Le secret de la nonne ...

Publié le 11 Décembre 2010

Ah, voilà un titre curieux !

J'aime les rues ! Elles changent de physionomie, (avec plus ou moins de bonheur) naissent et vivent sous la pioche des batisseurs et démolisseurs (Haussman à Paris en fut un bon exemple) , sont baptisées dans la joie, débaptisées avec colère ou pour d'obscures raisons politiciennes...

Les rues de nos villes cachent souvent de bien curieuses histoires ! 

Je vous transporte aujourd'hui, rue de Beaubourg,(Paris III) à Paris, et plus particulièrement dans une portion de celle ci !

Avec la réorganisation du quartier en 1851, disparait en effet la rue... Transnonain !

Que voilà un nom étrange pour une rue !

Née au XIII ème siècle, cette curieuse voie, que l'on situerait aujourd'hui entre la rue au Maire, et la rue Michel Le Comte, a d'abord été la rue de Châlons ! Par quel curieux racourci est elle devenue la rue du trousse Nonnain ?

Envisageons la sécurité urbaine du Moyen Age ! La misère urbaine conduisait les brigands à dévaliser le quidam !

Néanmoins, trousser signifie ici, retrousser, et très précisément les jupes et robes, pour assouvir sa concupiscence !

Nonnain, vient du latin ecclésial Nonna, qui signifie "religieuse" ! Peut être s'agissait il des religieuses d'un couvent de femmes fondé à la fin du XIIIe siècle sous le nom de Sainte-Avoie, mais rien n'est moins sûr !

La rue porte ensuite le nom de 'Trousse Putain', ce qui tendrait à faire penser que des filles faisaient ici le plus vieux métier du monde. 

Trousse devient Trans, et la nonnain revient pour perdurer jusqu'à la disparition de la rue !

rue-du-Transnonnain.jpg

Cette rue cache un drame terrible ! Rassurez vous, la nonnain (ou nonain) n'est pas en cause !

On a  pas non plus, dans ce drame, troussé, mais trucidé, dans une demeure de cette rue, sous la "monarchie" de Juillet !

Au début de ce nouveau régime, le bas peuple a soif de 'justice sociale', et les émeutes durement réprimées sont nombreuses ! Pour simplifier, certains estimment que seule la république est porteuse de justice pour tous !

Le mouvement est relayé par la presse et les libels, ce qui conduit le gouvernement à restreindre le métier de crieur et de vendeur de journaux (Autorisations très restrictives) !

Le mouvement part de Lyon le 9 avril 1834 où une manifestation d'ouvriers des soieries, les fameux canuts, est durement réprimée ! Si tôt connue cette répression donne lieu à Paris à la construction de barricades ! 

Une est installée rue du Transnonain ! On tient la rue, sans doute avec force vin et cris, drapeau en main ! On imagine sans peine les petits Gavroches en haillons,le visage barbouillé de suie, jeter des pierres sur la garde !

Las ! le 14 avril 1834, un coup de feu part d'une fenêtre en direction d'un officier ! En un instant la garde prend la barricade, enfonce la porte du 12 rue Transnonnain, et massacrent 12 habitants, femmes, enfants, et hommes, jusqu'au vieillards, dans ce qui est une immense bavure policière !

Le grand Daumier s'empare de l'affaire et crée une lithographie très expressive du massacre dont Beaudelaire dira "Ce n’est pas précisément de la caricature, c’est de l’histoire, de la terrible et triviale réalité"

http://farm4.static.flickr.com/3592/3467685638_33256dc4b3.jpg?v=0

Pendant que Thiers assure à Louis Philippe la survie du régime, Daumier entre dans l'histoire, et la fait vivre ! Il la montre nue...comme la nonain troussée !

 

Rédigé par Loulou l'historien

Publié dans #Histoire

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :