Psaltérion

Publié le 6 Octobre 2009

Caramelo, qui vous le savez est mon nouvel ami, m'aide à ranger la bibliothèque (En fait il lit plus qu'il ne range, mais ce n'est pas bien grave ...) a trouvé ce texte interessant en faisant tomber une pile de livres (Hum, s'il détruit, va aller au saltérion, le Caramelo !)

Je l'ai engagé à vous faire part de sa trouvaille, puisqu'elle a un rapport avec la liturgie !



" L'instrument qui, sous le nom de Psaltérion Saltérion Salière ou Saltere, a été en usage pendant la période du moyen âge comprise entre le xn° siècle et le xvie, n'est pas le même que ceux dont nous venons de parler. Celui qui fera l'objet de cet article est, on le dit du moins, originaire d'Orient; il aurait été apporté en Europe à la suite des Croisades. On l'aura appelé Psaltérion à cause, sans doute, de la ressemblance ou de l'analogie de ce nom avec le mot arabe ‘Santir’ , qui désignait l'instrument originaire. Le santir, dont on se sert encore aujourd'hui en Égypte, était un instrument à cordes, composé d'une caisse plate en bois, ayant deux côtés obliques et présentant la forme d'un triangle tronqué à son sommet.

 

 Les cordes en métal sont attachées à des chevilles fichées sur le côté gauche de l'instrument. Elles se battent avec de petites baguettes de bois terminées par une espèce de talon, qui est quelquefois en ivoire, quelquefois en corne, et dont la partie convexe est la seule qu'on fasse porter sur les cordes.

Le psaltérion européen du moyen âge était à peu près conforme à cette description; mais les cordes, au lieu d'être frappées, étaient ordinairement pincées avec les doigts. Elles étaient en argent, ou en or mêlé d'argent. Elles rendaient des sons aigus et il fallait les toucher légèrement. Le septième personnage du chapiteau de l'église Saint Georges de Bocherville

joue du psaltérion . On en voit aussi un d'une forme à peu près semblable sur une dalle de la cathédrale de Saint-Omer, qui représente la Musique. Ce psaltérion est garni de douze cordes, tandis que celui de Bocherville n'en a que six.

Pendant le xme siècle, le psaltérion reçut, dans ses proportions et dans ses formes, des changements qui lui donnèrent plus de régularité et plus d'élégance. Il était, comme auparavant, composé d'une caisse plate et triangulaire; mais les côtés, au lieu d'aller obliquement en droite ligne, de la base au sommet, formaient d'abord avec cette base une courte ligne perpendiculaire, puis allaient rejoindre le sommet en dessinant une légère courbe, comme dans la sculpture suivante du grand portail de la cathédrale d'Amiens.

Les cordes de ce psaltérion ne sont pas marquées ; mais les chevilles, qui sont placées sur un des côtés, indiquent qu'il en avait au moins treize et très-probablement quinze.

Dans plusieurs sculptures  qui datent de la fin du XIII ème siècle, on voit les cordes qui paraissent être au nombre de quinze. Il y a quatre ouïes, comme à la sculpture d'Amiens.

Au XIV e siècle, le psaltérion parait avoir subi quelques variations dans la forme des côtés, qui était plus cintrée, dans la disposition des ouïes et dans le nombre des cordes qui, d'ailleurs, n'a jamais été rigoureusement déterminé. Il s'était opéré aussi une légère modification dans la manière de jouer de cet instrument. A cette époque, les joueurs de psaltérion se tenaient généralement debout. Ils posaient l'instrument contre la poitrine, comme dans le chapiteau de Bocherville; mais l'angle tronqué était en bas et les côtés reposaient sur les bras du musicien, de façon à ce que ses deux mains pussent facilement toucher les cordes..

Le psaltérion du xvème siècle était quelquefois un peu plus allongé; ses trois côtés étaient arrondis. L'angle tronqué, au lieu d'être plat, se terminai! souvent en pointe.


Rien n'atteste qu'on exécutait des accords sur le psaltérion; on peut le présumer néanmoins d'après la nature et le caractère de l'instrument.

Les divers textes où il est fait mention du psaltérion, les nombreuses miniatures où il est représenté montrent combien il était estimé au moyen âge. Dans la « Leçon de musique céleste », qui a éte donnée avec le troisième volume des « Annales », c'est le psaltérion qui a été choisi par le peintre comme l'instrument le plus digne, à cause sans doute de la douceur et de la délicatesse de ses sons, d'être touché par les doigts déliés de l'enfant Jésus. A la même époque, il faisait partie des instruments admis à la cour des rois de France. Un joueur de psaltérion figure parmi les musiciens de Louis le Hutin.

Au xv° siècle, particularité curieuse, on appelait Saltérion, comme aujourd'hui on nomme violon le lieu où l'on enfermait les coupables: « Ce prisonnier et lui, furent mis au saltérion»


En songeant que le psaltérion et une foule d'autres instruments de musique du moyen âge sont aujourd'hui complétement perdus pour l'art, on ne peut s'empêcher de regretter qu'au lieu de s'enrichir par les inventions nouvelles, on se soit appauvri au fur et à mesure, en quelque sorte, de leur apparitions , en délaissant les instruments qui axaient fait les délices des âges précédents. Aujourd'hui que la musique a conquis sa place dans les études archéologiques, n'y aurait-il pas possibilité de faire revivre aussi certains instruments? Nous le croyons, et le psaltérion nous semble de ce nombre. Il serait facile de reconstruire cet instrument qui, sous des doigts habiles, produirait plus d'effet, nous en sommes convaincu, que certains instruments modernes. Un avantage incontestable de ceux du moyen âge sur les nôtres, c'est leur multiplicité et leur variété, qui leur permettaient de mieux suivre le caractère qu'on voulait imprimer à telle ou telle pièce de musique. Cet avantage seul devrait motiver le retour de ces vieux instruments."

 

Ce texte est extrait du tome 9 des Anales Archéologiques de M. Didron et Xavier Barbier de Montault (1849)

 

 

 

Rédigé par Balthasar

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