Mardi gras ...

Publié le 17 Février 2015

C'est aujourd'hui mardi gras, dernier jour de fête, de repas copieux avant les jours de pénitence qui nous séparent de Pâques... (et le Dimanche, si ce n'est pas carême, ce ne doit pas être l'occasion de bombance comme le font certains hypocrites d'autres prétendues religions, à la tombée de la nuit, c'est à dire qu'on se prive des mets les plus savoureux et des douceurs habituelles)

Le blog continue, mais sauf evenement majeur, vous n'aurez pas le traditionnel et tant apprécié (ceest le plus lu !) billet de Zosime, pendant le carême ! Vous aurez donc en ce jour, un sympathique article de notre ami JPP sur le sens du martyr à la sauce bergoglienne ...

Une courte médit, le vendredi, mais j'attends que l'abbé nous le confirme...

En attendant Baglialto nous régale avec un petit trésor déniché dans sa bibliothèqe :

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Mardis Gras à Rome par Par Denis Dominique Farjasse

Le goût des habitans de Rome pour les divertissemens de tous genres est très-prononcé. Les fêtes du carnaval méritent surtout une mention particulière par la liberté excessive qui règne dans la ville durant cette joyeuse époque. Suivant le mot de Laoureins, Rome a l'éclat d'une grande fête célébrée aux frais de la folie.

Ces modernes bachanales ne durent qu'une semaine; mais ces huit jours sont si pleins d'extravagances qu'ils peuvent bien compter pour un mois de divertissemens ordinaires. Tous les états et tous les âges y prennent part. L'ouverture de ce singulier spectacle a quelque chose de solennel. Le signal de la mascherata est donné par la cloche du Capitole et le canon du fort. Nous emprunterons à la piquante narration de Laoureins quelques détails sur le carnaval de Rome. « Avant que le canon se soit fait entendre, aucun masque ne peut se montrer. Mais à peine la lice est-elle ouverte, que de toutes parts on les voit se précipiter au Corso.

C'est le théâtre général de toutes les gaîtés. En un clin d'œil , cette rue est pleine de voitures, de chars, de curieux qui s'établissent sur les trottoirs , et de masques à pied qui circulent en glapissant, suivis dela foule des badauds. On voit des voitures chargées [blocks in formation] jeunes femmes, de prétendus débauehés débitant des contes à mourir de rire. Toutes ces scènes sont parlantes , et les costumes aussi riches que bien choisis.

Les boutiques étalent sur des mannequins une grande quantité de masques et d'habillemens fantastiques ; on y voit aussi de grands paniers pleins de dragées, confetti , faites avec de la puzzolana, terre volcanique , blanchie à dessein avec de l'eau de chaux.

Les gens masqués ont soin de se munir d'une énorme quantité de ces dragées qu'ils lancent de toutes leurs forces contre les passans. La foule riposte, et la mêlée devient générale. Si, par hasard, on remarque un promeneur au maintien trop grave , à la toilette trop recherchée , au visage trop badaud , il devientaussitôt le point de mire de cent assaillans, dont les projectiles, blanchissant tous ses vétemens, les rendent semblables à ceux d'un meunier. Au milieu de la licence des confetti, on observe pourtant certaines lois du combat. Les gens sans masque ne doivent pas s'en jeter les uns aux autres, mais seulement aux masques, et ceux-ci à tout le monde. Les laquais montés derrière les voitures doivent s'épargner réciproquement, et surtout respecter les maîtres. Les confetti des grands personnages sont de véritables dragées que les femmes jettent avec grâce aux personnes de leur connaissance qu'elles découvrent dans la foule. Leurs chevaux brillent sous les plus riches harnais , et d'élégantes calèches promènent des nymphes et des dieux.

Autrefois le Corso devenait, pendant le carnaval, une sorte d'Olympe ambulant , où tous les dieux et toutes les déesses de l'ancienne mythologie étaient reproduits dans leurs costumes respectifs; mais la mythologie a tout-à-fait passé de mode. Au milieu de ces dilférens costumes , on voit ordinairement s‘avancer l'histoire du monde, charge fort divertissante. C'est une énorme voiture, où sont placés des gens qui se grandissent à volonté ; des renards et des loups avec des agneaux et des poules qui ne se méfient de rien. Il y a pour laquais des chiens et des chats, et pour cocher un singe. Pendant ce temps , la foule des masques à pied joue et circule au milieu de deux cents voitures en mouvement qui ne blessent personne. La coquetterie réserve aux femmes les mieux faites l'élégant costume des paysannes des environs de Rome , qui prête de nouvelles grâces à des formes déjà charmantes. Toutes ces scènes sont animées par une gaîté folle : c'est une véritable fête, que le climat et le lieu contribuent à rendre également parée et bruyante. La rue a plus d'un mille de long, et deux rangs de palais pour enceinte. Afin que la marche soit plus douce, on y répand du sable très-fin. Se figure-t-on ce spectacle dans une immense galerie entre deux amphithéâtres, et plus de dix mille balcons occupés par cent mille spectateurs qu'un nombre incroyable de fous viennent amuser cinq heures par jour , une semaine durant? (Voyez une scène de carnaval, pl. 157. ) A deux heures le canon donne le signal de la retraite : alors commencent les courses de chevaux dans la rue débarrassée de ses masques.

Comme ces courses ressemblent en tout à celles dont nous avons parlé à propos de la fête de sainte Rosalie, à Palerme, nous nous abstiendrons ici de les décrire. Le mardi gras, vers midi, tout Rome se presse au Corso pour voir passer le pape. Sa sainteté parcourt à pas lents cette vaste rue, en donnant sa bénédiction à tous les assistans. C'est ainsi qu'on se trouve absous à l'avance des folies dont on remplira le reste de la journée. Le dernier jour du carnaval, et aussitôt après la dernière course , la scène change tout à coup, et l'on n'entend plus que le lamentable cri de è morto carnavale.’ Les moccoli ou moccoletti petites bougies allumées) brillent dans chaque main, et à mesure que la nuit s'avance , cette illumination devient plus forte et plus brillante. Des clameurs s'élèvent contre ceux qui ne portent pas delumières, ou dont les lumières se sont éteintes, et ceux- ci , sous prétexte de les rallumer, cherchentà éteindre celles des autres. Pour déjouer de pareils projets , on les porte souvent au bout d'un bâton. Dans ce tumulte de quelques momens , les amoureux et les filoux font également bien leurs affaires.

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Bonne journée !

Rédigé par Adso / Baglialto

Publié dans #Culture, #Histoire

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