Ancien cérémonial

Publié le 2 Avril 2015

Par Gaetano Moroni (Il traite ici de ce qui se faisait avant d'autres pontificats plus récents, et dresse un peu un historique de la messe du jeudi saint)

NB: On me demande souvent pourquoi je me complais dans ces récits d'un autre temps ! Ce n'est pas seulement parce que je suis historien de métier. C'est aussi et surtout parce que je suis effaré par l'INDIGENCE des cérémonies actuelles, et la décadence de la liturgie !

" La chapelle Sixtine au Vatican est ordinairement le lieu où la cour pontificale se réunit pour cette fonction solennelle. On a pourtant des exemples qu'elle s'est faite aussi dans la chapelle Pauline du palais Quirinal . En 1831 il Gréla la semaine sainte, pendant la captivité du pape Pie VII, elle n'a pu être célébré avec éclat au Vatican, d'où le saint-père était exilé. Ainsi pareillement Pie VIII, en 1830, ne put, à cause de sa mauvaise santé, présider à cet office et se contenta de donner la bénédiction papale le jeudi saint et le jour de Pâques.

Grégoire XVI, y fit toutes les fonctions de la semaine sainte, sans en excepter la bénédiction solennelle du saint jour de Pâques. Les cardinaux s'y rendent avec deux carrosses, et revêtus de violet avec leurs parements sacrés de couleur blanche. Leurs domestiques sont en livrée de gala. Nous pensons qu'il est utile de donner d'abord plusieurs notions sur les noms, les rites et les anciens usages liturgiques de ce jour sacré.

Ce jeudi a porté divers noms. On l'a appelé le jour des parements verts, parce qu'on s'y servait de cette couleur; Le jour blanc, le jour du pain, parce que, après le lavement des pieds, on distribuait aux pauvres une certaine quantité de pain blanc: cela avait lieu surtout dans les églises qui appartenaient à la nation française ; jour de lumière (sans doute à cause des nombreux luminaires du reposoir, au tombeau) ;jour d'indulgence, et saint Maurice lui donnait ce nom.

Les Syriens le nommaient le jour des secrets, ou de la consignation du calice. En outre encore, on donnait au jeudi saint le nom de jour d'absolution, jour des mystères, jour du mandatum (à cause du lavement des pieds), et cinquième férie.

Plus communément , on a donné à ce jour le nom de cinquième férié in cœnâ Domini ou cène de Notre-Seigneur. Dans une bulle du pape Boniface IX, ce jour est nommé la bonne cinquième férié de la cène du Seigneur, ou bien encore natalis calicis, l'anniversaire du calice, en mémoire de la coupe dans laquelle Jésus-Christ donna son sang à boire à ses disciples.

En ce jour aussi on célèbre la mémoire de la cène en laquelle Jésus-Christ institua le saint sacrement de l'eucharistie.

Mais Urbain IV, dans la seconde moitié du xiii" siècle, considérant qu'en ce jour on était en deuil à cause de la passion et de la mort du Sauveur, et qu'ainsi il n'était point possible d'y solenniser une fête, jugea convenable de transporter en un autre temps ce mémorial, auquel vint ensuite s'adjoindre la procession solennelle du saint sacrement.

Finalement, on a donné aussi à ce jour le nom de solennel commencement des fêtes pascales.

C'est pourquoi dans les églises on l'on était dans l'usage de jeûner chaque jeudi du carême, on avait coutume de terminer le jeûne quadragésimal au jeudisaint, en signe de joie.

Anciennement, au jeudi saint, on chantait deux messes; la première à jeun, le matin, et la seconde le soir, après souper.

Il y avait des Eglises où l'on chantait, en ce jour, quatre messes; en d'autres, on en disait jusqu'à cinq. Mais l'usage le plus ordinaire était d'en chanter trois, ainsi que nous allons le développer.

On disait la première pour la réconciliation des pénitents qui, au mercredi des Cendres, avaient été expulsés de l'église. Ceux-ci venaient, en ce jour, de grand matin, vetus d'un sac et la tête couverte de cendres, et ils se plaçaient au lieu qui leur était réservé. Puis à l'heure de sexte, en certains lieux, et à celle de none, en d'autres, on les conduisait à l'église hors de laquelle pendant tout le carême ils avaient pleuré leurs fautes.

Ces pénitents étaient présentés par un diacre au pape ou à l'évêque, qui se tenait à la porte de l'église, et après diverses prières on les réconciliait et on les absolvait.

C'est pourquoi ce jour est nommé dans les anciens liturgies le jour absolu, dies absolutus Jovis.

Après cette cérémonie on sonnait les cloches comme pour un jour de fête , en signe de joie, et, à partir de ce moment, on ne les sonnait plus jusqu'au samedi saint.

Les pénitents réconciliés prenaient place dans l'église avec les fidèles pour entendre la messe et pour participer avec tous les autres aux saints mystères.

Quoique cette forme de réconciliation fût prescrite uniquement pour les pénitents publics, néanmoins plusieurs autres chrétiens, pour se procurer une réconciliation plus consolante et plus méritoire devant Dieu, se joignaient aux premiers.

La seconde messe était pour la bénédiction des huiles nommées saintes parce qu'elles sont bénites et sanctifiées par des cérémonies spéciales, et que les évêques seuls peuvent faire, selon les règles canoniques.

Avant le Pater, on consacrait l'huile pour les infirmes ou l'extrême-onction; à l'Agnus Dei, celle des catéchumènes ainsi que celle du saint chrême mêlé de baume pour la confirmation.

En d'autres pays, ces deux dernières huiles étaient consacrées après la communion.

Pour ce qui regarde la consécration du saint chrême que les évêques font seulement aujourd'hui au jeudi saint, elle pouvait se faire autrefois en tout temps, selon ce que nous lisons dans le concile de Tolède, en l'année 400. Cette bénédiction des huiles se faisait à Rome par le pape avec beaucoup de solennité, comme on le lit dans les Ordres romains qui en décrivent les belles et mystérieuses cérémonies. Le pape Benoît en renouvela en partie l'ancien ordre. La bénédiction des saintes huiles commençait dans l'oratoire de Saint-Thomas ou de Saint-Pancrace, si les papes habitaient le palais de Latran, ou bien dans la chapelle Saint-Grégoire, si la cérémonie avait lieu au Vatican.

Les papes étaient assistés des évêques, des prêtres, des diacres et autres ministres sacrés qui, d'ordinaire, se trouvaient à ces fonctions. On présentait les trois ampoules ou urnes des huiles au pape ; puis on partait de l'autel où la cérémonie avait eu lieu, et on les portait à l'un ou à l'autre des autels de la basilique dans laquelle le pape célébrait.

Les Ordres romains font mention d'une autre ampoule de verre dans laquelle était un vase d'or qui renfermait une pierre précieuse dans laquelle était conservée une goutte du sang qui découla des plaies de Jésus-Christ. Pendant que le pape faisait une homélie au peuple, quelques cardinaux diacres aidés par les sous-diacres couvraient d'une nappe la table qui recouvrait l'autel sacré ( Cet autel sacré est celui sur lequel l'apôtre saint Pierre célébrait le saint sacrifice. Il est de bois et en forme de coffre. On s'en est servi pour la messe jusqu'au pontificat de saint Silvestre, qui le premier érigea des autels de marbre, au commencement du IVè siècle. L'autel de saint Pierre l'ut mesuré le 29 mars 1658 sous Alexandre VII avec le sacriste majeur de Saint-Jean de Latran. On lui trouva en longueur quatre palmes et dix pouces, sur quatre palmes et un pouce de hauteur et deux palmes huit pouces de largeur. La palme romaine équivaut à peu près à huit pouces de l'ancien pied français, c'est-à-dire à vingt-deux centimètres. Il est renfermé sous le maitre-autel ou autel papal de cette basilique. )

Il est conservé dans la basilique de Saint-Jean de Latran, et au fond d'iceluy on cachait, pendant tout le reste de l'année, l'ampoule de verre dont nous parlons.

En ce jour seulement, cette ampoule était extraite par la main du pape du fond de cet inaccessible réduit, et le pontife la montrait au peuple qui la vénérait avec la plus grande piété. Le pape entrait dans l'arche ou autel papal, ainsi nommé à cause de son ancienne l'orme, pour terminer le saint sacrifice, afin d'imiter le rite de l'ancienne loi qui permettait au seul grand pontife l'entrée dans l'arche, une seule fois dans l'année. C'est ce que les livres saints nomment sancta sanctorum, le saint des saints. C'est ainsi que l'expliquent Innocent III, Guillaume Durand et Mabillon.

Une troisième messe était célébrée en mémoire de l'institution de la sainte eucharistie que Jésus Christ permit et ordonna à ses apôtres ainsi qu'aux prêtres de consacrer, en leur disant: Faites ceci en mémoire de moi. C

'est donc avec l'Eglise chrétienne que cette solennité a commencé, et on l'a toujours considérée comme une des plus solennelles. En ce jour avait lieu la communion générale du clergé et des fidèles.

Telle est la communion laïque et ecclésiastique dont les anciens canons parlent fréquemment. La communion ecclésiastique se faisait par les prêtres revêtus d'un surplis et d'une étole, et par les autres ministres de l'autel. Celle des laïques avait lieu en dehors des balustres, et c'est aussi là que devaient communier, en se confondant avec le peuple et sans distinction, les ministres de l'autel qui, en punition de quelque faute, avaient été réduits à la communion laïque. C'est le terme consacré par les anciens canons.

Les trois messes dont nous venons de parler ayant été réduites à une seule, les diverses fonctions qui avaient lieu, en chacune de ces messes, se sont réunies dans la seule qui est aujourd'hui célébrée.

Si ensuite, en ce jour-là, venait à se rencontrer la fête de l'Annonciation ou celle de Saint-Joseph, ou toute autre fête de précepte, alors on célébrait quelques messes privées pour que les fidèles eussent la faculté de satisfaire à l'obligation d'entendre la messe.

C'est ainsi que le régla Clément XI en se conformant aux décrets antérieurs de la congrégation des rites, et en particulier à celui du 13 décembre 1692.

Hors de ces cas, tous les autres prêtres s'abstenaient de dire la messe, excepté le célébrant.

Cela se faisait d'abord en signe de deuil, et c'est la raison pour laquelle les prêtres ne célèbrent pas dans les deux autres jours, et ensuite pour imiter la dernière cène de NotreSeigneur qui seul célébra et communia de ses mains les apôtres.

Le vulgaire croit ordinairement et à tort que cette fonction est la pâque des prêtres. Comme on ne peut séparer le mémorial de l'institution eucharistique de celui de la passion du Sauveur, l'Eglise au milieu de la joie que lui inspire le souvenir de cette ineffable institution mêle encore des signes de douleur et de tristesse. C'est pourquoi après le Gloria in excelsis on suspend la sonnerie des cloches, et l'on reprend l'ancien usage des palettes de bois ou crécelles dont se servaient surtout les moines, qui les nommaient crepitaculum, lignum congregans, maliens excitatorius ligneus, tabula lignea pour inviter le peuple à venir dans l'église.

On s'abstient aussi, en ce même jour, de donner la paix, en signe de détestation du baiser que le perfide Judas donna à son divin maître, comme l'explique le célèbre Mazzinelli dans son Office de la semaine sainte, imprimé à Rome en 1806. "

Rédigé par Baglialto / Relecture : Amandine

Publié dans #Histoire

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