Du cérémonial de la messe

Publié le 2 Avril 2015

Par Gaetano Moroni

NB: l'intégralité des céremonies de ce jour serait trop longue à reporter ici ! On lira avec interêt le livre de Gaetano Moroni, ou celui de l'abbé Faure, ou enfin celui de Barbier de Montault, tous excellents, preuves vivante quand on voit ce qui ets advenu de notre sainte liturgie, que nous vivons des heures très sombres !

"Le matin de ce jour, le cardinal-doyen du sacré collège célèbre la messe, et, s'il est empêché, c'est le cardinal-évêque suburbicaire le plus ancien. Les draperies du trône et celles du siège du pape sont de lames d'argent, avec des broderies de fleurs d'or. L'autel et la croix sont couverts de voiles de soie blanche, parce qu'ensuite on n'y récite point les heures ni les vêpres pour lesquelles la couleur violette est employée. Les cierges sont tous en cire blanche. Le devant d'autel est de tapisserie tissue d'or, ornée de l'écusson de Clément VIII, Aldobrandini, et de la maison de Médicis. Elle est garnie de franges d'or fixées avec de la cannetille d'argent. Au milieu est représenté Jésus-Christ mort soutenu par deux anges. Au-dessus on voit le calice de la passion.

Du côté de l'évangile est figurée la descente aux limbes pour délivrer les âmes des justes; du côté de l'épître on voit Noire-Seigneur ressuscité, entre deux anges, et au moment où il présente la main à Madeleine agenouillée pour la relever.

La draperie du prie-Dieu du célébrant ainsi que celle des deux coussins de celui du pape sont couvertes d'un tapis tissu d'or, représentant, au milieu, des lions et des dragons, avec des torsades d'or rattachées par des cannetilles d'argent, de même que le devant d'autel. Autrefois, en ce jour, le célébrant et ses ministres avaient des ornements pareils à ceux que nous venons de décrire, et que l'on conservait dans la sacristie pontificale. Mais aujourd'hui, à cause du travail admirable, superbe, fini de ces ornements, le pontife régnant les a fait placer dans des cadres qui sont attachés aux murs des appartements pontificaux du palais Quirinal, afin que tout, le monde pût admirer ces riches et magnifiques étoffes, tandis qu'auparavant on ne pouvait les voir que difficilement.

Le pape entre processionnellement dans la chapelle, revêtu d'un pluvial blanc, en mitre de toile d'or, et avec le formai précieux

( Le formai est l'agrafe qui sert à rattacher le pluvial du pape devant la poitrine. C'est un souvenir ou imitation du rationale du grand prêtre chez les Hébreux. Les cardinaux-évèques ont le privilège du formai quand ils sont en chape. Cet ornement papal est formé de trois pommes de pin en pierreries qui sont montées sur l'agrafe d'or. Pour le pape, ces pommes de pin sont disposées en forme de triangle. Pour les cardinaux, elles sont rangées horizontalement sur une même ligne. Le formai précieux dont on parle ici est celui dont le pape se sert, dans les solennités majeures, ce qui suppose que dans d'autres circonstances la chape est rattachée par un formai moins riche.)

Les cardinaux vont à l'obédience (c'est-à-dire vont baiser la main du pape assis sur son trône), en chapes violettes, au commencement de la messe, selon l'ordinaire. On chante l'introït en contre-point, et le Kyrie se termine quand le pape a lu l'introït. Au graduel les chantres contralti entonnent les versets, qui se terminent lorsque le diacre est arrivé au lieu où doit être chanté l'évangile. On lit dans d'anciens manuscrits qu'au jeudi saint on prêche avant la messe, et qu'au vendredi saint il n'y a pas de prédication. Néanmoins, d'après d'autres anciens monuments, il est démontré que l'on prêchait en ce dernier jour. L'offertoire se chante un peu rondement, en contre-point, afin de donner le temps d'exécuter le motet : Fratres ego enim, dont la composition musicale en une seule partie est du célèbre Palestrina.

Avant l'élévation, au lieu des quatre torches qui sont ordinairement portées par les chapelains communs, un maître de cérémonies sort de la sacristie avec douze bussolanti, vêtus de chapes rouges, qui portent des torches allumées, et qui se mettent à genoux, six de chaque côté, sur les marches de l'autel.

Le célébrant consacre en ce jour deux hosties , dont une est consumée par lui, et l'autre est réservée pour le jour suivant. On la met dans un calice à part, que le diacre recouvre de la pale, de la patène, et d'un voile blanc attaché par un ruban de même couleur au pied du calice. On appelle celui-ci le calice du tombeau.

Après l'élévation, deux maîtres de cérémonie commencent la distribution des cierges portés par les chapelains communs, par les cardinaux, les patriarches, les évêques, les abbés mitres, les prélats du fiochetti (Les prélats du fiochetti sont l'auditeur de la chambre apostolique, le gouverneur de Rome, le trésorier général, le majordome. Ils sont nommés ainsi parce que les chevaux de leur voiture portent sur leur tète un petit flocon de soie violette. Cette prérogative est une distinction honorable à Rome.), les protonotaires apostoliques et les généraux des ordres religieux. Le premier Agnus Dei est chanté lentement, et se termine par Dona nobis pacem.

Mais il n'y a point de baiser de paix. Lorsque le cardinal célébrant a mis l'hostie consacrée dans le calice du tombeau, il se retire du côté de l'épître, sur le premier gradin, le visage tourné vers le peuple, avant la postcommunion, et là il se lave les mains, tandis que l'eau lui est versée par son maître de chambre qui se tient debout, quoique le pape ne soit pas présent. Ce cérémonial a lieu de la sorte par respect pour le saint sacrement, parce que, lorsqu'il est exposé, on ne fait de génuflexion que devant lui. Les chantres commencent ensuite l'antienne de la postcommunion en plain-chant, et quand la messe est finie, ils chantent de la même manière la réponse : Deo gratias.

III. Procession à la chapelle du tombeau soit à la Pauline du Quirinal, soit à la Sixtine du Vatican, selon la circonstance.

Quand la messe est terminée, et lorsque le pape a donné la bénédiction, le célébrant rentre à la sacristie pour se déshabiller, et pour ne plus rentrer dans la chapelle afin de s'unir à la procession. Les cardinaux prennent les ornements sacrés de couleur blanche, selon leur ordre respectif. Les patriarches, les archevêques, les évêques assistants et non assistants au trône, le commandeur du Saint-Esprit et les abbés mitrés vont prendre, dans la sacristie, les pluviaux et les mitres blanches, en faisant d'abord une génuflexion devant le saint sacrement. Ils s'y rendent par la partie supérieure de la chapelle, et sont suivis par les auditeurs de rote, les clercs de la chambre, les votants de la signature et les abréviateurs du grand parquet, afin d'y quitter leurs chapes violettes, et prendre sur le rochet un surplis.

Ainsi vêtus ils rentrent dans la chapelle, et le dernier auditeur de rote va aussi à la sacristie se revêtir de l'amict, de l'aube, du cordon et de la tunique blanche. Puis les deux derniers cardinaux-diacres, accompagnés d'un maître de cérémonies montent au trône pour assister le pape, jusqu'à ce que les deux premiers cardinaux de cet ordre aient pris, à leur stalle môme, les habits sacrés que leurs camériers leur ont apportés. C'est là qu'ils ôtent leur chape traînante avec l'aide du maître de chambre, auquel ils remettent leur barrette rouge. Tous les autres cardinaux en l'ont de même , et ils s'habillent dans la chambre qui est annexée à la sacristie.

Les quatre prélats du fiochetti partent ensuite de leur place, et vont au banc des protonotaires apostoliques, et là, après que tous les personnages mentionnés ont pris leurs habits sacrés, les clercs de la chapelle, munis de flambeaux, vont allumer les cierges qui ont été distribués, ainsi qu'il a été dit.

Les chantres se réunissent dans la salle royale qui est illuminée par douze grandes cornes d'abondance de bois doré chargées de flambeaux. Ils tiennent en main leurs cierges allumés pour la procession qui se fait de la même manière que celle des palmes.

Aussitôt que la croix papale, couverte d'un voile violet et portée par le dernier auditeur de rote, est sortie de la balustrade, les chantres contralti entonnent le Pange lingua, et les cardinaux marchent deux à deux, tenant en main leur cierge et leur mitre. Ils mettent dans cette dernière la calotte rouge, par respect pour le saint sacrement que le pape porte à pied el la tête découverte, dans la chapelle Pauline, sous un dais blanc, dont les huit bâtons sont soutenus par autant d'évêques assistants au trône.

A défaut de ceux ci, les protonotaires apostoliques portent ce dais. Le prince (Le prince dont il est ici question est un personnage choisi dans les premières familles de Rome. Sa fonction est purement honorifique. Son costume est riche, et il porte sur la tète, dans les cérémonies pontificales, une couronne fermée. Les familles Colonna, Orsmi, etc., jouissent de ce privilège) assistant au trône soutient les bords du pluvial du pape, et douze bussolanti portent des torches allumées autour du dais.

Quand le souverain pontife entre dans la chapelle magnifiquement illuminée, on chante la strophe Verbum caro. Au moment où le pape arrive à l'autel, le cardinal premier diacre prend des mains du pontife le calice danslequel estl'hostie consacrée, et, précédé de deux bussolanti portant des torches, il le remet à monseigneur le sacriste qui, à son tour, place le saint sacrement dans une urne que l'on appelle le tombeau.

Après avoir fermé la porte de cette urne, qui est placée sous le tabernacle, le sacriste remet la clef au cardinal pénitencier qui devra, le lendemain, faire la cérémonie des présanctifiés. Le pape, avant la fermeture de l'urne , encense le saint sacrement avec l'encensoir que lui a remis le cardinal premier prêtre. Pendant ce temps, les chantres entonnent la strophe Tantum ergo , et celle Genitori, qui se chante lentement. Puis tout le monde se relève pour se rendre à la loge de la bénédiction, où les cardinaux prennent place sur les bancs latéraux.

Des coussins y avaient été disposés d'avance par leurs domestiques, qui se tiennent derrière les mêmes bancs.

Si le pape ne peut par lui-même faire la fonction que nous venons de décrire, le cardinal célébrant la fait, et, en ce cas, on publie, du haut de l'autel, après la messe, l'indulgence de trente ans, qui est accordée aux assistants, lorsque le pape ne peut donner du haut de la loge la bénédiction solennelle à laquelle une indulgence plénière est attachée.

Une heure d'adoration devant le tombeau est alternativement faite par les prélats en rochet et manteau court ou camail. Les officiers de la chambre la font à leur tour en chape rouge, et plusieurs chantres pontificaux en surplis. Vers le soir, où un grand concours de peuple se rend au tombeau, on illumine splendidement l'escalier royal et le vestibule jusqu'à la porte des Suisses, et le pape vient y prier en mozette et en étole, accompagné de ses camériers secrets, de la garde noble et des Suisses, ainsi que des palefreniers qui portent des torches allumées."

Rédigé par Baglialto / Relecture : Amandine

Publié dans #Histoire, #Ecclésial

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