Rogations !

Publié le 20 Mai 2009

ROGATIONS, au pluriel, désigne, en termes de Liturgie, des Prières publiques accompagnées de processions, que l'Église fait pour obtenir de bonnes récoltes, pendant les trois jours qui précèdent la fête de l'Ascension
(Dictionnaire de l'Académie Française )

"Rogare" signifie "demander" en latin !
Voyant la description faite par Chateaubriand:


Génie du christianisme, ou, Beautés de la religion chrétienne  
CHAPITRE VIII.
Des Rogations.

Les cloches du hameau s'étant fait entendre, les villageois quittent à l'instant leurs travaux. Le vigneron descend de la colline, le laboureur accourt de la plaine, le bûcheron sort de la forêt : les mères, fermant leurs cabanes, arrivent avec leurs enfants, et les jeunes filles laissent leurs fuseaux, leurs brebis et les fontaines pour se rendre à la pompe rustique.

On s'assemble dans le cimetière de la paroisse, sur les tombes verdoyantes des aïeux. Bientôt s'avance du lieu voisin tout le clergé destiné à la cérémonie ; c'est quelque vieux pasteur qui n'est connu que par le nom de curé et ce nom vénérable dans lequel est venu se perdre le sien, indique moins le ministre du temple, que le père laborieux du troupeau- II sort de son presbytère, bâti tout auprès delà demeure des morts, dont il surveille la cendre. Il est établi dans sa demeure comme une garde avancée aux frontières de la vie, pour recevoir ceux qui entrent, et ceux qui sortent de ce royaume des douleurs. Un puits, des peupliers, une vigne autour de sa fenêtre, quelques colombes, composent l'héritage de ce Roi des sacrifices.

Cependant l'apôtre de l'évangile, couvert  d’un simple surplis, assemble ses ouailles devant la grande porte de l'église; il leur fait un discours, fort beau sans doute, à en juger par les larmes de l'assistance. On y entend souvent répéter : Mes enfants, mes chers enfants; et c'est-là tout le secret de l'éloquence du Chrysostome champêtre.

Après l'exhortation, l'assemblée commence à défiler en chantant : « Vous sortirez avec  plaisir, et vous serez reçu avec joie ; les collines bondiront, et vous entendront avec joie.»

 

L'étendard des saints, l'antique bannière des temps chevaleresques ouvre la carrière au troupeau qui suit pêle-mêle avec son pasteur. On entre dans des chemins ombragés, et coupés profondément par la roue des chars rustiques ; on franchit de hautes barrières, formées d'un seul tronc d'arbre ; on voyage le long d'une haie d'aubépine, où bourdonne l’abeille, et sifflent les bouvreuils et les merles. Tous les arbres, au défaut de leurs feuilles, étalent l'espérance de leurs fruits ; la nature entière est un bouquet de fleurs. Les bois, les vallons, les rivières, les rochers entendent tour-à-tour les hymnes des laboureurs, qui suivent les replis de l'écharpe diaprée, que la main du Créateur a jetée sur les campagnes. Etonnés de ces cantiques, les hôtes des champs sortent des bleds nouveaux, et s'arrêtent à quelque distance, pour voir passer la pompe villageoise.

Dans cette fête, on n'invoque point les saints ; ni les anges, parce que ces bienfaisants génies sont apparemment chargés de présider aux moissons, aux fontaines, aux rosées, aux fleurs et aux fruits de la terre.

La procession rentre enfin au hameau. Chacun retourne à son ouvrage : la religion n'a pas voulu que le jour où l'on demande à Dieu les biens de la terre, fût un jour d'oisiveté. Avec quelle espérance on enfonce le soc dans le sillon, après avoir imploré celui qui dirige les soleils, et qui garde dans ses trésors, les vents du midi et les tièdes ondées ! Pour bien Achever un jour si saintement commencé, les vieillards de la paroisse viennent, à l'entrée de la nuit, converser avec le curé, qui prend son repas du soir sous les peupliers de sa cour. La lune répand alors les dernières harmonies sur cette fête que l'église a calculée avec le retour du mois le plus doux, et le cours de l'astre le plus mystérieux. On croit entendre de toutes parts les germes sourdre dans la terre, et les plantes croître et se développer : des voix inconnues s'élèvent dans le silence des bois, comme le chœur de ces anges champêtres dont on a imploré les secours, et les soupirs du rossignol parviennent jusqu'à l'oreille des vieillards non, loin des tombeaux...

 

Rédigé par Balthasar

Publié dans #Ecclésial

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