Du lavement des pieds...

Publié le 2 Avril 2015

Du lavement des pieds...
Du lavement des pieds...

VI. Lavement des pieds aux treize pèlerins ou apôtres, prêtres, ou diacres.

"Cette fonction se fait ordinairement dans la salle ducale du palais du Vatican auprès de la chapelle Sixtine. Cette salle est tendue, pour la circonstance, de draperies de damas rouge à torsades d'or. Au fond, on érige le trône pour le pape.

Le dossier de ce trône consiste en une tapisserie représentant la Providence, assise sur le globe du monde entre la Justice qui est à sa droite et la Charité qui est à sa gauche. A la partie inférieure sont figurés deux lions qui soutiennent les étendards de la sainte Eglise, et les trois courtines du ciel du trône sont également en tapisserie. A la droite du trône est une estrade avec un banc recouvert de tapis.

Là doivent s'asseoir les treize apôtres. Le mur est orné de la belle tapisserie qui reproduit le tableau sur lequel le fameux Léonard de Vinci a représenté la dernière cène. Toutes ces tapisseries et leurs accessoires sont des travaux exécutés dans l'hospice apostolique de Saint-Michel, dans le même goût que les anciens ouvrages de ce genre, par les ordres de Pie VI, Braschi, comme on le prouve par les écussons dont elles sont ornées.

En face de l'estrade destinée aux pèlerins ou apôtres s'en élève une autre à deux rangs pour les souverains, les dames et les hommes de distinction. On a fait aussi cette l'onction dans la salle si splendide connue sous le nom de Clémentine, laquelle est avant celle des palefreniers, afin de satisfaire les étrangers qui s'y rendaient en très-grand nombre. C'est pour cela qu'afin de donner plus de pompe et d'éclat à cette cérémonie le pontife régnant Grégoire XYI, à dater de l'an 1834, époque à laquelle on y vit assister le roi de Naples Ferdinand II, avec la reine son épouse et autres princes de la famille royale, le lavement des pieds a eu lieu dans la nef transversale ou croisée de la basilique du Vatican, c'est-à-dire dans la grande chapelle des saints Processe et Martinien.

On y érige le trône entre les deux colonnes de l'autel, et on la décore de la même manière que la salle ducale. H y a ici seulement de plus, deux bancs pour les cardinaux , un plus grand nombre de tribunes et d'estrades pour les spectateurs. Il ne faut pas omettre que dans cette touchante l'onction, nommée mandatum parce que le divin Sauveur en a fait le commandement, le pape s'y faisait autrefois porter sur la sedia.

Anciennement, selon les Ordres romains, le pape, après avoir célébré la messe du jeudi saint, et conservant ses vêtements sacrés, accompagné des évêques, des prêtres et des diacres, lavait les pieds à douze diacres, ou bien à douze chapelains, ou encore à douze sous-diacres apostoliques. Il déposait seulement la chasuble, pendant que vêpres étaient chantées. Les sous-diacres étaient vêtus d'un surplis et d'un rochet, selon le témoignage de Marangoni. La fonction avait lieu à Saint-Laurent dit ad sancta sanctorum, lorsque le pape habitait le palais de Latran, ou bien dans la chapelle de Saint-Nicolas ou au monastère de Saint-Martin, s'il faisait sa résidence à Saint-Pierre. Deux clercs mineurs portiers prenaient sur leurs bras le premier des douze, et le portaient devant le pape qui lui lavait les pieds et les lui baisait. On en faisait de même pour les onze autres.

On lit dans l’ordre romain de Cencius qu'au jeudi saint le pape faisait deux lavements de pieds, un après la messe à douze sous-diacres, et l'autre après le repas à treize pauvres. Le premier était un mémorial de ce que fit la Madeleine chez le pharisien quand elle lava et arrosa de parfums les pieds du Sauveur, et le second en mémoire du lavement des pieds des apôtres par Jésus-Christ. Comme à cause des nombreuses fonctions de ce jour on n'avait pas le temps nécessaire pour ces deux lavements de pieds, on se contenta de celui dit mandatum, qui est un souvenir du dernier, et l'on statua que les treize individus seraient sous-diacres, diacres ou prêtres. Puis dans la suite, en 1656,

Alexandre VIII ordonna que les treize pèlerins fussent tous prêtres ou au moins diacres habitant en deçà des monts, et il chargea les pénitenciers de Saint-Pierre d'en faire le choix. C'est ce qui détermina les évêques qui faisaient aussi les deux lavements de pieds à les unir et à laver les pieds à treize sujets. Le pape Sixte IV, en 1471, avait déjà approuvé cet usage. L'érudit Farnelli voulant se rendre compte de ce nombre de treize, puisque Notre-Seigneur ne lava les pieds qu'aux douze apôtres, pense que la treizième personne est la .Madeleine. Monseigneur Arèse, évoque de Tortone, y voit saint Paul, non point parce qu'il assista à la cène, puisqu'il fut appelé à l'apostolat après l'Ascension, mais à cause de la vénération spéciale que Rome lui a vouée. Cette opinion a été combattue par Frescobaldi, dans un ouvrage composé à cet effet. Il prétend que le treizième représente le maître de la maison où la cène eut lieu, et soutient que Jésus Christ lui lava les pieds aussi bien qu'aux apôtres. Orlendo, dans un ouvrage sur ce sujet, réfute à son tour Frescobaldi. Enfin plusieurs veulent que ce treizième soit saint Mathias, qui remplaça Judas Iscariote.

D'autres enfin soutiennent que ce treizième est l'ange que saint Grégoire le Grand vit s'asseoir au repas que ce saint donnait à douze pauvres, dans sa maison paternelle sur le mont Cœlius. De là vint la coutume adoptée par plusieurs papes, et notamment par Léon XII, de faire servir un repas dans une chambre de leur palais à treize pauvres, le plus ordinairement prêtres. Six étaient choisis par les curés de Rome, et les sept autres étaient pris parmi les étrangers convalescents, soignés par l'archiconfrérie de la Sainte-Trinité.

Le souverain pontife assistait à ce repas. La désignation des treize ecclésiastiques qui au jeudi saint doivent figurer les apôtres est affectée, par une concession pontilicale, à certains cardinaux, à quelques ambassadeurs ou ministres, à la congrégation de la Propagande, à l'évêque des Arméniens, au capitaine des Suisses, et à monseigneur le majordome, qui doit approuver les choix faits par ces personnages.

A défaut de ces derniers, ou en leur absence, le choix est fait par le majordome. Ces treize sujets doivent être présentés, le mercredi saint, au baigneur du palais apostolique par lequel ils sont visités, et qui leur soigne les pieds. Puis, dans la matinée du jeudi saint, ils sont conduits au palais par un bussolante, gardien du vestiaire, qui les fait revêtir d'une longue robe de laine fine de couleur blanche. On leur met des bas et puis des souliers de cuir blanc, une colletine, une tunique serrée par une ceinture de soie, une chape avec le capuchon, dont les extrémités retombent sur la poitrine, une barrette élevée que surmonte un flocon, le tout de laine blanche. Mais la doublure de la chape et la garniture de l'habit sont en soie blanche; ensuite le même bussolante célèbre la messe et leur donne la communion; puis il se couvre de sa chape rouge, et les conduit au banc où ils doivent être assis pour le lavement des pieds.

Le pape, après avoir donné la bénédiction solennelle et avoir pris quelque repos, se rend avec son cortége à la chambre des parements, auprès de la salle ducale, si la cérémonie doit y être faite, ou bien à la basilique de Saint-Pierre, si le lavement des pieds doit y avoir lieu. Puis, ayant pris auprès de la chapelle Grégorienne le grémial, il se rend au letto deiparamenti (lit des parements), où, avec l'assistance des deux cardinaux premiers diacres, il prend l'amict, l'aube, le cordon, l'étole violette, le pluvial de satin rouge, le formai d'argent et la mitre de lames d'argent. Il est précédé du dernier auditeur de rote en tunique blanche, portant la croix papale entre deux céroféraires, des clercs cubiculaires (ou de la chambre), des prélats, les premiers en chapes rouges, et les derniers en chapes violettes, du maître du sacré hospice, du magistrat romain, du gouverneur de Rome, des officiers de la garde noble et des Suisses, tandis que le prince assistant au trône soutient les bords de son pluvial, et, lorsque le pape est arrivé au trône, il y monte et s'y assied.

Le cardinal premier prêtre lui présente la navette avec l'encens, que le pontife met dans l'encensoir en bénissant en même temps le cardinal-diacre vêtu d'une tunique blanche qui se tient entre deux céroféraires, et qui doit chanter l'évangile propre à cette sainte fonciton.

Quand celui-ci est chanté, le sous-diacre, auditeur de rote, en tunique blanche, présente le livre de l'évangile à baiser au pape, et le cardinal-diacre debout encense par un triple coup le pontife. Aussitôt les chantres entonnent le verset : Mandatum novum …

Dès que ce chant est commencé, le pape se lève, dépose son pluvial, et le cardinal-diacre assistant le ceint d'un grémial de lin blanc, garni de dentelle; il descend du trône étant précédé par les massiers et le clerc sous-garde-robe, et assisté du premier maître des cérémonies, ainsi que de deux cardinaux diacres du trône, il se rend devant l'estrade élevée où sont assis les treize apôtres, et qui est séparée du peuple par un balustre, afin d'y laver les pieds de ces pèlerins, tandis que le baigneur dont nous avons parlé, vêtu de noir, remplit son office qui consiste à mettre à découvert leur jambe et leur pied, en sorte qu'à l'arrivée du pape ces préparatifs soient terminés.

Un sous-diacre en tunique blanche sans manipule se tient à droite du pape, soutient le pied de l'apôtre pèlerin, tandis que le pontife le lave avec l'eau que verse un bussolante en chape rouge, et qui retombe dans un bassin de vermeil. Le pape essuie le pied de chacun avec un linge et puis le baise. Deux camériers secrets soutiennent les bords de son grémial, et deux autres bussolanti le suivent avec deux bassins d'argent qui contiennent, l'un treize serviettes dont le pape s'est servi pour essuyer les pieds des apôtres, et l'autre un nombre égal de bouquets de fleurs fraîches. Le pape donne à chacun des apôtres une serviette et un bouquet.

Le trésorier qui accompagne le pape et qui est en chape, quand même il serait cardinal, remet à chacun de ces apôtres une médaille d'or et une d'argent renfermées dans une bourse de damas cramoisi brodée en or. Ces médailles sont de la grandeur d'un demi-écu romain, et présentent d'un côté l'effigie du pape régnant, en mozette, étole et calotte, ou bien encore en pluvial, et tout autour on y lit le nom du pontife et l'année de son règne. Au revers est figuré notre divin maître lavant les pieds à saint Pierre, avec cette inscription : Ego Dominus et magister exemplum dedi vobis (Moi votre Seigneur et Maître vous ai donné l'exemple. ); on y lit aussi le nom du graveur. Dès la veille, le trésorier a remis au pape deux étuis qui renferment quatre de ces médailles en or et autant en argent.

Pendant que le pape, après avoir terminé le lavement des pieds, retourne à son trône, le chœur dit le dernier verset Sœcula sœculorum- Amen, et l'un des deux cardinaux-diacres lui ôte le grémial dont il était ceint, et ce linge reste aux deux premiers maîtres des cérémonies alternativement.

Le prince assistant au trône ayant, comme à l'ordinaire, un voile blanc sur les épaules, enrichi d'une dentelle d'or, ou le sénateur, ou bien le conservateur de Rome le plus digne verse de l'eau sur les mains du pape, et le cardinal premier prêtre présente l'essuie-main. Le pape reprend le pluvial, se lève et entonne : Pater noster, en récitant les prières prescrites par le rituel. Les chantres répondent : Amen, et ainsi se termine cette pieuse et touchante fonction où l'on est édifié d'admirer le souverain pontife, auguste chef de l'Eglise, laver, baiser, essuyer les pieds à quelques pauvres, à l'imitation de Jésus-Christ.

Après que le pape s'est retiré au lieu où il s'était habillé, il quitte ses ornements, et reprend la mozette et son. chapeau pour retourner à ses appartements avec le cortège ordinaire. Si la cérémonie a lieu à Saint-Pierre, alors le pape, en partant pour monter au portique où l'on sert le repas aux apôtres, ne met point sur la mozette l'étole de satin rouge qu'il porte habituellement, et n'est point précédé de la croix pontificale. "

Rédigé par Baglialto / Relecture : Amandine

Publié dans #Histoire, #Ecclésial

Repost 0