Chapelle papale du samedi in Albis.

Publié le 11 Avril 2015

Chapelle papale du samedi in Albis.

 

 Bénédiction des Agnus Dei.

On a voulu voir dans l'usage qu'a conservé l'Église de distribuer, sous le nom d'Agnus, de petites médailles de cire, comme un souvenir de la coutume où étaient les Romains d'envoyer à leurs clients de petits présents également en cire; on y a vu aussi un souvenir de ces petites figures de cire qu'Hercule enseigna aux Italiens à sacrifier à la place des victimes humaines qu'ils immolaient à Saturne.

Ces signes , auxquels les païens attachaient des vertus surnaturelles, se retrouvent, chez les Grecs comme chez les Arabes, sous différents noms. L'Église, dans sa sagesse, a voulu sanctifier ces anciens usages, qu'il eût été difficile d'abolir, et, à l'exemple de Moïse, qui reproduisit dans les cérémonies hébraïques quelque chose du culte égyptien, les souverains Pontifes ont adopté et sanctionné plusieurs coutumes que le paganisme laissait aux hommes désabusés.

C'est ainsi que l'eau bénite rappelle l'eau lustrale, et au lieu de ces superstitieuses amulettes qu'on portait attachées au cou sous le nom de Bullœ, quand elles étaient rondes, comme un signe de liberté, les chrétiens, s'armant de la croix, portent sur eux le signe auguste de la rédemption , ou quelques reliques de saints, usage qui remonte à des temps reculés : il était généralement répandu à Antioche, au rapport de saint Chrysostôme, et à Rome, où l'image de plusieurs martyrs se voyait dans la boutique des artisans, gravées sur des pierres précieuses, ou peintes sur la muraille.

On lit même, dans plusieurs endroits de l'histoire ecclésiastique, que les chrétiens de la première Église, particulièrement dans les temps de persécution, portaient sur eux le Saint-Sacrement dans une petite boîte suspendue à leur cou.

Mais l'emblême le plus répandu dans la société chrétienne naissante, était l'image du Sauveur sous la figure d'un agneau ou sous celle du bon pasteur. C'est, en effet, l'Agneau qui est venu effacer les péchés du monde, ou le Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

Dès sa naissance, l'Église, dans quelques-unes de ses cérémonies, s'est servie d'huile et de cire. Chaque catéchumène, après le baptême, sacrement que l'Église conférait tous les ans avec solennité à la fête de Pâques, recevait un cierge; on lui faisait goûter du lait, du miel et du vin; on suspendait à son cou une bulle de cire bénite, représentant l'image de l'Agneau de Dieu: c'étaient autant de symboles de la vie nouvelle qui s'ouvrait devant lui, et de cette liberté des enfants de Dieu dont il allait jouir. Plus tard, le baptême des enfants en bas âge rendit de plus en plus rare celui des catéchumènes adultes; mais les souverains Pontifes voulurent perpétuer la distribution des médailles de cire, autant en mémoire des victoires de l'Église, que de l'adoption des catéchumènes en qualité d'enfants de Dieu.

 L’Ordo romain de saint Gélase I.", en 494 , cité par Baronius, rapporte la coutume selon laquelle les Papes distribuaient au peuple les Agnus Dei bénits par eux. Léon III envoya à Charlemagne un Agnus Dei enchâssé d'or et enrichi de pierreries, en 798. Le cardinal Bellarmin; le docte Alcuin, précepteur de Charlemange; Amalarius , Onufre, Panvinius; Guillaume Durand, évêque de Mende; Suarez, évêque de Vésone, et plusieurs autres auteurs, parlent de la cérémonie de la bénédiction des Agnus,

Cérémonie de la Bénédiction.

Le Pape, la première année de son pontificat, et à chaque période de sept années, a la coutume de bénir les Agnus Dei, de cire blanche et de forme ovale, représentant, d'un côté, l'image du Sauveur sous la figure d'un agneau qui tient l'étendard de la croix, et de l'autre côté, la figure de quelque saint. C'est la veille ou l'avant-veille du samedi in Albis que se fait cette bénédiction, le plus souvent dans la salle Clémentine du Vatican.

 Le prélat Sacristain a soin de disposer tous les objets nécessaires à la cérémonie. C'était lui qui, avec ce qui restait du cierge pascal de l'année précédente, confectionnait les Agnus, en ajoutant suffisamment de la cire. Aujourd'hui ce sont les religieux Cisterciens de Sainte-Croix de Jérusalem qui les préparent; mais les Papes accordent à leur Sacristain le privilége d'en bénir en particulier, quand ils le jugent convenable, pour satisfaire à la piété des fidèles, et ceux-là ne peuvent être l'objet de la cérémonie que nous décrivons. Revêtu de l'amict, de l'aube, de la ceinture, de l'étole de damas blanc, et de la mitre lamée d'argent, enrichie de perles, le Pape bénit d'abord l'eau contenue dans un grand bassin d'argent; ensuite il verse dans le même bassin, en forme de croix, du baume et du saint-chrême, en récitant les oraisons marquées dans le Rituel romain.

Les Agnus Dei lui sont présentés dans un grand bassin d'argent à surface plaie, et, après avoir récité les oraisons Deus omnium, Domine Jesu, O Aime spiritus etc., il les encense; il s'asseoit sur un fauteuil, et on lui remet la mitre. Les Camériers présentent à Sa Sainteté les Agnus , qu'elle plonge dans le bassin d'eau bénite.

Les Cardinaux, ceints d'un grémial de fin lin, les en retirent, et les donnent à divers Prélats domestiques, qui les portent sur de grandes tables couvertes de nappes, où ils sèchent. Le Pontife se relève, et achève les prières de la bénédiction. On replace ensuite les Agnus dans le grand bassin d'argent à grande surface. On chante l'hymne Ad regias agni dapes … Sa Sainteté donne la bénédiction.

Cette cérémonie, qu'on appelait aussi le baptême des Agnus, puisque, au dire de Panvinius, elle a comme succédé au baptême des catéchumènes , se continue le lendemain, suivant la quantité des médailles de cire à bénir; mais elle doit être toujours finie le vendredi, pour qu'elles puissent être distribuées dans la Chapelle papale du lendemain, qui se tient à la chapelle Sixtine : un Cardinal-Prêtre y dit la messe, et proclame ensuite l'indulgence de trente ans : il n'y a point de sermon ce jour-là.

Après la communion du Célébrant, les Maîtres de chambre et les Camériers des Cardinaux apportent à Leurs Éminences les habits sacrés, dont ils se revêtent à leurs places. Les autres Prélats se rendent dans la sacristie pour déposer leurs chapes violettes; ils prennent la cotta, qu'ils portent sur le rochet : à la prélature se réunissent les Pénitenciers de Saint-Pierre, en chasuble de damas blanc, portant leurs bonnets carrés noirs.

 Le Pape, assis sur son trône, revêtu de la chape blanche, et la mitre lamée d'or sur la tête, bénit l'encens.

Ensuite deux Massiers, l'Acolyte thuriféraire , doyen des Votants de signature; le Sous-Diacre de la Chapelle, portant la croix au milieu de deux Acolytes; le Sous Diacre apostolique, Auditeur de rote, vêtu de la tunique blanche, et deux Chapelains du commun, précédés de la Garde-Suisse, se rendent dans la chapelle Pauline. Là le Sous-Diacre apostolique trouve, sur une table convenablement ornée, le grand bassin d'argent dans lequel sont les Agnus bénits, enveloppés et liés par des rubans de soie violette; il prend le bassin, et le cortége rentre dans là chapelle Sixtine : l'assistance fléchit le genou, et le Sous Diacre portant le bassin dit à haute voix, en s'adressant à Sa' Sainteté: Pater sancte, isti sunt Agni novelli qui annuntiaverunt vobis Allsluia , modo venerunt ad fontes, repleti sunt claritate, Alleluia : le chœur répond Deo gratias, Alleluia.

Arrivé au milieu du presbytère, le Sous-Diacre répète les mêmes paroles; il les répète une troisième fois au pieds du Pape , le chœur répond Deo gratias, Alleluia; et aussitôt il monte sur le palier du trône.

Le souverain Pontife commence alors la distribution des Agnus, d'abord aux Cardinaux, qui viennent les recevoir , debout, dans leurs mitres, baisant ensemble la médaille, ainsi que la main et le genou du Pape; aux Patriarches, Archevêques et Evêques assistants et non assistants, qui viennent les recevoir dans leurs mitres et à genoux, baisant les Agnus et le genou de Sa Sainteté; ensuite au Commandeur du Saint-Esprit, aux Abbés mitrés, qui présentent aussi leurs mitres et baisent les pieds du Pape; aux Pénitenciers, qui les reçoivent dans leurs bonnets, et baisent également les pieds du Pontife; enfin aux autres dignitaires qui, dans l'ordre établi, comme nous l'avons vu pour la distribution des cierges bénits et des palmes, sont admis à recevoir ces médailles de cire de la main du Pape.

En 1722, deux princes de la maison de Bavière reçurent en Chapelle deux Agnus de la main d'Innocent XIII. Lorsqu'il y a à Rome, ou dans la tribune princière de la Chapelle, des souverains catholiques, le Camérier secret Secrétaire d'ambassade va leur offrir, au nom du Pape, des Agnus bénits. Benoît XIV se conforma à cet usage, en 1739, à l'égard de Jacques III, roi d'Angleterre.

La distribution des Agnus terminée, le souverain Pontife se lave les mains d'après le cérémonial plusieurs fois décrit, et les Camériers lui ôtent le grémial dont on l'avait ceint avant la cérémonie.

 Après la messe, le Pape revient dans la salle des Parements , et l'assistance quitte la chapelle. Si Sa Sainteté ne pouvait point elle-même distribuer ces Agnus, le Célebrant la remplace, et on observe le cérémonial usité dans la Chapelle de la Purification , lorsque le Pape ne fait pas la distribution des cierges.

Rédigé par Baglialto & Bartholomeo

Publié dans #Histoire, #Salve

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