Lundi de la seconde semaine

Publié le 2 Mars 2015

~~ La station est à S. Clément, où l'on gagne une indulgence de dix ans et dix quarantaines.

On y vénère, au maître-autel, les corps de S. Flavius Clément et de S. Ignace eveque et martyr. On expose le bras de S. Clément pape et des reliques de Ste. Blandine m., S. Placide m., S. Félix m., Ste. Claire m., S. Dominique conf. L'église souterraine de S. Clément, que l'on est admis à visiter, se divise, comme l'église supérieure, en trois nefs, séparées par des colonnes antiques, où l'on admire entr'autres le vert antique et le pavonazzetto, et précédées d'un portique.

Par les soins du R. P. Mullooly, alors Prieur du couvent, cette église qui était pleine de terre et de décombres, a été déblayée et on y a découvert des fresques du plus haut intérêt iconographique et qui datent des premiers temps du moyen-âge (IXe et XIIe siècles). Le portique renferme trois fresques. La première représente le tombeau de S. Clément, édifié au milieu de la mer par les anges et une veuve retrouvant son enfant qui s'y était perdu, car le peuple y avait accès une fois l'an, lorsque les eaux se retiraient: aussi l'Evêque, le clergé et les fidèles y accourent en foule.

Cette fresque a été exécutée aux frais de Benon de Rapiza qui s'y est fait représenter, ainsi que sa femme Marie, Domna Maria, et son fils Clément

. Le second tableau est consacré à la translation solennelle du corps de S. Clément que le Pape Nicolas reçoit entouré de son clergé. A l'autel, au dessus duquel pendent trois lampes et une couronne de lumière, le Pape célèbre et dit: Per omnia secula seculorum. Pax Domini sit semper.

La troisième fresque figure le Sauveur assis entre S. Michel et S. André, à droite; S. Gabriel et S. Clément, à gauche. Des prêtres, en chasuble, sont présentés par leurs saints protecteurs; l'un tient un calice et l'autre un livre à couverture gemmée. A l'entrée de la grande nef, les scènes sont relatives à la vie de N.-S. On y voit les Noces de Cana, le Crucifiement, la Descente dans les Limbes, la Résurrection, et au milieu, comme sujet principal, l'Ascension. Le Sauveur, assis, est porté par les anges dans une auréole : en quittant la terre, il jette un regard sur sa Mère qui lui tend les bras. Les apôtres, étonnés et pleins d'admiration, contemplent leur Maître retournant dans la gloire. A gauche, l'artiste a figuré un Pape revêtu du pallium et nommé: Sanctissimus Leoquartus Papa Romanus. Il est environné de ses prêtres. Chose remarquable et qui nous montre que le Pape Léon était vivant alors, c'est que le nimbe qui environne sa tête est carré au lieu d'être rond . Ce qui ferait remonter ces peintures à l'année 850 environ.

Plus loin sur un pilastre sont les figures des quatre premiers Pontifes, disposés dans l'ordre suivant: LINUS. — S. PETRUS. — S. CLEMENS PP. — CLETUS. Les têtes ont malheureusement disparu.

Au-dessous on voit l'intérieur d'une église à colonnes, éclairée par des lampes suspendues et le Pape S. Clément, dans l'acte de la célébration du Saint Sacrifice. Il est vêtu d'habits pontificaux, debout, tourné vers les fidèles, les bras étendus, et souhaitant au peuple la paix du Seigneur. Auprès de lui est la table de l'autel, couverte d'une nappe, avec le calice et la patène d'or, et un livre ouvert, qui porte sur l'une de ses pages ces paroles parfaitement lisibles: Dominus vobiscum. Sur l'autre est écrit: Pax Domini sit semper vobiscum.

Au-dessus de l'autel et de la tête du Pontife est suspendue une couronne de lumière qui porte sept lampes. C'est probablement ce Pharum cum corona qui se trouve souvent rappelé dans les Vies des Papes, écrites par Anastase le Bibliothécaire. A la droite de l'Officiant sont deux Evêques, que l'on distingue à leur crosse; puis le diacre, le sous-diacre et un acolyte avec l'encensoir en main. Devant eux sont deux fidèles, un homme et une femme, tenant d'une main des cierges allumés, et présentant de l'autre des offrandes au Pontife. A la gauche, dans l'autre partie du temple, est représentée la foule des fidèles qui assistent au Sacrifice. Parmi eux se distinguent, sur le premier plan, deux personnages nommés: Sisinius, Theodora. De fait, les Actes de saint Clément citent deux personnages de ces noms, appartenant à la famille de Nerva, empereur, et convertis au christianisme par Saint Clément, Pape.

Dans le carré inférieur, sont quatre figures. Trois semblent occupées à soulever de terre une colonne, tandis que la quatrième, avec le nom de Sisinium, paraît présider à leur ouvrage. Quelques colonnes sont déjà debout et en ordre, comme au commencement d'une construction. Plusieurs épigraphes sont disposées dans les intervalles laissés par les figures. L'une porte: Saxa trahere meruisti. Une autre: Duritiam cordis... Mais il y en a deux qui semblent écrites dans le dialecte vulgaire de Rome et exprimer les ordres de l'architecte dans la levée de la colonne. L'une dit: Trahi Albertel, et elle se voit précisément près de l'ouvrier qui tire la tête de la colonne; l'autre, est ainsi conçue: Falite decreto colo pato garvucelle, et l'ouvrier au-dessus duquel elle est écrite est occupé à lever avec un pieu l'autre bout de la colonne, pour la mouvoir et la pousser en avant. Les archéologues romains ont vu dans cette scène un trait de la légende de S. Clément ou bien son exil dans le Pont, et sa condamnation par Trajan à tailler des marbres avec les autres chrétiens.

Une seconde fresque a été découverte sur une des parties latérales du même pilastre. Elle se divise également en trois tableaux. Celui du haut représente un saint Antonin, vêtu d'habits sacerdotaux et que l'on suppose être celui qui fut martyrisé sous Dioclétien. Dans le tableau du milieu, le prophète Daniel est debout, en prière, les mains jointes sur la poitrine et les yeux élevés au ciel, pendant que deux lions lui lèchent les pieds. Il est vêtu de la toge et de la chlamyde romaines, mais il porte sur la poitrine l'éphod sacré.

Au-dessous, on voit un groupe de cinq lions, dont quatre s'élançent pour dévorer le Saint, Peu après cette découverte, on débarrassa le second pilastre. La paroi principale, qui regarde l'intérieur de la grande nef, est répartie aussi en trois tableaux. Le plus élevé, que la construction de l'église supérieure a également privé des têtes, renferme cinq grandes figures. Au milieu, sur un large trône richement décoré, est assis le divin Sauveur, couvert d'un manteau et sur sa poitrine repose un livre ouvert dont les deux pages portent inscrit: Fortis ut vincula mortix, mots qui se rapportent probablement au Saint qui forme le sujet du tableau inférieur, et servent d'éloge donné à ses vertus par le Juge souverain. Auprès du siège sont deux Archanges : à droite

saint Michel (S. Michael); à gauche saint Gabriel (S. Gabriel), vêtus de tuniques étoilées, avec l'étole ornée de pierres précieuses; ils tiennent en main des encensoirs. Après saint Michel, à l'extrémité du tableau, est saint Clément, en habits pontificaux; à l'autre extrémité et lui faisant pendant, saint Nicolas Pape (S. Nykolaus), vêtu, lui aussi, pontificalement; il occupa la chaire de saint Pierre de 858 à 867.

Vient ensuite l'histoire de S. Alexis. Dans le fond, est un palais; on y remarque une femme occupée à regarder la scène qui se passe au-dessous d'elle: c'est sans doute l'épouse abandonnée d'Alexis. Or, cette scène représente d'un côté le sénateur Euphémius, à cheval, et, derrière lui, sa suite, composée de deux cavaliers armés. Devant le sénateur, est un pélerin, humble et suppliant, le bourdon à la main, et un sac en bandoulière pendu au côté. Le sénateur, lui montrant de la main son palais, semble répondre au pélerin que là on lui donnera l'hospitalité qu'il demande. Les noms A'Euphemius et de S. Alexius, écrits au pied des personnages principaux, ne laissent aucun doute à cet égard.

Voici la mort de saint Alexis. Le Saint est étendu sur un grabat, et, au-dessus de lui, le Pape, incliné, en habits pontificaux, lui donne la bénédiction de la main droite, tandis que de l'autre il reçoit le papier mystérieux que le moribond n'a voulu confier qu'à lui seul. Le Pape est entouré du Clergé romain, représenté par 13 clercs, dont l'un porte la croix appelée Constantinienne. Enfin, le dernier tableau exprime la scène d'une reconnaissance trop tardive. Le cadavre du saint pélerin est couché sur un superbe cercueil, recouvert d'une étoffe rouge brodée de croix et d'oiseaux. Le Pape, également escorté de ses clercs, a lu le papier et dévoilé le nom du pélerin inconnu; et, à cette lecture, Euphémius et sa vieille épouse, saisis d'une extrême douleur en découvrant sur ce lit funéraire leur propre fils, s'arrachent les cheveux; tandis que son épouse, qu'Alexis a quittée dès la première nuit de ses noces, s'élance avec ardeur vers ce corps inanimé, le couvre de ses larmes et de ses baisers.

Mais le Pontife console leur douleur, en proférant ces paroles évangéliques: Venite ad me, omnes qui laboratis, inscrites sur le papier qu'il tient à la main gauche. Au-dessous du tableau sont inscrits sur une seule ligne ces vers léonins: Non pater agnoscit misereri qui sibi posât: Papa tenet chartam, vitam quœ nuntiat artam.

Le tableau inférieur n'est qu'une large frise, composée de guirlandes de fleurs et de fruits, au milieu desquels se jouent des oiseaux. Une quatrième fresque fut bientôt découverte sur la paroi latérale du même pilastre. En haut est représenté saint Gilles, abbé (S. Egidius). Vient ensuite, dans le carré du milieu, l'évêque et martyr de Sébaste, saint Biaise (S. Blasius). Il est représenté guérissant un enfant, qui lui est présenté par sa mère; il lui retire de la bouche ensanglantée une épine qui lui traversait la gorge et le suffoquait. Le groupe du dernier tableau figure un loup qui rejette la tête en arrière, et tient fièrement sur son dos et entre ses dents un petit porc, et s'enfuit en remportant.

Pour comprendre quel rapport a ce groupe avec saint Biaise, il suffit de se rappeler ce que raconte la légende de ce Saint. Une femme veuve n'avait qu'un seul porc, qui lui fut enlevé par un loup. Alors elle pria saint Biaise de lui faire restituer son porc: et le Saint lui répondit en souriant: «Femme, ne vous mettez pas en peine, votre porc vous sera rendu. » En effet, peu de temps après, voici le loup voleur qui vient lui-même déposer sa proie aux pieds de la femme. La veuve, reconnaissante envers le Saint, apprenant ensuite qu'il avait été mis en prison par les persécuteurs, tua le porc et en porta à saint Biaise la tête et les pieds, avec un pain et un cierge. Le saint en mangea, la remercia, et lui dit: «Offrez chaque année à l'Eglise un cierge pour l'amour de moi; quiconque le fera, aura ma protection. »

A la Ste. Trinité, via Condotti, à quatre heures, a lieu l'exercice de la bonne mort. On y gagne l'indulgence plénière.

Rédigé par Baglialto

Publié dans #Ecclésial, #Histoire

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