IX Jésus tombe une troisème fois

Publié le 3 Avril 2015

Je vous adore, Seigneur Jésus-Christ, tombant pour la troisième fois sous le poids accablant de la croix. Parmi les douleurs que je veux unir aux vôtres, Seigneur, il en est une que me rappelle plus particulièrement votre troisième chute : c’est la triste faiblesse qui me fait retomber dans des fautes que mon âme condamne et dont elle a horreur.

Vous le savez, mon Dieu, il n’y a pas dans ma vie de peine plus amère que celle que me donnent ces rechutes, et quelquefois cette peine est si violente qu’elle me jette dans de grands troubles et d’étranges découragements.

Toujours les surprises de la vanité, de l’égoïsme, de la recherche de soi, de la mollesse, de la sensualité ! toujours ces liens si forts et si tendres de l’amour-propre, dont il est si difficile de se déprendre, et le résultat de longs et pénibles combats perdus tout à coup dans l’inattention d’un quart d’heure! Et alors encore une fois tout recommencer!

Hélas! Seigneur, ai-je du moins recommencé toujours de marcher vers vous?

Ai je recommencé sur l’heure, sans tarder, sans m’épargner l’humiliation d’une flagrante inconséquence, sans m’accorder le triste bénéfice d’un instant de repos dans le mal? Ai-je consenti à voir immédiatement que j’avais tort, et, changé en un moment par cette claire vue, ai-je tourné toutes mes forces contre moi-même, me suis-je confondu dans les incurables contradictions de ma nature?

Ai-je dit à Dieu courageusement : Je suis encore tombé , ô mon Père! mais vous voyez que j’ai horreur de ma faiblesse; ô vous qui êtes seul la force, relevez-moi!

— Ai-je fait ainsi, ou bien, attristé jusqu’à l’inertie et jusqu’à la mort par la vue de ma faiblesse, suis-je demeuré lâchement sous le poids du mal, écrasé, renversé à terre, sans espérance, plongé dans cette sorte de sommeil sombre où tend quelquefois de se réfugier l’ame qui hait assez le mal pour souffrir un martyre dans ses étreintes, et qui ne vous aime pas assez, Seigneur, pour se plonger tout entière en vous par un seul acte d’amour et retrouver là toute sa pureté, comme le petit oiseau de nos champs plonge d’un coup d’aile dans les flots du soleil et se transfigure dans sa lumière ?

O Jésus tombant pour la troisième fois sous le fardeau des péchés du monde, mais aussitôt relevé par la force d’un amour invincible et reprenant le chemin du Calvaire, relevez-moi de l’abattement où me jette la vue de mes tristes rechutes.

Apprenez-moi que la patience est une grande force contre soi-même, et- que dans le découragement qui suit nos fautes il y a souvent moins la confusion de vous avoir trahi que l’amertume de notre orgueil blessé. Donnez-moi donc d’être humble dans la constatation renouvelée de ma misère, humble dans le changement subit de mes dispositions intérieures, humble dans l’effort qui fait sortir l’âme souillée de son tombeau. Un jour, ô mon Dieu! ces flux et reflux de l’âme auront cessé; la paix embrassera la force dans une continuité sans vicissitudes; nous sentirons alors en vous aimant la bienheureuse assurance de vous aimer toujours. '

O jour, ô soleil divin devant qui s’évanouiront les ombres même du péché, serait-il chrétien le cœur qui ne t’aurait pas dans ses désirs?

Rédigé par Cdl Balthasar

Publié dans #Ecclésial

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