Saint Joseph Artisan

Publié le 1 Mai 2015

Saint Joseph Artisan

Bonne fête du travail ! Et qui de mieux pour nous accompagner en ce jour, que Saint Joseph, humble travailleur ! Bonne journée !

On lit sous la plume d'Hubert Lebon, mes merveilleuses lignes qui suivent

Le nom de Joseph signifie accroissement, augmentation.

Après les noms de Jésus et Marie, le nom de Joseph est celui qui porte avec lui les impressions les plus suaves de pureté, d'humilité, de perfection et de sainteté. Il y a dans ce nom quelque chose de pacifique et de patriarcal qui parfume le cœur d'une douce paix et révèle le bonheur de cette vie de silence, de renoncement et d'amour qui fut toujours la vie des plus grands saints.

L'Evangile donne à saint Joseph le nom de juste parce qu'en effet il fut juste dans ses paroles, juste dans ses pensées, juste dans ses actions; il posséda toutes les vertus dans le degré le plus parfait. Toute sa vie fut un tissu d'actes d'abnégation et de continuelle oraison. Il eut, suivant saint Bernardin de Sienne, au plus haut degré le don de contemplation. Suarez regarde comme pieuse et vraisemblable l'opinion de ceux qui ont cru que ce saint a surpassé tous les autres en vertus et en mérites.

Quoique issu du sang royal, saint Joseph était pauvre et obligé de gagner sa vie à travailler. Nous apprenons de saint Mathieu qu'il était artisan, et il est généralement reconnu qu'il a "été charpentier. Dieu, à raison de ses» vertus, et dans les desseins impénétrables de ses conseils éternels, le destina au plus grand honneur qu'un homme ait pu avoir dans cette vie, celui d'être le père nourricier du Verbe fait chair et l'époux de l'auguste Vierge Marie.

Lorsque Marie eut atteint environ sa quinzième année, les tuteurs qui lui avaient été donnés après la mort de Joachim et Anne son père et sa mère, ou les magistrats qui prenaient soin des orphelins, songèrent à lui donner un époux digne d'elle.

Ce projet d'hymen jeta Marie dans un trouble extrême ; cette âme si haute, si pure, si contemplative, avait deviné l'Evangile, et la virginité lui semblait l'état le plus parfait, le plus saint et le plus honorable qu'une femme pût embrasser. Un très-ancien auteur, cité par saint Grégoire de Nysse, rapporte qu'elle se défendit long-temps avec beaucoup de modestie d'accéder au vœu qu'on lui intimait, et qu'elle supplia humblement sa famille de consentir à ce qu'elle menât dans le temple une vie innocente, cachée et libre de tous les liens, excepté des liens du Seigneur. Sa demande causa une grande surprise à ceux qui disposaient de son sort. Ce qu'elle implorait comme une ~~ gràce, c'était la stérilité, c'est-à-dire l'opprobre , état solennellement maudit par la loi de Moïse; c'était le célibat, c'est-à-dire l'extinction totale du nom de son père, pensée presque impie chez les Juifs, qui regardaient comme un malheur insigne que leur nom ne fût pas perpétué en Israël. Quant au vœu de virginité qui enchaînait sa vie, elle ne pouvait s'en faire un titre, car ce vœu inavoué devenait nul par la seule volonté du conseil de famille. La femme, à toutes les époques de sa vie, était toujours traitée en mineure avant l'établissement du code immortel qui a fait de l'homme libre, de la femme et de l'esclave un peuple de frères. » Les sollicitations de la Vierge trouvèrent peu de sympathie parmi les prêtres de Jéhova; ils n'étaient point à la hauteur de pareilles vertus, et, pour ces hommes de science et de pénétration, l'àme angélique et toute sainte de Marie était un livre fermé des sept sceaux d'airain. Sa pensée, qui devançait son siècle et heurtait les préjugés antiques de sa nation, demeura incomprise, et tout ce qu'elle put alléguer pour se défendre d'accepter un état qui contrariait ses vœux les plus chers ne lui servit de rien. Comment aurait-elle pu convaincre d'ailleurs, puisque Dieu même était contre elle? Son mariage avee un homme juste, qui d'evait rendre témoignage de la pureté de sa vie, la soustraire aux importunités des jeunes Hébreux qui eussent pu rechercher sa main jusque dans le temple, et la protéger ainsi que son divin Fils à l'heure de l'adversité, entrait dans les vues secrètes de la Providence. C'était le seul moyen de dérober le mystère de l'incarnation aux investigations malveillantes d'un monde pervers qui eût pris texte des prodiges pour se répandre en conjectures abominables , et qui eût porté le faux zèle peut-être jusqu'à lapider la Mère du Messie comme une créature perdue d'honneur. » A ces raisons puissantes, mais cachées dans l'impénétrable nuit des conseils de Dieu, venait se joindre une autre raison puisée à la source des traditions antédiluviennes et de l'orgueil national, qui elle seule eût laissé peu de chances de succès à l'humble opposition de la Vierge. La chasteté perpétuelle, dont les chrétiens ont fait Ta reine des vertus , était presque un non-sens chez les disciples de Moïse, qui vivaient depuis tant de siècles dans l'attente anxieuse du Roi-Messie.

Une jeune fleur de la tige de Jessé, une fille de David n'était pas libre de se soustraire au joug de l'hymen; elle devait un fils à la piété ambitieuse de sa famille, qui n'eût pas renoncé, pour tous les trésors du grand roi, à l'espoir de compter un jour au nombre des siens le libérateur d'Israël. Cette espérance, qui avait soutenu les Juifs lorsque l'Assyrien les avait transplantés au bord de l'Euphrate, s'était retrempée dans un âpre désir de vengeance depuis que les Romains dominaient en Asie. Jamais l'accomplissement des oracles messianiques n'avait paru aussi prochain, et le moment n'était point favorable pour obtenir la grâce qu'implorait Marie.

Les tuteurs de la Sainte Vierge, sans tenir compte de ses répugnances et de ses représentations, convoquèrent une réunion de ses proches parents, tous de la race de David et de la tribu de Juda comme elle, afin de procéder au choix de l'époux qu'on lui imposait.

Dédaignant les avantages de la jeunesse, du haut rang, de la fortune et de la gloire des armes, les tuteurs de Marie et les anciens de sa maison fixèrent leur choix sur un homme pauvre, avancé en âge, un homme du peuple , qui avait toujours vécu sans épouse et qui gagnait son pain à la sueur de son visage, Joseph, le charpentier de Nazareth. .

Quand on songe à la rare beauté de Marie, à l'éducation qu'elle avait reçue dans le temple, aux grandes alliances de sa famille , à sa qualité d'héritière, laquelle en faisait chez les Juifs, qui dotaient leurs femmes et n'en recevaient presque rien, un parti désirable et même brillant, il y aurait de quoi s'étonner de cette décision de famille si les Pères de l'Eglise ne nous apprenaient que Joseph fut élu par la voie du sort et la manifestation expresse de la volonté divine. Une tradition antique, rapportée par saint Jérôme et conservée dans l'histoire du mont Carmel, rapporte que les prétendants, après avoir prié celui qui préside aux sorls, déposèrent le soir dans le temple chacun leur baguette d'amandier, et que le lendemain la branche sèche et morte de Joseph, fds de Jacob, fils de Mathan, se trouva verdoyante et fleurie comme celle qui avait assuré jadis le sacerdoce aux Aaronides.

Lorsque le choix des tuteurs fut fixé, on le déclara à Marie , et cette admirable jeune fille, accoutumée à d'élégants travaux, nourrie au milieu des parfums, des chants mélodieux et des magnificences de la maison sainte, ne balança pas à se vouer à une vie obscure, à des occupations vulgaires, à des soins pénibles aveci'humble et pauvre artisan que ses proches lui présentèrent. Une inspiration divine lui avait, dit-on, fait connaître que cet homme juste ne serait pour elle qu'un protecteur, qu'un père, qu'un gardien de sa chasteté. Que voulait-elle davantage? Le Seigneur l'avait exaucée en la laissant fidèle aux vœux qu'elle avait faits; il lui donnait, comme par surcroît, le mérite de l'obéissance. (L'abbé Orsini.)

De savants critiques prouvent que saint Joseph avait à l'époque de son mariage environ cinquante ans; l'on croit que Marie ~~ n'en avait que quinze à seize. Le cardinal Gaétan dit qu'elle en avait vingt-deux au moins. C'est donc une espèce d'anachronisme chez la plupart des peintres de représenter l'un comme un vieillard octogénaire et l'autre comme une fille de douze à treize ans.

Le mariage projeté entre Joseph et Marie dut causer quelque surprise à Nazareth et à Jérusalem, car il y avait peu d'analogie entre l'âge, la fortune et la condition des futurs époux.

On se tromperait cependant si l'on croyait que cette union, qui nous semble disproportionnée, fut regardée par la société juive, société aux habitudes simples et primitives, comme une mésalliance flagrante. Sans tenir dans l'état un rang bien distingué, la profession d'artisan n'était ni abjecte ni dégradante en Israël. On voit dans la généalogie de la tribu de Juda une famille d'ouvriers de fin lin et l'autre de potiers dont la mémoire est en honneur... On sait que saint Paul, élevé dans l'étude des lois, et le fameux docteur Hissel, s'appliquaient aux arts mécaniques de l'espèce la moins brillante et n'en rougissaient pas.

Quant à ce qui regardait l'indigence de Joseph, n'était-il pas issu d'Abraham? et chez les Juifs, être issu d'Abraham selon la chair, dit Bossuet, était une distinction qui mettait naturellement au-dessus de tout. » La sainte fille de Joachim ne dérogeait donc pas autant qu'on pourrait bien le croire en épousant le charpentier. Mais si l'on considère de plus haut cette union, qui semble d'abord si peu assortie, on découvre que ce fut en effet une noble alliance. Dieu ne donna pas pour époux à la Vierge chérie du ciel un homme dont tout le mérite consistât dans sa fortune; il lui donna un homme juste, le plus parfait de ses ouvrages.

Si Dieu choisit l'humble Joseph pour l'époux de la reine des anges, pour le père adoptif du Messie, c'est qu'il possédait des trésors de grâce et de sainteté à exciter l'envie des intelligences célestes; c'est que ses vertus l'avaient fait le premier de sa nation, et qu'il était bien plus haut placé que César dans le livre de vie. La Vierge ne fut pas confiée au plus puissant, mais au plus digne; ainsi, l'arche, que les princes et les vaillants d'Israël n'osaient approcher de peur d'être frappés de mort, attirait les bénédictions du ciel sur la maison d'un simple lévite dont le pauvre toit l'abritait.

Rédigé par Cdl Balthasar

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