C'est la belle nuit de Noël...

Publié le 25 Décembre 2016

24 décembre 23h00

 

La mer était plus qu’agitée. Des creux se formaient ! Le brouillard s’était épaissi dès l’entrée dans les eaux territoriales françaises.

Le Dauphin, un petit bateau de 10 mètres, avait levé l’ancre vers midi, pour gagner les côtes à petite vitesse. La livraison du père Noël comme ils l’avaient demandée, se ferait au changement de jour.

Le capitaine Anis cariote se versa un autre verre d’ouzo.

Si cela n’avait pas été pour les 2000 couronnes de Gibraltar, il serait bien reste chez lui, à Perama dans la banlieue d’Athènes.

Certes c’était une sommes que ces 2000 couronnes, mais cela ne valait pas les risques ! Les gardes côtes européens, les mines flottantes, peut être un sous-marin Russe ou de la Conféderation Texane ….

Le temps ne le préoccupait pas particulièrement. Il en avait vu d’autres, sur les grands bancs de terre neuve, jeune mousse sur le chalutier usine dans les grandes tempêtes un jour de mars alors que les icebergs était descendus bien au sud.

Il se re versa un autre verre. Michele son cousin un petit bonhomme rondouillard mais costaud, coiffé de son bonnet crasseux  et de son éternel Jean troué (qui avait dû être bleu), passa la tête par la porte rouillée.

Le bateau était dans un piètre état. On voyait les machines depuis le pont par de gros trous résultat d’une absence d’entretien et du sel de la mer Adriatique.

Michele les avait maladroitement bouchés à la mousse expansée, laquelle  s’effritait, et une bâche plastique translucide, fixée au chatterton faisait office de vitre sur le hublot corrodé.

L’avant avait été enfoncé lors de la dernière sortie, contre le quai…parce que Cariote n’était pas sobre… Depuis il ne sortait plus en mer, et de toute manière sa licence lui avait été retirée, et son bateau était gagé.

La sortie du port relevait du miracle, personne ne lui avait rien réclamé et le patrouilleur  de la Guarda  de l’ONU stationnait tous feux éteints à son ponton.

« Patron, il faut stopper et attendre »

Cariote poussa un grognement et se leva péniblement

« Va mettre les machines en panne, au cas où et tiens-toi prêt à sectionner les cordes à tout moment pour abandonner la marchandise»

-Si loin des côtes ?

-Je ne veux pas tomber sur les gardes, je préfère un arraisonnement pour pêche illégale, que de passer deux mois au mieux à Bonifacio. Tu sais bien que le bateau vaut bien plus que les billets qui nous attendent … ou pas » Marmonna le capitaine.

- Le bateau ? Il flotte à peine ! Si ce n’est pas pour l’argent, pourquoi sommes-nous la ? »

- C’est la date, ce soir c’est Noël ! Tu sais, la naissance de Jésus ! »

- Noël ? Le truc des chrétiens ! Allons mon cousin, je croyais que tu ne croyais ni à Dieu ni au diable ! », Se mit à rire Michele

-Non, j’y crois plus … il se racla la gorge. Jadis quand j’habitais la France,  la chapelle au bord de la mer tu sais j’y allais avec les copains …

-Eh je le sais pardi, d’ailleurs  par orgueil tu as tout lâché, morceaux après morceaux, tout en exhortant voisins et amis à tenir le bon bout, tandis que toi tu tenais la bouteille … et n’y croyais déjà plus … tu t’es fâché avec tout le monde …  Il y en avait que pour toi … les autres n’en faisaient jamais assez, ‘ne pensaient pas droit’ comme tu disais … même Claude est partie à Saint Etienne … t’en as perdu tes cheveux ! Bon sang,  ce soir tu me dis que tu es là à cause de Noël ! Tonton, tu bois trop ! C’est bien tard pour regretter autour d’une bouteille de Pilavas ! Tu m’as promis la moitié des biffetons ! J’ai bien voulu fermer les yeux, après tout je trafique aussi, mais là…

Cariote le coupa !

-Non attends je vais … il soupira … et puis zut, à quoi bon ils sont tous morts … fais ce que je te dis ! Fous moi la paix et t’auras ta maudite paye !

Michele savait bien qu’il ne fallait pas insister… Il laissa son oncle à ses fantômes et remonta sur le pont en jurant !

Au fond de lui -même, Cariote ne savait pas pourquoi il avait accepté cet étrange voyage.

Une coupure de journal glissée dans une enveloppe déchirée avait été glissée sous la porte de son appartement, dans ce quartier bruyant où il vivait. Y figurait une petite annonce : quelqu'un cherchait à louer un bateau pour le soir de Noël, pour aller pêcher le thon, ("T'as qu'à croire, avait il pensé, le thon ..."). La somme promise l’avait intrigué, et la date aussi. Curieuse manière de passer Noël…

Ce mot, résonnait étrangement dans sa tête, un mot du passé... Il y avait bien longtemps que ce vocable avait disparu ...

Qui avait eu son adresse ? Qui savait qu’il avait un bateau … Mais ce serait peut-être l’occasion de gagner quelques billets oranges. De quoi passer du bon temps avec des filles peut être et de solder quelques dettes de jeu…

Perplexe, il s’était rendu au bureau des annonces du journal, et on l’avait mis en relation avec un petit homme très affable, mais qui n’inspirait pas particulièrement confiance à Cariote… L’argent, ces maudits billets… dansaient dans sa tête… de quoi peut être partir en Russie retrouver sa fille, qui ne lui parlait plus pourtant…

L’affaire était compliquée : aller livrer des caisses dans le sud-est de la France…enfin, les mettre à l’eau car d’autres feraient le reste … Lui il connaissait bien la côte...

Une avance avait apaisée sa curiosité… Après tout, la moitié de l’ancienne Europe trafiquait, de la drogue aux armes, en passant par les organes humains. Une jolie liasse et il fermerait les yeux, comme d’autres...

Minuit approchait, et toujours aucun signal. La cote devait être à 200 mètres environ mais avec ce brouillard… Michele veillait simplement avec la corde et les poids à ce que le bateau ne s’échoue pas.

-Même heure quelque part sur les hauteurs d’une cote française, du côté de menton

 

« Alwen, bon sang, qu’est-ce que tu fabriques, allume moi ces foutus phares, je ne te demande rien d’autre, l’heure approche, le canot est à l’eau, on va se faire repérer, sans parler que la mer se forme.

L’intéressé marmonna « Pff penses-tu, un soir de noël, par le temps qu’il fait… »

Cela faisait déjà 20 minutes qu’il trifouillait capot ouvert, dans le moteur de la camionnette

Le brouillard s’épaississait.

Un tintement étrange, à la fois proche et lointain troua la nuit. Tous se figèrent tant sur la falaise, que dans le canot à l’eau et sur le bateau.

Une lumière puissante jaillie du brouillard en direction de la mer.

« C’est le signal cria Michele » ! Cariote se précipita sur le pont. « Mets à l’eau mon gars !

Michele coupa les cordes tandis que son cousin de capitaine enclencha la balise sur la cargaison, qui tomba brusquement dans la mer !

« Purée, je me demande comment ils ont fait s’exclama-t-il en se grattant la tête, ça fait au moins 5 ans que le dernier phare du coin est à l’abandon

Sur la falaise, Alwen était tout aussi perplexe. Les phares du 4X4 devaient faire office de phare, mais la vieille mécanique ne donnait rien. D’où venait ce puissant éclairage !?

Il se précipita vers Bartholomeo

« Alwen, t’es un champion, t’as mis la gomme !

-Je n’ai rien fait, regarde, le pickup up est là, cela vient de là-bas….

- Mais alors qui…. se demandèrent-ils !

(…)

En 20 minutes, tout fut réglé … Alcyon agrippa les caisses avec une gaffe et aidé des autres, le canot repris sa route vers le rivage.

La lumière cessa d’un coup à la stupeur générale. On entendit alors nettement douze coups de cloche venir d’une petite bute sur la droite du Toyota

Cariote se surpris sur le pont à faire le signe de croix ! « La chapelle des trépassés -énonça-t-il d’une voix blanche, celle qui est à l’abandon ! »

« C’est Noël se surprit à dire Alwen en comptant le douzième tintement…. Pour lui aussi, ce mot avait une curieuse signification, qu'il croyait oubliée...

Le moteur du 4X4 s’alluma d’un coup, sans rien demander à personne … »Alors c’est un miracle » répondit Bartholomeo !

Ils songèrent tous les deux à (…) Ici, curieusement, le carnet de Balthasar comporte une portion rayée, et recouverte de caractères illisibles. Le récit reprend plus bas

 

Les caisses de fusils commençaient à être chargées à bord du pickup !

Le bateau fit entendre sa corne de brume …

« Fichons le camp ! Ce n’était pas naturel, tout ça ! » Dit Michele à la barre !

Cariote jeta sa bouteille à la mer, il ne boirait plus… jamais…après une telle nuit !

Il actionna de nouveau la corne, tant pis pour la discrétion … Le thonier s’éloigna dans une mer d’huile…

« Je veux en avoir le cœur net, dit Bartholomeo ; terminez de charger les caisses, Alwen, vient avec moi » !

Ils s’enfoncèrent dans la nuit dans la direction de la puissante lumière…au jugé car celle-ci ne brillait plus ! Le brouillard avait été comme aspiré par le puissant faisceau lumineux!

A quelques cent mètres, ils tombèrent sur ce qui ressemblait à une bergerie en ruine, ou peut-être une très vielle étable…

Quelque chose semblait luire dans l’obscurité… Ils hésitèrent à entrer … L’endroit semblait paisible, une agréable chaleur semblait imprégner les lieux de même qu’une douce odeur de rose !

Alwen balaya l’endroit de sa torche et il vit dans un trou du mur … une petite vierge de pierre.

Marie tenait l’enfant Dieu dans ses bras et le présentait au monde !

 

 

 

 

Rédigé par Cdl Balthasar

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