas, il ne savait pas pourquoi.

Ce jour là, ressassant ces idées, il marchait sous la pluie, au hasard...

C'est ainsi qu'il glissa dans le canal.

De tout ce dont il se souvenait de cet épisode , LA lumière était le plus important. Il flottait, assis sur un morceau de bois, comme rescapé d'un naufrage, incapable de bouger, à mi chemin entre une plage où brillait un grand phare. Ce dernier n'éclairait jamais dans sa direction de sorte que l'obscurité était quasie totale. Les flots semblaient le pousser irrémédiablement vers les récifs, mais un courant contraire le ramenait vers la plage sans que jamais il ne puisse s'y réfugier.

Siglaë passa deux mois dans un comas profond. Ses parents etaient désespérés. Les médecins conseillaient de le laisser s'éteindre comme on soufflerait sur une bougie, en débranchant les appareils auxquels il était relié. Paul et Judicielle ne voulaient s'y résoudre. Méthylène se murait dans un silence hostile, un muet reproche à ses parents de ce qu'ils étaient et de ce qu'ils avaient fait ( ou pas fait ) d'eux ...

Siglaë avait bien laissé un mot dans un cahier, indiquant tenir à la vie plus que tout, un collège de médecin se réunirait la semaine prochaine pour décider si oui ou non on devait poursuivre l'assistance et de par la loi, personne n'aurait rien à y redire...

Dans la chambre d'à côté se mourait une dame tres âgée, tout doucement ... sans famille, ou plus exactement abandonnée à son sort par son neveu. Personne ne venait la voir, pas meme l'équipe de Laïc de l'aumônerie œcuménique de l'hôpital Simone Veil.

La seule action que Méthylène acceptait désormais de faire, c'était un peu de lecture pour son demi frère.

Ce jour là elle avait entamée un ouvrage de Gide, récemment Pantheonisé.

Elle venait de lire à haute voix le moment précis où Julius se fait congédier par Lafcadio, quand la soif la contraint à poser son livre sur la couverture de son frère.

Elle revenait en traînant des pieds, un cola à la main, quand elle vit du bout du couloir, sortir une infirmière de la chambre. Ce n'était pas l'heure des soins, et Méthylène se mit à courir, le cœur battant !

L'infirmière tourna à l'angle du couloir, la jeune fille sur ses talons.

Méthylène resta pétrifiée: le couloir était vide !

Nulle chambre, nulle échappatoire, la seule porte existante dûment fermée et barrée d'un panneau "Accès interdit : Travaux"

Elle appuya sur la poignée qui ne bougea pas, puis se sentit ridicule...

"La fatigue, sans doute possible, voilà que j'ai des visions, comme dans la série Mystero sur canal d'jeuns " se dit elle.

C'est à ce moment précis, que, la lumière du phare frappant Siglaë, les flots le firent s'échouer sur la plage ...

Ce n'est que quelques heures plus tard, qu'on trouva la vieille dame, définitivement endormie un sourire etrange sur les lèvres tenant un rosaire dans ses mains...

À suivre

Rédigé par Cdl Balthasar

Publié dans #De quelques personnages, pour commencer

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