Ier vendredi de carême

Publié le 20 Février 2015

~~ Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour être tenté du diable.

. On vit dans le ciel un grand changement, lorsque les anges, maintenant ennemis, autrefois enfants et domestiques, ayant quitté le bien commun de toutes les natures intelligentes pour s'arrêter à eux-mêmes et à leur propre excellence, perdirent tout à coup la justice dans laquelle Dieu les avait créés; et n'ayant plus que du faste au lieu de leur grandeur naturelle, des finesses malicieuses au lieu d'une sagesse céleste, l'esprit de division au lieu d'une charité très-ardente, ils devinrent superbes, trompeurs et jaloux, et réduits justement par leur péché à une telle extrémité de misère, que, nonobstant l'excellence de leur nature, de pauvres mortels comme nous ne laissent pas que de leur faire envie. Changement vraiment épouvantable, lequel, si nous méditons sérieusement, il en réussira cette utilité, que ces esprits ~~malfaisants, malgré la haine qu'ils ont contre nous, profiteront néanmoins à notre salut, en nous apprenant à craindre Dieu par l'exemple de leur ruine et à veiller sur nous-mêmes par l'appréhension de leurs ruses. C'est le fruit que je me propose de ce discours, qui étant de telle importance, je ne puis douter du secours d'en haut dans une entreprise si salutaire. Oui, mes frères, le Saint-Esprit descendra sur nous; Marie nous assistera par ses prières; et, s'agissant de combattre les démons, un ange nous prêtera volontiers ses paroles pour implorer son secours.

C'est le dessein du Fils de Dieu de tenir ses fidèles toujours en action, toujours occupés, et vigilants, et animés, jamais relâchés ni oisifs : et parce que, comme de tous les emplois celui de la guerre est le plus actif, de là vient qu'il nous enseigne, dans son Écriture, que « notre vie est une milice, » et que comme nous sommes toujours dans le combat, aussi ne devons-nous jamais cesser d'être sur nos gardes [« Soyez sobres, et veillez. »]

L'évangile de ce jour nous fait bien connaître cette vérité. Nous y voyons Jésus conduit au désert, pour y être tenté du diable; c'est-à-dire notre capitaine qui descend au champ de bataille pour venir aux mains avec nos ennemis invisibles

Ne croyez pas,, que nous devions être oisifs de ce combat admirable : nous sommes engagés bien avant dans cette querelle, et le Fils de Dieu ne permet aux démons d'entreprendre aujourd'hui sur sa personne, qu'afin de nous faire entendre par son exemple ce qu'ils machinent tous les jours contre nous mêmes.

Que s'il est ainsi, chrétiens, que nous soyons obligés à combattre, faisons ce que l'on fait dans la guerre; et avant que d'entrer dans la mêlée, avançonsnous avec le Sauveur pour reconnaître ces ennemis qui marchent contre nous si résolument. Si nous sommes soigneux de les observer dans l'évangile de cette journée, nous remarquerons aisément leur puissance, qui les rend superbes et audacieux. Ils entreprennent, messieurs, contre le Fils de Dieu même, ils tentent de le mettre à leurs pieds : peut-on voir une audace plus emportée ? ils l'enlèvent en un moment du désert sur le pinacle du temple, Jésus-Christ le permettant de la sorte pour l'instruction de ses fidèles : est-ce pas une force terrible?

S'ils sont forts et entreprenants, ils ne sont pas moins rusés ni malicieux. La haine invétérée qu'ils ont contre nous les oblige de recourir à des artifices également subtils et malins. Ils tentent Jésus-Christ de gourmandise après un jeûne de quarante jours : [« Dites que ces pierres de« viennent des pains; »] et ils tâchent de le porter à la vaine gloire, après une action d'une patience héroïque: n'était-ce pas un dessein plausible et une finesse bien inventée? Tout cela, chrétiens, nous doit faire peur, puisque nous avons à nous défendre, dans le même temps, et de la violence et de la surprise, et de la force et des ruses.

Rédigé par Cdl Balthasar

Publié dans #Ecclésial

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