Quand petit Balthasar...

Publié le 23 Décembre 2010

 

attendait le Gesu Bambino ! 

"Je me souviens, quand j'étais petit, il y avait, comme maintenant, dans la ferme de mon petit village près de Modène (Modena, la ville qui a vu naître entre autres, Enzo Ferrari !), la crèche !

On plaçait, mon frère, ma sœur, ou moi (selon, celui qui avait été le plus sage...) le Gesu Bambino, dans la crèche, au retour de la messe, que nous entendions dans la cathédrale !

La crèche était disposée neuf jours avant Noël, près de la cheminée de notre ferme !

Pour les cadeaux, on n’avait pas toute cette débauche de paquets ! Papa et maman n'étaient pas bien riches, alors c'est grâce à l'oncle Fabrizio, le frère de papa, qu'on avait de quoi s'offrir des cadeaux !

Bien sur, et ce n'est que justice, c'est le Gesu Bambino, qui donne la santé, laquelle permet de travailler, et d'avoir de quoi acheter de belles choses !

L'orange a toujours fait ma joie ! La mienne venait de Sicile, et c'est ‘Tio’ Fabrizio qui la ramenait de ses voyages, en même temps que le Panettone !

Le Panettone, c'est traditionnel en Italie ! Comme vous le décrire... C'est une sorte de gros cake (encore que le terme soit impropre), rond avec des fruits confits !

On les trouve maintenant souvent dans de belles boites métalliques ! Idéales pour que madame y mette ses petits chapeaux !

On dit qu'il est né au XVème siècle dans le Milanais ! Tio Fabrizio, en riche négociant qu'il était, en offrait toujours à ses clients ! Avec un bon chocolat chaud, là aussi c'était du luxe, au retour de la messe, on en dégustait religieusement un morceau, coupé soigneusement par papa avec son beau couteau à manche de corne ! Pas question de perdre une miette !

Le bon lait comme le beurre et le fromage, c'est Augustina, notre bonne vache qui en donnait !

Je me souviens d'une année où les affaires n'avaient pas du être bonnes pour l'oncle, car au lieu du gigantesque Panettone, il nous ramena un petit Pandoro ! C'est voisin du Panettone, mais pas si bon ! 

Il y a aussi le Panforte, mais le Tio disait toujours "Il y a une époque pour tout" de sorte que cette friandise de Sienne, il la réservait pour nos anniversaires ! 

Papa et mon oncle échangeaient un clin d'œil ! D'un grand sac, ils sortaient toutes sortes de choses !

Baldolino (Note D'Adso: Oui, Balthasar a un frère !) trépignait ! De belles étoffes pour ma mère et mes sœurs ! Une fois, un liquide ambré dans une bouteille qui sentait très fort, mais rudement bon ! Une création du grand Giovanni Maria Farina, qu'une ville d'Allemagne a rendue célèbre !

Il y avait du tabac pour papa, ou du café, ou un livre ! Des sucreries pour nous, qui n'étions que des enfants, et bien sûr l'orange de Noël, très précieuse  pour nous , que nous appelions 'pom-arancia'.

 Je m'imaginais d'ailleurs bien plus chanceux que le Gesu Bambino, à qui les mages portent de l'or ! Si mon Saint patron offre la Myrrhe, je trouvais qu'une orange, c'était mieux...

Maintenant, c'est vrai, les petits enfants ont toutes sortes de choses, des jouets en pagaille, qui dans un mois tout au plus, seront abandonnés dans un coin, par lassitude ! 

Quartiers par quartiers, je dégustais mon orange ! Maman collectait la peau, et la mettait dans une vieille jarre avec du vin, ce qui au bout de quelques jours faisait une excellente sauce, dont elle arrosait des pommes, qu'on mangeait cuites le jour des mages !

Voila mes souvenirs de ces jours de fête ! Notre bon pape Pio Nono ayant décidé d'honorer la Sainte Mère du Gesu Bambino, 17 jours avant sa venue au monde dans la nuit de Noël, nous placions  aux fenêtres, de petites chandelles, que monsignore  Sacconi faisait distribuer ! 

« L'immacolata doit être honorée comme il se doit », disait il !

 Pas étonnant que notre bon pape, l'ait nommé à « l'Evangélisation des peuples » par la suite !

Tout cela pour dire que les festivités commençaient dès le 8 décembre. La vigile de noël, repas maigre, avec quelques légumes ! Papa insistait bien sur l'importance de ce pauvre repas, comme il insistait sur le vrai cadeau de Noël qu'est le Gesu bambino, présent durable, contrairement à mon orange...

La seule entorse à ce régime, et encore valait elle que pour nous autres enfants, était la tasse de vin chaud, vite bue avant d'aller à la messe ! C'est que le trajet d'une heure jusqu'à la cathédrale de Modène, dans la froideur de la nuit... je somnolais doucement, la tête sur les genoux de ma sœur aînée, enveloppés que nous étions, dans une vielle couverture de laine grise.

On filait dans la carriole, attachée à Tobia, notre brave âne (comme celui de Ste Lucie, qu'ont priait aussi de bien vouloir nous apporter des friandises au 13 décembre (mais c'est ce que disent les parents, que si l’on n’est pas sages "Ste Lucie ne t'apportera que du Charbon")).

Papa, tel, Gastaldo (l'assistant de Ste Lucie dans sa tournée des petits enfançons sages !) laissait la brave bête, grâce à la gentillesse d'un vendeur de charbons, sur la place de cathédrale, attaché sous son auvent, avec un peu de paille fraîche ...

J’ai aussi souvenance, des  chœurs d'enfants, les "voci bianche" à la messe !

D'ailleurs, l'année ou Don Felippe m'a appris le latin, j'ai eu le droit d'y chanter,par privilège spécial (souvent, seuls les enfants de la bonne bourgeoisie chantaient dans le chœur, bien que cela changea après la chute de Rome, beaucoup de grandes familles n'étant plus en odeur de sainteté pour avoir soutenu le roi d'Italie face à notre bon Pio !)

On se lançait  "Buon Natale" ou le si Italien Auguri (résurgence des augures païennes, c'est drôle le jour de Noël) avant d'aller faire un bon repas, jusque tard ! 

(Le lendemain de Noël est aussi férié, et on ne se souciait pas de se coucher tôt !)

Moi, écrasé de sommeil, serrant ma petite orange, et la tête pleine d'étoiles, je m'endormais doucement sur le banc, en songeant au Gesu Bambino, venu pour nous, dans le froid de la crèche, loin des palais des rois, dans la pauvreté, source de LA vraie richesse comme le disait Monsignore, en bon évêque qu’il était...

J'avais mon or, et mon ange, et le fruit de Noël brillait comme l'astre de Dieu, le Gesu Bambino, là près de l'âtre, étendant entre le bœuf et l'âne, sous le regard attendri de ses parents, ses bras, comme le Soleil, ses rayons ! "

 


Rédigé par Balthasar, sentimental

Publié dans #Histoire

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :